Katyń: La relance de la polémique

Article publié le 7 mai 2009
Article publié le 7 mai 2009
Katyń, réalisé par Andrze Wajda, distribution : Kinovista. Par Vanessa Schmitz Katyń, le dernier long-métrage d’Andrzej Wajda, sorti en Pologne en 2007, est arrivé dans les petites salles françaises de cinéma d’art et d’essai en avril 2009.
Considéré comme l’un des plus grands cinéastes polonais vivants, Andrzej Wajda s’est à nouveau saisi d’un thème de l’Histoire nationale polonaise pour ce dernier film. Un thème qui n’est pas étranger à son parcours personnel puisque son père, officier polonais, fut lui-même exécuté à Katyń alors qu’il avait 13 ans.

Les crimes de Katyń

Le massacre de Katyń désigne l’exécution, au printemps 1940 dans la forêt russe de Smolensk, de plusieurs milliers de membres de l’intelligentsia polonaise (officiers, sous-officiers, médecins, juristes, étudiants) soupçonnés d’être hostiles à l’égard de l’idéologie communiste. Les hommes exécutés furent ensevelis dans des fosses communes découvertes par la suite, d’abord par la Wehrmacht, puis par des paysans biélorusses. Dés lors, commence un long et incessant va-et-vient d’accusations réciproques entre les Allemands et les Soviétiques. Commissions et rapports d’experts se succèdent pour conclure tantôt à la responsabilité des Nazis tantôt à celle de l’URSS bien que les Occidentaux (notamment les Etats-Unis) soient convaincus de l’innocence du NKVD. Les mémoires collectives retiendront l’Allemagne comme responsable du massacre jusqu’à ce que Gorbatchev reconnaisse le crime du NKVD et présente officiellement ses excuses à la Pologne.

Katyń

On aurait pu s’attendre à ce qu’Andrzej Wajda, directement concerné par le drame, verse dans le pathos et le tragique. Or, nous sommes une fois de plus face à une œuvre monumentale, nommée aux Oscars du meilleur film étranger en 2008, à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre d’un film d’auteur. Un film incisif et violent, violence à la hauteur du drame, jamais pathétique qui met en jeu une dialectique implacable et convaincante. Katyń met en scène de façon saisissante l’écartèlement de la Pologne rongée des deux côtés par des occupants prêts à tous les crimes. Les documents d’archives, insérés avec habileté, participent de cette vérité : le crime et le mensonge mis en évidence sans jamais succomber à la spéculation émotionnelle.

La polémique

Katyń est un sujet brûlant entre la Pologne et la Russie. Lors des commémorations du 65e anniversaire du massacre, la Russie refusa de transmettre les documents sur le sujet, classés secrets et réclamés par la Pologne. Après une dizaine d’années d’instruction, le chef d’inculpation retenu par le procureur général militaire fut celui de « crime militaire » pour l’assassinat de 14 540 personnes. En réponse, le Sénat polonais demanda aux Russes de qualifier Katyń de génocide. En avril 2006, une plainte a été déposée devant la Cour européenne des Droits de l’Homme contre la Russie en vue de faire reconnaître le crime de Katyń comme crime contre l’humanité.

Mis à part la Pologne, ce film n’est diffusé qu’en France. Et l’accueil de la presse n’est pas franchement flatteur. L’Humanité dénonce avec sévérité l’esthétique académique du film et n’hésite pas à reprocher des partis-pris biaisés, reproches dont nous laisserons le lecteur seul juge. Le Monde tient une critique semblable et reproche les analogies politiquement incorrectes entre les Nazis et l’URSS ainsi que « l'étrange confusion entre Katyn et le génocide des juifs. Rien, aucune allusion, dans le film, sur la Shoah, mais une description des rafles, de la traque des familles d'officiers polonais, comme s'il s'agissait de la déportation des juifs en camps » (Le Monde, 1er avril 2009, « Katyn », film poignant et douloureux pour Wajda).

La Gauche française aurait-elle du mal à briser le tabou des crimes Soviétiques ?

C’est en tout cas ce que soutient l’historien polonais, Adam Michnik, pour qui il était interdit, en Europe Occidentale, pour des raisons idéologiques et dogmatiques, de mettre côte à côte les crimes d’Hitler et ceux de Staline.

Pourtant, l’histoire de Katyń demeure troublante. L’Histoire a-t-elle livré tous les secrets de l’entente germano-soviétique ?