K-X-P, au-delà de la réalité

Article publié le 24 juin 2015
Article publié le 24 juin 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Auteur de la performance sans doute la plus originale du festival Europavox de Clermont-Ferrand, le groupe finlandais d'électro/trance/KrautRock/freejazz K-X-P a livré en plein-air une performance vibrante au cours de ce doux lundi de mai. Nous l'avons rencontré peu après.

Vêtu de capes noires à capuchon, ce mystérieux groupe composé de deux batteurs-faucheurs, Anssi Nykänen et Ilari Larjosto, et d'un sorcier électrique du nom de Timo Kaukolampi, a convoqué un véritable tourbillon musical, attendant que le public lâche prise et se laisse porter par les vagues de leur univers sonore.

Les musiciens sont très attentifs les uns aux autres, et à raison, car les structures des morceaux ne sont pas gravées dans le marbre. Les musiciens sont libres d'improviser. On pourrait presque voir les fils invisibles d'une grande concentration traverser la scène. Par un léger ajustement, l'un des deux batteurs change à peine le mouvement d'une de ses mains, et aussitôt, le rythme évolue furtivement. Rares sont les démarrages clairs et les arrêts tranchés et aucun bavardage superflu ne brise l'envoûtement méditatif entre les morceaux. Le seul mot à l'adresse du public, en dehors des paroles, est le dernier cri du leader Kaukolampi "Kiitos!", ou "merci" en finlandais.

Associant divers styles et influences, K-X-P est un groupe dont le genre est très difficile à classer. Kraut-rock électronique, trance tribale aux cadences mécaniques à la Motörhead, noise-pop spirituelle, musique de relaxation, on peut trouver tout cela dans les origines personnelles d'K-X-P. Chaque album sorti depuis 2010 dévoile des facettes toujours différentes d'un groupe qui ne s'est jamais arrêté dans sa lancée.

Après le concert, Cafébabel a rencontré son maître de cérémonie, Timo Kaukolampi.

K-X-P a été qualifié d'anti-groupe. Qu'est-ce que cela signifie ?

Par exemple, il y avait aujourd'hui des musiciens de trois générations différentes. Anssi Nykänen, l'un des membres fondateurs, est né dans les années soixante, moi-même dans les années soixante-dix, et Ilari Larjosto dans les années quatre-vingt. Aujourd'hui, c'était aussi le première fois que nous jouions tous les trois en concert. Je suis le seul membre qui joue à tous les concerts. Les gens sont très occupés ces temps-ci, on a donc une assemblée changeante. Avec une seule formation, ce serait très compliqué. Je crois qu'il est très important pour nous de ressentir de la crainte, que le public en ressente aussi ou soit un peu perdu. À part moi, il y a environ dix membres tournants. On répète seulement une fois ou deux avec la formation qui doit se produire. Sur scène, les batteurs ont les mains assez libres. Les morceaux sont l'épine dorsale, et les batteurs en jouent leur propre adaptation. Comme les membres changent, chaque concert est différent. Mais l'énergie est toujours bonne.

Où puisez-vous votre inspiration, ces jours-ci ?

J'écoute tellement de musique que c'est très difficile à dire. Je crois que composer m'inspire. On en arrive maintenant à boucler la boucle. On a composé des morceaux, et ça a été très difficile de les jouer sur scène, mais là, je crois qu'on arrive à un point où les disques et l'énergie du live coïncident en quelque sorte, donc je pense qu'on compose de la musique que l'on veut inconsciemment jouer sur scène.

Votre dernier album, III, sort en deux parties. La première est parue ce printemps et la deuxième est prévue pour l'hiver prochain. Pourquoi ?

Je ne crois pas aux albums longs. La musique doit rentrer sur un seul vinyle. C'est comme ça que je la conceptualise. Les disques vinyles sont également importants car ce sont des objets. Si la musique est uniquement digitale, elle peut disparaître à cause d'une anomalie. Mais avec les disques vinyles, elle est fixée sur un objet. C'est ma trace dans l'histoire.

J'ai le sentiment que mes autres albums ont suivi de deux ou trois ans les choses que j'ai aimées et ce que je voulais faire. Cet album, III, correspond à ce que j'aime en ce moment.

Quel type de thèmes incarnent votre musique et vos paroles ?

La mort et la renaissance sont des éléments forts, ainsi que des hypothèses sur l'éternité et la spiritualité. Personne n'est venu de l'autre côté pour m'expliquer comment est l'au-delà, mais ça m'intéresse vraiment. Je crois que l'âme est une créature électrique à l'intérieur d'un être humain. J'aimerais savoir où va celle-ci après la mort.

D'où viennent cette thématique et cette performance mystiques ?

Je n'ai jamais trouvé nécessaire de critiquer les autres groupes, mais la musique qui m'enthousiasme vraiment est rare. Il y a très peu de musique comme ça, parce que tout est si banal. Les jeunes qui devraient avoir le feu de l'enfer dans les yeux et faire des trucs novateurs incroyables se mettent juste à craindre. Ils font de la musique que mes parents pourraient écouter s'ils étaient encore vivants. Nous portons tous des capes et ce genre de truc, et pour moi, c'est juste un continuum de la science-fiction, de l'ésotérique, de l'occultisme, des moines, de la culture ermite, de certains yogis et ainsi de suite.

Je veux faire quelque chose de différent. J'ai toujours voulu créer un groupe parfait dans sa totalité. Pas juste trois gars sur scène qui font un concert. Je veux quelque chose de plus. Pour que ça m'intéresse, ça doit aller au-delà. Je veux me transcender moi-même et transcender le public vers un autre niveau de conscience. Dans le meilleur des cas, on y arrive. C'est l'une de nos forces principales de penser que tout doit aller plus loin, que l'on doit atteindre un niveau méta supérieur.

Votre musique porte-t-elle un message ?

Il faut un message, mais le message ne prend pas nécessairement la forme de mots, d'un texte ou d'une philosophie, c'est un message subconscient. Par exemple, en écoutant le groupe malien Tinariwen, on est immédiatement plongé dans une sorte de transe méditationnelle et c'est ce que je vise. Fondamentalement, je pense que la réalité est horrible et barbante. Les gens violent la nature et font souffrir les autres avec leurs guerres et des conneries comme ça. Les artistes se doivent de faire quelque chose de plus. Aucun artiste ne devrait être un homme d'affaires. Il faut franchir le pas et faire quelque chose de nouveau et de frais. C'est mon avis. J'y crois dur comme fer. Je ne peux pas jouer un rôle. Je pense que j'aurais plus de succès si je pouvais jouer un rôle, mais je ne peux pas. Je ne dis pas que c'est la chose la plus originale du monde, mais en un sens, c'est le plus original que je puisse faire sans m'éloigner complètement de la réalité.

À quoi ressemble l'image mentale de K-X-P ?

On est au sommet d'une montagne, des éclairs en fond, des rayons laser emplissent le ciel, et on joue un solo dingue de synthé ou de guitare, conscient que l'enfer se déchaîne autour de nous. Et en même temps, c'est un état méditatif. C'est un état d'esprit.

YouTube: K-X-P - Space Precious Time