J’veux du soleil

Article publié le 13 mai 2008
Publié par la communauté
Article publié le 13 mai 2008
Ecologie et économie ne sont pas incompatibles. Angela Merkel et son ministre de l’environnement Sigmar Gabriel misent ainsi sur les énergies renouvelables. de Sébastien Vannier et Matthias Jekosch « Nos voisins européens comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce vont voir se développer de plus en plus de déserts.
Des réfugiés de zones devenues inhabitables en Afrique et en Asie vont frapper à notre porte ». Voici les scénarios catastrophe qui se présenteront aux pays européens dans les années à venir, selon Sigmar Gabriel, ministre social-démocrate allemand de l’environnement. Ces signaux d’alarme qui remettent en question la politique environnementale des pays industrialisés, tout comme l’avait fait AL Gore, se multiplient. L’Allemagne es un peu le Al Gore au sein des pays européens. „Pour ce qui est du soutien aux énergies renouvelables, l’Allemagne est ce qui se fait de plus dynamique“ explique par exemple Claudia Kemfert de l’Institut allemand pour la recherche en économie (Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung). Elle est également conseillère du président de la commission européenne José Manuel Barroso. Peu à peu, le pays prend conscience qu’il y a là aussi l’occasion de faire des profits. « L’Allemagne, la puissance économique verte ». Rien que ça. L’intitulé de la conférence de Sigmar Gabriel organisée dans les locaux de la représentation de la Rhénanie du Nord ne doit pas laisser pas de doute : l’Allemagne veut être le pionnier de la politique écologique européenne.

Sigmar Gabriel souhaite surtout montrer lors de cette conférence que écologie et économie sont compatibles. Sa solution est donc d’investir massivement dans des technologies d’avenir permettant ainsi une baisse de la consommation d’énergie mais aussi la création de milliers d’emplois. Les Allemands devront donc se charger du domaine technique dans la répartition du travail mondiale. „Si la Chine devient l’usine du monde, et la Russie la pompe à essente, alors nous devons être les techniciens“ explique Sigmar Gabriel. Près de 250 000 emplois ont déjà été crées dans le domaine des énergies renouvelables. „Nous voulons doubler ce chiffre d’ici à 2020“ annonce Gabriel. Afin que d’autres pays se rendent compte que cela vaut le coup d’investir dans les énergies renouvelables, l’Allemagne montre le chemin. Le gouvernement d’Angela Merkel doit répondre à des objectifs ambitieux : réduire les émissions de CO2 de 40% d’ici à 2020 (soit le double de la moyenne européenne prévue) ou passer à 30% de la production d’énergie par les énergies renouvelables en 2020 (l’objectif européen n’étant „que“ de 25%).

Bonne affaire: les énergies renouvelables.

Ainsi la loi sur les énergies renouvelables a fait des émules à l’étranger. „De tous les instruments en Europe, c’est sûrement celui qui est le plus productif“ explique Kemfert. L’Espagne, par exemple, a déjà copié cette loi et l’a adapté aux lois du marché. La version allemande prévoit avant tout que les exploitants du réseau énergétique donnent priorité aux énergies renouvelables. Les dépenses qui en découlent seront couvertes par un système de nivellement entre tous les exploitants de réseaux. Les consommateurs, au final, payent également une partie de la facture.

La peur de la panne

D’un point de vue français, l’Allemagne continue donc de faire figure de modèle. Nicolas Sarkozy a certes promis une « révolution environnementale » en octobre dernier en convoquant le « Grenelle de l’environnement », une conférence réunissant tous les partenaires du débat écologique. Les résultats à la sortie de cette rencontre « historique » étaient eux aussi ambitieux : fin de la construction de nouveaux autoroutes, passage à 20% d’énergies renouvelables d’ici à 2020. Mais six mois plus tard, les résultats et notamment la mise en forme législative se font attendre en France. Mais un point crucial continue à diviser Français et Allemands : le nucléaire. Sigmar Gabriel a réaffirmé qu’il n’était pas question que l’Allemagne revienne sur sa position et se réengage dans le nucléaire. La dernière centrale nucléaire doit ainsi arrêter de fonctionner en 2021. Mais les exploitants de réseaux craignent un manque dans l’approvisionnement en énergie. „Nous avons besoin d’un panel énergétique plus grand, qui comprendrait aussi le nucléaire“, soutient ainsi Ulrich Jobs, membre du comité directeur de RWE AG. Les centrales à charbon peuvent être une alternative. Mais est-ce que c’est vraiment une solution pour une politique environnementale qui se veut stricte ? Ces centrales émettent un kilo de CO2 par kW/h produit, voire plus.

Dernier point que les Allemands devront corriger au plus vite pour renforcer leur crédibilité écologique au niveau européen : la limitation de vitesse sur les autoroutes. Comment expliquer d’un côté vouloir être précurseur de l’Europe en matière environnementale et de l’autre côté refuser catégoriquement d’imposer une vitesse maximale aux grosses Mercedes, Audi ou BMW sur les autoroutes ? Sigmar Gabriel promet une troisième révolution industrielle, mais c’est également une révolution nécessaire et urgente qui s’impose dans ce domaine précis.