Jungle de Calais : au pied du mur

Article publié le 8 septembre 2016
Article publié le 8 septembre 2016

La Grande-Bretagne entend ériger un mur de béton à Calais pour empêcher les réfugiés de traverser le tunnel sous la Manche. Sa construction s'inscrit dans le cadre d'un projet se chiffrant à 20 millions d'euros décidé par Londres et Paris. Pour certains ce mur est une preuve de l'impuissance de l'UE, tandis que d'autres défendent une barrière qu'ils jugent appropriée.

Royaume-Uni - Daily Telegraph : une décision mûrement réfléchie

Compte tenu des mouvements de population et de réfugiés que l’Europe connaît massivement par sa propre faute, il n’y a pas d’autre solution que d’ériger de nouvelles barrières, plaide The Daily Telegraph : « Sur l’ensemble du continent européen, on voit des frontières se dresser, à la frontière gréco-macédonienne, le long de la route des Balkans jadis empruntée par les réfugiés en route vers l’Europe du Nord. Tous les pays qui avaient critiqué d’autres pays qui s’isolaient ont fini, en l’espace de quelques semaines seulement, par se résoudre à faire exactement ce qu’ils avaient auparavant critiqué chez leurs voisins. Il ne faut pas y voir un échec. L’échec serait plutôt de ne pas s’y résoudre. L’immigration de masse que l’Europe a encouragée ces dernières années devient aujourd’hui tangible. Et l’une des conséquences politiques en est la réapparition de frontières ». (8/09/2016)

Italie - Il Sole 24 Ore : l'Euromur, un aveu d'échec

Le mur de Calais est un aveu d’échec, constate le journal économique Il Sole 24 Ore : « L’heure n’est plus à l’Eurotunnel mais à l’Euromur. Le signe affligeant que les temps changent, le symbole d’une Europe qui se décompose au lieu de se souder. Une Europe incapable de relever des défis auxquels elle n’était pas préparée, auxquels elle ne sait pas réagir. Pour commencer, il est manifeste que nous ne voulons plus faire de distinction entre les réfugiés économiques et les demandeurs d’asile. Ensuite, nous sommes incapables de mettre en application les lois existantes et les accords signés. (…) Ce mur est de facto une mesure supplémentaire qui refoulera le problème : tout mur, toute barrière érigée au Nord renvoie inévitablement le fardeau vers le Sud. La raison en est l’incapacité absolue de l’UE à élaborer des solutions communes à un problème qui menace de faire imploser l’ensemble de l’édifice européen ». (8/09/2016)

Belgique - De Standaard : la jungle de la honte

La construction du mur prévu à Calais ne résoudra en rien le problème, déplore De Standaard : « Ce qu’on appelle la Jungle de Calais est une honte sur le sol européen. L’État français a laissé le problème prendre des dimensions ahurissantes, d’une manière difficilement conciliable avec les valeurs dont se réclame la République. (...) Ceci dit, les Britanniques ne sont pas hors de cause, bien au contraire. (...) Et après le Brexit, ils s’occuperont encore moins du problème. (...) Peut-être l’Europe devrait-elle exiger qu’une solution recevable pour Calais fasse partie intégrante de l’accord sur le Brexit. La honte de Calais montre que seule une large collaboration et la solidarité européennes sont en mesure de résoudre le problème des réfugiés et de la migration et cette solidarité brille par son absence. Trop d’États membres rejettent la faute sur leurs voisins ». (8/09/2016)

France - Mediapart : Calais cale depuis bien longtemps 

Depuis le début de la semaine, des riverains et des conducteurs de poids lourds manifestent contre la présence des réfugiés dans le camp connu sous le nom de jungle de Calais. Ils reprochent notamment aux migrants d’être à l’origine du déclin de la ville. C’est une absurdité, rétorque la Calaisienne Nancy Bélart sur son blog hébergé par Mediapart : « Calais, ville portuaire, a toujours été une ville dangereuse la nuit. (...) Depuis 30 ans le centre-ville est mort à 19 heures. Et la construction du tunnel avec l'ouverture de la Cité Europe, ce complexe commerçant gigantesque il y a une vingtaine d'années, a achevé de tuer la ville et ses commerces. (…) Les réfugiés n'ont donc rien à voir avec la mort de Calais ! Bien au contraire, si les Calaisiens leur avaient laissé une chance, ils n'auraient pas demandé mieux que pouvoir aller boire du thé ou du café dans le centre-ville ou à la plage, y manger un morceau aussi. Même avec le peu d'argent qu'ils ont. Et ainsi participer à la vie économique ». (6/09/2016)

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Cet article est publié en partenariat avec euro|topics.