Julie Gray, Hollywood et le cinéma de sécurité

Article publié le 1 juillet 2010
Article publié le 1 juillet 2010

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un film moyen de 90 minutes équivaut à un script de 90 à 100 pages au format A4. Parmi les arrivées en masse quotidiennes de scénarii, reçus par les bureaux de la production cinématographique d'Hollywood, seul un script sur cent est examiné. Julie Gray, consultante en scénario à Los Angeles, se trouve à Oxford pour donner des conseils, parler des tendances et de la déception d'Hollywood.

Hollywood est considéré comme la Mecque de l'industrie cinématographique mondiale. Pourtant, près d'un milliard de tickets de cinéma ont été vendus rien qu'en Europe l'année dernière. Un exploit selon l'Observatoire européen de l'audiovisuel. Parmi les récents blockbusters hollywoodiens qui sont arrivés sur nos écrans ces derniers mois, on compte Avatar et Prince of Persia. Les deux films ont pourtant été réalisés grâce à un financement européen. C'est Julie Gray, consultante en scénario à Hollywood et directrice exécutive du département des scénarii, qui me rapporte ces informations. Nous nous sommes retrouvés pour le déjeuner au restaurant du Ashmolean Museum, un musée historique d'Oxford, lieu de prédilection des intellectuels et artistes d'Oxford tels que Colin Dexter et Richard Dawkins. « Le modèle des films américains a un rythme plus rapide que le modèle européen », explique Julie Gray. Et la  pétillante américaine de rajouter : « Les écrivains européens seraient bien avisés d'imiter le format et le paradigme structurel américain s'ils souhaitent faire des vagues aux États-Unis».

La consultante en scénario soutient de nombreux atéliers d'écriture.

L'écriture de scénarii et Hollywood

«  Hollywood essaye de jouer de plus en plus la sécurité (...)pas surprenant qu'il existe toujours plus de films fades ou des remakes de vieux films à succès comme Robin des bois et Le Choc des titans. »

Julie Gray est en ville pour piloter un atelier d'une journée sur l'écriture de scénarii de films. A Hollywood, les écrivains se tournent vers elle pour recevoir les conseils de la mentor : « L'écriture de scénarii est un art sous-estimé par l'industrie hollywoodienne, explique-t-elle. Le temps où les scénaristes devenaient multimillionnaires est révolu. Nous assistons à un retour au système des anciens studios, avec une montée des studios de cinéma aux petits budgets qui dominent la scène et produisent des films comme " District 9 " (30 millionsde dollars) et " Paranormal Activity " (15 000 dollars). L'industrie cinématographique cherche en effet à contrôler les coûts. » En dehors d'Hollywood, des scénaristes enthousiastes ont assisté à ses ateliers d'écriture dans le monde entier, y compris à d'Oxford et à Bristol. Julie Gray participe aussi activement au projet d'écriture des femmes afghanes de Kaboul.

La production américano-britannique, dirigée par le français Louis Leterrier défend-t-il l'idée de faire du neuf avec du vieux ? Ce qui surprend la consultante, c'est que de nombreux écrivains en herbe ignorent les vraies réalités du business cinématographique et semblent penser que le glamour légendaire du monde du cinéma est la réalité. « Le fait est qu' Hollywood veut essentiellement faire de l'argent, dit-elle. Actuellement, trop de films perdent de l'argent. Tout le monde est à la recherche d'une nouvelle formule du succès et la peur de l'échec hante les studios. C'est pourquoi Hollywood essaye de jouer de plus en plus la sécurité. Et il n'est pas surprenant qu'il existe toujours plus de films fades ou des remakes de vieux films à succès comme « Robin des bois » et « Le Choc des titans ». Mais le véritable problème a trait au manque d’originalité des studios, à court d’idées. Ces derniers ont plagié les œuvres de nombreux auteurs européens pour trouver le moyen de remédier aux carences d’inspirations. Que les dirigeants de l'industrie cinématographique admettent qu'un script vraiment original puisse avoir du succès est aussi plausible qu’un golfeur qui accepte un parcours d'un trou. Ils sont de plus en plus partisans d’une nouvelle approche : faire du neuf avec du vieux. Ce n'est pas surprenant de voir le retour des péplums comme « Gladiator » « Troie » ou encore « Centurion ».

Comment devenir scénariste

De nombreux aspirants écrivains voient leurs scripts rejetés car ils ne répondent pas au format prescrit par l'United Artists, la MGM, la Warner, Sony ou n'importe quel autre studio. Les raisons invoquées correspondent à des questions de grammaire, d'orthographe, le manque de structure, le non-respect des règles de base de l'écriture dramatique et enfin le manque d'originalité, rélève Gray, avant d'ajouter : « La plupart des écrivains en herbe pense qu'un scénario basé sur leur divorce, leur histoire d'amour ou sur leur expérience militaire sera tout de suite accepté. »

Nous avons beau vivre dans un monde de plus en plus immatériel, les mots imprimés ont encore leur importance. Votre film, jeu, programme télé ou radio préférée dépendent encore de scripts écrits par cette personne encore trop méconnue de l'industrie du cinéma. Votre héros ou héroïne préférés seraient littéralement privés de paroles sans le dévouement et le travail acharné des scénaristes. « Mais le travail acharné et l'intelligence seuls ne suffissent pas », avertit Gray, qui a commencé son travail de consultante en écriture en 2008 et dont le blog  et les podcasts sont de plus en plus recherchés par les principaux décideurs de l'industrie du cinéma.

En somme, les écrivains doivent être inventifs. Cette qualité est la stricte condition de la richesse de certains films comme Intolérable Cruauté, Pretty Woman et Démineurs, oscar du meilleur film 2010. Il semble que le cinéma américain ne vous prenne pas au sérieux, messieurs et mesdames les scénaristes. Sauf si vous avez au moins dix scripts à proposer, au moins...

Le nouveau livre de Julie Gray Just Effing Entertain Me (Michael Wiese Publishing) sera publié au printemps 2011.

Photo : Julie Gray ©adamlopezphotography.com