Juliana Guarany : le combat contre le harcèlement de rue autour du globe

Article publié le 26 avril 2016
Article publié le 26 avril 2016

Le harcèlement de rue est courant dans bien des pays du monde, et pourtant il est souvent considéré comme acquis. Mais pas pour la Brésilienne Juliana Guarany. La journaliste et militante des droits de l’homme partage son combat mondial contre le harcèlement de rue. 

Dès que l’icône Skype a commencé à s’agiter sur mon écran, je suis devenue nerveuse — les entretiens par visioconférence, ce n’est pas mon truc. Pourtant, dès que j’ai aperçu Juliana Guarany me saluer, mon stress s’est dissipé. J’étais tout ouïe.

Je lui demande comment elle est devenue militante. « Comment suis-je sortie du placard "féministe"? Je raconte toujours cette histoire », répond-t-elle sérieusement, elle poursuit en souriant « ce n’est pas comme si tu te réveillais un jour en sachant que tu es féministe ». 

Juliana - Brésilienne de 37 ans, journaliste et militante des droits de l’homme - a mis du temps avant de trouver sa voie hors du « placard ». Et pourtant, elle admet que l’idée a toujours été là quelque part. « J’ai toujours eu une attitude progressiste en faveur des femmes, mais je n’ai jamais affirmé être féministe. Le mot avait une connotation péjorative et agressive. »

« Les gens pensent que ça fait partie de la culture »

C’est le harcèlement de rue — une expérience permanente et universelle que les femmes subissent partout dans le monde — qui a fait perdre patience à Juliana. L’incident a eu lieu quelque temps après sa première année de master en journalisme. Elle rentrait au Brésil pour les vacances d’été, « je marchais dans la rue insouciante et tout d’un coup un homme est venu me chuchoter à l’oreille "beaux nichons"».

Cet incident a incité Juliana à quitter sa zone de confort en lui laissant un sentiment amer de colère et de vulnérabilité. Malgré tout, son séjour en Europe l’a changée une bonne fois pour toutes, et cet incident l’a poussée à passer à l’action.

Elle a commencé à raconter son histoire sur Facebook, en essayant d’attirer l’attention de ses amies. Leurs réponses ont prouvé que le harcèlement de rue au Brésil était courant et pouvait se produire partout — du supermarché à la boîte de nuit. « Les gens pensent que ça fait partie de la culture », explique Juliana mécontente. « C’est ça le plus gros problème. »

Le projet « Feminist Map »

Juliana a eu l’idée de créer une application mobile qui dénoncerait les actes de violence envers les femmes. Cependant, elle s’est vite rendu compte que beaucoup de pays avaient déjà leurs propres plateformes contre le harcèlement de rue et le viol. La jeune femme a toutefois décidé de continuer, convaincu qu'elle pouvait apporter quelque chose en plus. « J’ai découvert tous ces projets et je me suis dit qu’ils ne connaissaient peut-être pas l’existence de chacun, qu’ils recommençaient tout depuis le début sans s’appuyer sur d’anciens projets », explique Juliana.

Elle s’est inspirée de IMDb — la base de données cinématographiques sur Internet — et a décidé de créer la sienne qui regrouperait toutes les activités et initiatives dédiées à l’égalité des sexes à travers le monde. C'est ainsi qu'est né le projet Feminist Mapou FemMap.

« Je peux passer des heures sur IMDb », raconte Juliana. « Les informations sont interconnectées, tu peux donc vite te faire une idée. C’est ce que je voulais faire avec FemMap, mais évidemment, ça prend des années à construire. C’est le travail de toute une vie. »

Rencontre avec la chancelière allemande

La recherche de fonds fut un vrai challenge. « Mon projet n’a pas de but lucratif, c’était donc difficile d’être financé. » Pourtant, Juliana n’a pas baissé les bras. Avec le soutien de l’université d’Hambourg — son institution d’accueil — elle a réussi à obtenir une bourse allemande de la Fondation Alexander von Humboldt. 

Elle a pu, entre autres, rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel à deux occasions et a même eu l'opportunité de lui parler en personne.

« J’étais au Brésil lorsqu’elle a rendu visite à la président Dilma (Rousseff, ndlr) », se rappelle-t-elle. « Elle nous a d’abord parlé, pris quelques photos et a ensuite rencontré la présidente. Elle portait la même tenue lors de cette deuxième rencontre, du coup j’aime prétendre que c’est Dilma qui nous a prises en photo ».

Ça ressemblait déjà à une fin heureuse, mais la suite m’a encore plus surprise. Le jour après la lancement du site FemMap, Juliana a accouché — la preuve que les femmes peuvent trouver l’équilibre entre leur vie de famille et leur carrière. « C’était absurde, raconte-t-elle. J’étais à l’hôpital et l’instant d’après on lançait le site. Ça semblait fou ! J’ai réussi à mener à bien ces deux projets, en même temps ! ».

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Mind The Gap présente #Sheroes, une série de portaits de jeunes européens qui parlent, promeuvent ou discutent d’égalité des genres. 

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Mind The Gap, le féminisme sans distinction.