Julia Reda : pirate « pour parler »

Article publié le 28 mars 2014
Article publié le 28 mars 2014

Julia Reda est, à 27 ans, la tête de liste de ces prochaines élections européennes pour le Parti Pirate en Allemagne. Après que le pays a aboli le seuil électoral de 3% pour entrer au Parlement, la voie est libre pour les petits partis comme le sien. Entretien avec cette jeune politicienne pour parler, entre autres, de son ascension fulgurante, son jeune parti et du prix Nobel de la paix. 

ca­fé­ba­bel : Pour­quoi étiez-vous contre le seuil élec­to­ral des 3% pour les élec­tions eu­ro­péennes ? Aviez-vous peur de perdre ?

Julia Reda : Non, c’est quand même assez dingue quand on pense à la ma­nière dont cette bar­rière des 3% a été éri­gée. La Cour Consti­tu­tion­nelle al­le­mande avait déjà dé­claré en 2011 le seuil élec­to­ral à 5% anti-consti­tu­tion­nel. Et dans l’at­tendu de son der­nier ju­ge­ment, elle ex­plique qu’au­cun seuil quel qu’il soit n’est jus­ti­fiable, tant que le fonc­tion­ne­ment du Par­le­ment n’est pas im­pacté.

L'en­ga­ge­ment dans la peau

ca­fé­ba­bel : Tu t’es en­ga­gée dans la po­li­tique à 16 ans. Tu y as trouvé quoi ?

Ju­lia Reda : Je suis de­ve­nue membre du SPD à 16 ans mais j’avais le sen­ti­ment de ne pas pou­voir y faire grand-chose. J’étais tou­jours mise sur une es­trade pour que les gens puissent dire : « re­gar­dez, il y a des jeunes dans nos rangs ». En par­ti­cu­lier lors des dé­bats sur le ver­rouillage d’In­ter­net, j’avais l’im­pres­sion qu’en tant que jeune membre du parti je ne pou­vais rien chan­ger, même avec de bons ar­gu­ments. Peu de temps après, j’ai quitté le SPD pour le Parti Pi­rate.

ca­fé­ba­bel : Pour­quoi t’en­gages-tu dans la po­li­tique eu­ro­péenne ? Ce sujet n’in­té­resse pas tout le monde…

Julia Reda : Nous de­vons  mon­trer que nos thé­ma­tiques sont en lien avec le quo­ti­dien des ci­toyens. En Al­le­magne, la moi­tié des vi­déos sur You­Tube sont blo­quées. C’est pour­quoi nous avons be­soin d’un mar­ché unique nu­mé­rique ainsi que d’un droit d’au­teur eu­ro­péen. En Al­le­magne, 30% des nou­veaux élec­teurs  votent aux eu­ro­péennes, et nous de­vons leur dire quelles consé­quences ont les po­li­tiques sur leur vie.

MERCI ED­WARD SNOW­DEN

ca­fé­ba­bel : Est-ce que le Parti Pi­rate consi­dère Ed­ward Snow­den comme un mo­dèle ?

Julia Reda : Oui, et les deux dé­pu­tés sué­dois au Par­le­ment eu­ro­péen ainsi que les dé­pu­tés is­lan­dais du Parti Pi­rate ont, avec d’autres res­pon­sables po­li­tiques, nommé Ed­ward Snow­den et Chel­sea Man­ning pour le prix Nobel de la paix.  Cette no­mi­na­tion est vrai­ment une bonne chose car Snow­den et Man­ning ont re­donné aux gens un peu de contrôle sur la dé­mo­cra­tie. Dans ce mo­dèle, on ne peut se gou­ver­ner soi-même que lorsque l’on sait ce que font le gou­ver­ne­ment et les ser­vices se­crets.

ca­fé­ba­bel : Et que pro­pose le Parti Pi­rate contre la sur­veillance de la NSA et la pro­tec­tion des don­nées ?

Julia Reda : Je crois que l’In­ter­net eu­ro­péen pro­posé par Hol­lande et Mer­kel n’est pas bon. Nous ne de­vons pas re­mettre en ques­tion la struc­ture glo­bale d’In­ter­net, comme la Chine ou l’Iran le font. Cela n’aura aucun effet sur la sur­veillance puisque le Ser­vice fé­dé­ral de ren­sei­gne­ments al­le­mand et le GCHQ (Go­vern­ment Com­mu­ni­ca­tions Head­quar­ters, ser­vice de ren­sei­gne­ments élec­tro­nique du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, ndlt) échangent des don­nées avec la NSA. Nous consta­tons que les ser­vices se­crets ne peuvent plus être contrô­lés dé­mo­cra­ti­que­ment au sein de l’UE, et doivent par consé­quent être sup­pri­més.

 Il ne peut pas y avoir de dé­mo­cra­tie sans trans­pa­rence de l’Etat. C’est quand les ser­vices se­crets de­viennent une en­tité au­to­nome et agissent sans lé­gi­ti­mité que les lan­ceurs d’alerte sont né­ces­saires. C’est le seul moyen pour pou­voir par­ler de so­ciété dé­mo­cra­tique. En ce sens, on ne peut que re­mer­cier Ed­ward Snow­den et es­pé­rer qu’il trouve beau­coup de per­sonnes pour l’imi­ter. 

Un seul mot d'ordre : la li­berté

ca­fé­ba­bel : Vous abor­dez d’autres thèmes que le ver­rouillage d’In­ter­net et le mar­ché in­té­rieur nu­mé­rique ?

Julia Reda : Nous avons un pro­gramme élec­to­ral com­mun avec les Par­tis Pi­rates eu­ro­péens. Nos re­ven­di­ca­tions sont réunies sous le slo­gan « Une Eu­rope sans fron­tière ». Nous vou­lons sup­pri­mer les fron­tières à tous les ni­veaux de la so­ciété, pas seule­ment sur In­ter­net, mais éga­le­ment  au ni­veau de la li­berté de cir­cu­la­tion dans l’UE. Nous vou­lons fa­ci­li­ter le droit d’asile et lut­ter contre toute ten­ta­tive de li­mi­ter la li­berté de cir­cu­la­tion des Rou­mains et des Bul­gares.

ca­fé­ba­bel : C’est ce que veulent la ma­jo­rité des par­tis. Qu’est-ce qui fait la spé­ci­fi­cité du Parti Pi­rate ?

Julia Reda : Il s’agit de la li­berté de l’in­for­ma­tion, de la libre mise à dis­po­si­tion par l’Etat des in­for­ma­tions dont il dis­pose. De ma­nière plus gé­né­rale nous sou­hai­tons une dé­mo­cra­ti­sa­tion de l’Union eu­ro­péenne. Nous vou­lons plus de dé­ci­sions prises à cette échelle,  et donc plus de droit d’ini­tia­tives pour le Par­le­ment eu­ro­péen. Nous vou­lons éga­le­ment élar­gir l’ini­tia­tive ci­toyenne eu­ro­péenne, pour per­mettre aux ci­toyens de lan­cer des pro­cé­dures lé­gis­la­tives en Eu­rope.