Journées Civiques Européennes 2015 : échanges, débats et actions

Article publié le 4 novembre 2015
Article publié le 4 novembre 2015

Les 22 et 23 octobre, ONG, hommes politiques et citoyens se sont réunis à Strasbourg, au Conseil de l’Europe, à l’occasion des Journées Civiques Européennes organisées par le Forum Civique Européen. Cet événement a célébré dix ans de campagnes en faveur de la démocratie, de l’égalité et de la solidarité et a aussi été marqué par la remise du Prix de la Citoyenneté démocratique Européenne.

“Connect. Think Critical. Act for Change.” : Un appel à l’action inscrit sur la bannière accrochée à l'estrade qui reflète parfaitement ce que le Forum Civique Européen (FCE) attend de ses participants. Le FCE est un réseau transnational d’ONG et d’associations européennes qui a pour but de renforcer l’espace civique, de consolider la participation citoyenne et de construire un dialogue civil. Cet événement vise à éveiller l’esprit critique et invite les participants à poser de nouvelles questions dans le but de trouver des idées pour plus de démocratie, d’égalité et de solidarité en Europe. 

 

Une atmosphère particulière régnait lors de l’ouverture de la conférence. Alors que les participants passaient la porte du Conseil de l’Europe, l’un d’entre eux a déclaré : « C’est formidable d’être ici. On peut vraiment s’y sentir chez soi. » C’est le genre de déclaration qui plaît à Antje Rothemund, membre du Conseil. L’organisation inter-gouvernementale prend très au sérieux son engagement à construire des liens avec la société civile, en qui elle voit un partenaire très important.

L’objectif de la première journée était de débattre sur la possibilité d’imaginer une Europe solidaire. De nombreux liens ont été établis avec les affaires actuelles, y compris avec la crise des réfugiés. Cependant, Anna Rurka, présidente de la Conférence des Organisations internationales non-gouvernementales (OING) du Conseil de l’Europe a tempéré : « Il ne s’agit pas d’une crise des réfugiés, mais d’une crise pour les pays européens qui ne peuvent pas aider et une crise pour les pays en conflit. » Madame Rurka a expliqué à quel point il serait important de voir comment la société civile peut se montrer solidaire avec les réfugiés. Les organisateurs ont invité trois d'entre eux, de Syrie et d’Irak, à s’exprimer pour que leurs voix soient entendues. Ils ont partagé leur expérience et leur souhait : « Un beau jour on se réveille et tout ce qui compte pour vous vous est retiré. Nous demandons aux Européens de nous redonner de l’espoir. On l’a perdu depuis trop longtemps. »

Le public a prêté une oreille attentive aux histoires des réfugiés – l’émotion était clairement visible sur de nombreux visages. Peut-être était-ce l’effet escompté, peut-être qu’une confrontation choc avec la réalité est nécessaire pour nous forcer à ouvrir les yeux et à sortir de discussions théoriques abstraites. Un des intervenants, Daniele Archibugi, a avancé que nous devrions nous concentrer sur le conflit en lui-même et sur les raisons qui poussent ces personnes à quitter leur pays. Il a également souligné le fait qu’elles auraient certainement préféré rester avec leurs proches dans leur pays d’origine. 

À mesure que le débat avançait, l’émotion, la passion mais aussi l’espoir envahissaient la pièce. « Il y a de l’espoir ! », a insisté Marta Meloni, une des lauréates du Prix de la Citoyenneté Démocratique Européenne. Pendant son discours, elle a marqué une pause et regardé les auditeurs assis en face d’elle pour répéter : « Vraiment ! Il y a de l’espoir ! », même si la plupart d’entre eux en étaient déjà certains. Mme Meloni prêchait des convaincus, mais seul le symbole importait : une personnalité européenne, sur une estrade, comprenait les peurs et les craintes de son auditoire. De nombreux intervenants évoquent une société divisée mais parlent rarement des rôles que peuvent tenir les différentes parties de cette société. Pour Marius Wanders, nous manquons de leadership moral. Et Anna Rurka d’intervenir : « Je suis d’accord, la société est divisée, mais je ne pense pas que les politiciens n’aient pas d’idées ! »

La deuxième journée a été consacrée aux solutions plus pratiques et aux outils envisageables. Le sujet principal, au cours des débats et des ateliers, portait sur les sociétés qui cherchent à être collaboratives, connectées, ouvertes et durables. Pour Marsida Bandilli, elle aussi lauréate du Prix de la Citoyenneyé Démocratique Européenne, trouver un terrain d'entente à ce sujet était la partie la plus fascinante de l'événement. Exerce-t-on vraiment notre esprit critique si nous sommes tous d'accord ? Elle ajoute : "Il doit y avoir du répondant. Sinon, il n'y a pas vraiment de connexion, ce n'est qu'une petite "bulle" et du bavardage."

"Le changement commence avec les jeunes", tel était le mot d'ordre d'une grande partie des participants. Mais pour Matleena Heikkinen, de l'association Erasmus Student Network (ESN), les jeunes n'y étaient pas assez représentés, à en juger par la moyenne d'âge des participants. Elle est tout de même heureuse d'avoir pu rencontrer d'autres "personnes dynamiques" et explique : "On ne peut pas changer le monde en claquant des doigts, mais on peut faire de son mieux.", et pour ce faire, être en contact avec les autres est nécessaire. ESN, par exemple, propose un soutien social aux étudiants Erasmus pendant leur séjour à l'étranger avec du travail bénévole et du volontariat dans la communauté, comme par exemple de l'aide dans un orphelinat.

Au terme de la conférence, les vices-présidents du FCE, Jan Robert Suesser, Raffaella Bolini et Cristian Pirvulescu ont fait remarquer que "la chaîne démocratique était cassée" et ont demandé comment elle pourrait être reconstruite. Ils ont conclu : "Nous ne devons pas trouver la solution, mais nous nous devons de poser la question !" L'événement a mis en valeur le fait que se connecter avec les autres, rester critique (même avec soi-même) et réveiller la passion pour l'action sont les meilleurs moyens de développer ces questions ensemble et, qui sait, un jour peut-être, d'y trouver des réponses.