Journaliste en danger : l’Espagne et la ma(n)chette

Article publié le 19 mars 2013
Article publié le 19 mars 2013
En Espagne, presque 9 000 journalistes sont au chômage : un chiffre qui ne fait que révéler la partie émergée de l’iceberg. Au niveau local, des initiatives telles que celles impulsées par « l’association de la presse de Séville » viennent adoucir la morosité ambiante.
En plus de donner des solutions afin de lutter contre la précarité qui ronge la profession, elles proposent également de renforcer en interne les liens de la corporation.

L’espoir d’un avenir moins tourmenté trouve peu d’échos auprès des populations qui sont déjà largement enlisées dans une crise qui refuse de s’en aller. Pourtant, quelques nouveaux projets germent de part et d’autre de l’Espagne et parviennent à insuffler un léger vent d’optimisme auprès des journalistes professionnels. Le programme intitulé « On cherche des journalistes » (Se buscan periodistas), développé par l’Association de la Presse de Séville (APS) et visant à soutenir les professionnels du secteur qui essaient de lancer leur propres médias en est l’illustration.

Rafael Rodríguez, président de cette organisation explique son projet : « Il s’agit de journalisme aux mains des journalistes et non pas d’entreprises qui traitent l’information comme une simple marchandise, sans valoriser la qualité, la véracité et l’honnêteté de ce qui est publié. » On cherche des journalistes, tente donc de relever des défis de tailles : « Les freelances doivent prendre les rênes, donner de la valeur à la profession et à partir de là, travailler. Nous sommes les premiers mécontents de ce que nous faisons », assure Rodríguez .

Journalisme : synonyme de précarité

Bien qu’il y ait des statistiques officielles rapportées par l’Observatoire de la Crise de la FAPE (Fédération des associations des journalistes d’Espagne), celles-ci ne reflètent pas à cent pour cent la réalité de la profession. Si les licenciements au sein des médias d’une certaine envergure sont recueillis et comptabilisés, ce n’est pas le cas des renvois des journalistes qui travaillent dans les bureaux de communication des petites et moyennes entreprises. Même phénomène pour les journalistes affiliés à des départements dépendants des administrations publiques. A ces derniers, il faut ajouter ceux qui sortent tous les ans des facultés de Communication - plus de 500 rien qu’en Andalousie - ainsi que les faux indépendants ou ceux qui, bien qu’ils soient diplômés en Journalisme, ont eu un autre genre de contrat de classe inférieure. Il y aurait 8 816 journalistes professionnels au chômage, - ce chiffre ne prend pas en compte les licenciements collectifs déjà signés et présentés - et parmi eux, 3 853 (soit 44% du total) ont perdu leur emploi durant l’année 2012. Aussi, 70 médias ont dû fermer.

Le fond d’urgence de l’APS répond à la demande d’aide qui ne cesse d’augmenter. Cette inflation s’explique par l’accroissement des professionnels du journalisme se trouvant en situation de précarité. « Notre secteur est, en ce moment, celui qui enregistre le plus de chômage, et un de ceux qui a les pires conditions salariales et de travail, ce qui provoque de grandes difficultés financières pour des centaines de collègues », déclare Rodriguez. Ce fond est exclusivement destiné à l’achat de produits de première nécessité (alimentation, produits d’entretien et d’hygiène personnelle). De fait, les bénéficiaires ne reçoivent pas d’argent liquide, mais des cartes prépayées à l’avance qu’ils peuvent utiliser dans différentes chaînes de supermarchés.

Et dans les autres pays européens ?

« Comment appelle-t-on un journaliste au chômage ? Un freelance. » Blagues à part, la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) explique qu’en Europe 50% des professionnels du secteur sont indépendants et, bien qu’il soit difficile d’obtenir des chiffres concrets à cause notamment des différents cadres légaux de chaque pays, on estime qu’en France, en Allemagne et au Royaume-Uni le nombre d’accréditations des professionnels de la communication a baissé de 10%, corroborant ainsi la progression calculée il y a 4 ans.

La FIP dénonce également cette tendance qui diminue clairement la qualité de l’information et le droit de chaque citoyen à connaître ce qu’il se passe dans son environnement, en particulier dans les entreprises de communication publiques. En Espagne, on mise déjà sur le combat pour la qualité et le meilleur exemple pourrait bien être le blog Obama World : un média financé par ses lecteurs.

Photos : Une (cc) .Biodegradable/Flickr. Vidéo: aprensasevilla/YouTube.