Joseph Daul: "Quand l'Europe veut, l'Europe peut"

Article publié le 24 mai 2009
Article publié le 24 mai 2009
Strasbourg, le 23 mai 2009 Propos recueillis par Lena Morel et Yulia Kochneva Président sortant du groupe PPE-DE au Parlement européen, à la tête duquel il avait succédé Hans Gert Pöttering, Joseph Daul briguera son 3ème mandat d’affilée en tant que député européen lors des prochaines élections du 7 juin.
Pour Babel Strasbourg, la tête de liste UMP du Grand Est revient sur une échéance électorale qui peine à mobiliser.

(crédit photo: euractiv.com)

BS: Alors que certains de vos collègues de l’UMP ne montrent que peu d’enthousiasme à l’idée de siéger au Parlement européen, qu’est ce qui vous conduit à vous présenter une nouvelle fois ? Quelles conclusions tirez-vous de ces dix dernières années en tant que député européen ?

JD : Il n'y a pas de portrait-robot du député européen, comme il n'y pas de profil unique de l’élu « idéal ». Je suis agriculteur, issu du monde rural, et j'en suis fier. J'ai toute ma vie exercé des fonctions électives, au niveau local dans ma commune alsacienne de Pfettisheim, à quelques kilomètres de Strasbourg, et j'ai exercé aussi de nombreuses activités à titre de volontaire, ou dans des associations. Je suis persuadé que plus il y a de diversité dans l'expérience des Députés européens, plus ce Parlement reflètera les vraies préoccupations de nos concitoyens, moins il sera la "bulle" que l'on caricature très injustement.

Cela fait dix ans que je siège à Strasbourg et Bruxelles, comme député européen. J'y ai beaucoup appris et j'espère que mon expérience peut être utile à mon pays et à l'Europe. Quand le Président Sarkozy m’a demandé de me représenter en 2009 et d'être candidat à ma succession à la tête du Groupe parlementaire du Centre-droit, le PPE, j'ai accepté. Et j'espère que, si les citoyens m'accordent leur confiance, je serai réélu à cette fonction passionnante, mais aussi exigeante.

BS: Avez vous le sentiment que votre présence à la tête du groupe PPE résonne comme un symbole de l'amitié franco-allemande?

JD: Le moteur franco-allemand, j'y crois forcément puisque je suis Alsacien, et parce que ma famille, mon entourage, mes amis, ont vécu les traumatismes des guerres entre nos deux pays. Je sais par expérience que sans ce moteur, la voiture Europe ne peut être qu’une belle voiture de collection, voire une berline de bon niveau, mais certainement pas une voiture de sport. Or je veux que l'Europe aille de l'avant, ait un projet et une identité politiques, et il faut se donner les moyens d'y parvenir. Ceci dit, l'Europe actuelle, c'est l'Europe des 27, et je conduis un Groupe au Parlement qui est le seul à compter des Députés issus de tous ces pays. Une délégation d'un seul membre doit, à mes yeux, être traitée avec autant d’égards qu'une délégation à cinquante. C'est une question de principe, c'est aussi une question de solidarité entre Européens.

BS: Quels sont les grands axes de l’UMP pour la campagne des élections européennes et pour l’avenir de l’UE dans les cinq prochaines années ? Quels défis et priorités vous êtes vous fixés pour cette mandature ?

JD: La campagne de l'UMP pour les Européennes peut se résumer en une formule: quand l'Europe veut, l'Europe peut. Nous menons une campagne positive, pas une campagne de ronchons et de mécontents. Nous sommes les seuls à dire, et à faire d'ailleurs - on l'a vu pendant la Présidence française - que sur tous les grands sujets qui comptent, à savoir économie, climat, sécurité, énergie, migrations, on ne peut réussir que dans et avec l'Europe. Et pour le reste, aux Etats de jouer. L'UMP a un projet pour la France, elle a un projet pour l'Europe. Elle ne fait pas une campagne « contre », elle fait une campagne « pour ». Mes défis pour les cinq ans à venir, si je suis élu, c'est de mettre en pratique ce que j'aurai défendu pendant la campagne.

BS : On reproche à l’UMP, en particulier, de ne pas avoir débuté la campagne pour les élections européennes et de la confondre une élection présidentielle nationale - à commencer par l’affiche étonnante de l’UMP pour les européennes. Que répondez vous ?

JD: Il faudrait que nos opposants sachent ce qu'ils veulent ! Si nous ne personnalisons pas cette campagne, ils diront qu’elle est morne, anonyme, froide et éloignée des préoccupations des citoyens. Si nous la personnalisons, en mettant en avant le Président de la République qui a, lui, un projet européen, et qui le met en oeuvre, on nous dit que c'est anormal.

Soyons sérieux. Les Français savent que la construction européenne, ce n'est pas un OVNI qui serait dirigé, pensé, bâti dans le vide. Ils savent qu'il vaut mieux que ce soit Nicolas Sarkozy qui les représente aux Conseils européens, aux côtés d’Angéla Merkel ou de José-Luis Zapatero, ou aux Sommets internationaux, près de Barack Obama ou de Vladimir Poutine, que l'un des innombrables prétendants à la présidence du Parti socialiste. Le 7 juin, les électeurs trancheront.

BS : N’est ce pas une marque de désintérêt politique qui pourrait renforcer l’indifférence de la population française à l’égard de l’Union européenne et en particulier du Parlement européen ? Ne pensez-vous pas que ce que l’on pourrait qualifier de faux pas dans la campagne de l’UMP, pourrais renforcer une tendance déjà généralisée de forte abstention lors des élections à venir (36% selon l’Eurobaroètre) ?

L'abstention est une donnée de la vie politique moderne, dans toutes nos démocraties, et pour toutes les élections. Chacun y a sa part de responsabilité. Les politiques, qui doivent toujours garder en mémoire que la seule raison pour laquelle ils exercent un mandat, c'est pour défendre l’intérêt général. Les médias, qui doivent essayer, si je peux me permettre de le dire ici, d’aller plus au fond des choses et à de faire moins de spectaculaire. La réalité, elle n’est pas dans le spectacle, les petits scandales, les faux-procès. Elle est dans l’analyse sérieuse, dans la critique, aussi objective et constructive que possible, de ce qui se fait de bien, de moins bien ou de mauvais. Et enfin, et je dirais surtout, les citoyens eux-mêmes, qui de façon paradoxale attendent toujours plus de leur commune, de leur région, de leur pays, de l'Europe, et dans le même temps donnent de moins en moins leur avis sur la façon dont ces mêmes collectivités doivent être gérées, dirigées. Dans quelques mois, on fêtera les 20 ans du mur de Berlin. Pourquoi le 9 novembre 1989, les Allemands de l'Est se sont-ils engouffrés dans la brèche d'un mur honni ? Pour pouvoir s'exprimer, voter, critiquer, dénoncer, de façon libre et démocratique. On n’a rien trouvé de mieux que la démocratie, et je forme le voeu que le 7 juin comme lors des autres élections, nos concitoyens expriment leur choix de société.

BS : Lors de la création du groupe Identité tradition souveraineté en 2007, vous aviez été l’un des rares à prôner la représentation du groupe au sein des commissions du Parlement européen par soucis de respect des règles du jeu. Mais vous aviez alors émis le souhait de resonger en 2009 au nombre de députés nécessaires à la création d’un groupe (20 personnes) que vous estimiez trop faible. Nous sommes en 2009, à la veille de la nouvelle mandature et à un moment où protectionnisme et nationalisme font un bond en avant : quel est votre position aujourd’hui à ce sujet ? Comment envisagez-vous la représentation des extrêmes au sein du Parlement européen ?

JD: L’Europe compte 27 Etats membres, il est donc normal que pour former un Groupe parlementaire européen, on exige un minimum de Députés issus d’un minimum de pays. Il est révolu, le temps des Groupes politiques mono-nationaux ! Quant aux extrêmes, je les combats. Je combats leur populisme, leur démagogie, mais surtout leur tendance à mettre en exergue le pire de l’être humain, à savoir le rejet de l’autre, l’intolérance, la haine, la facilité. Avec l’UMP, avec toutes les forces démocrates de nos pays, je mets en garde nos concitoyens contre leurs discours souvent racistes, xénophobes, et toujours réducteurs. Je crois dans les valeurs de liberté, de liberté, mais aussi de responsabilité.

BS : Comment jugez vous la gestion de la crise financière, économique et maintenant sociale par l’Union européenne et ses institutions ?

JD: Nous sommes plongés dans la première crise sérieuse de la mondialisation. Nous ne nous en sortirons par le haut qu’en étant unis et solidaires en Europe, en protégeant sans être protectionnistes. Ne retournons pas aux errements de la crise de 1929.

BS: Le bilan de santé de la Politique agricole commune a été adopté en janvier dernier, faisant craindre à un certain nombre d’agriculteurs, en particulier en France et en Pologne, un passage rapide et brutal, lourd de conséquences, vers une agriculture plus orientée vers le développement durable. Que pouvez-vous répondre à ces craintes ?

JD: ll me faudrait beaucoup plus d’espace pour répondre à cette question. Je dirai seulement ici que la PAC est la seule vraie politique commune de l’Europe, la seule vraie politique de solidarité. Conçue dans les années 50, elle n’a cessé d’évoluer, et c’est normal. Le rendez-vous de 2013 marquera une nouvelle évolution, un nouveau changement. Mais je suis tranquille : les agriculteurs savent s’adapter. Ils le feront une nouvelle fois.

BS: Quel poids auront selon vous l’UMP et PPE-DE dans la prochain mandature du Parlement européen ? Sortirez-vous à nouveau gagnant ?

JD: Je suis respectueux des électeurs et du suffrage universel. Nous verrons le 7 juin au soir.

BS: Que souhaitez-vous au Parlement pour cette nouvelle mandature ?

JD: Je souhaite que ce Parlement continue de travailler dans un esprit constructif comme il le fait aujourd’hui. Je souhaite que le Traité de Lisbonne entre en vigueur, et lui donne les pouvoirs qui lui reviennent. Et je souhaite que nos concitoyens le connaissent mieux !