Jordi Sebastià, bâtisseur d'Europe

Article publié le 29 mars 2016
Article publié le 29 mars 2016

Jordi Sebastià est journaliste, écrivain, professeur et député du groupe Le Printemps européen. Il est surtout à la tête du classement conçu par l'organisation Fair Politics, qui évalue l'activité des députés au Parlement européen. Il nous parle de droits des femmes, de réfugiés, de sa passion pour l'Europe et même de la paella du dimanche.

cafébabel : Selon l'organisation Fair Politics et en attendant que soit publié le résultat final,vous occupez la première place du classement des eurodéputés les plus actifs en 2015 . Qu'en pensez-vous ?

Jordi Sebastià : Je suis très content, mais je n'aurais de toute façon rien changé à ma façon de travailler. Je suppose qu'ils ont pris en compte mon travail dans les commisions sur l'Environnement et sur les Droits de la femme. Je participe souvent aux débats et aux résolutions : certains ont lieu les jeudis dans l'après-midi et beaucoup d'eurodéputés ne sont déjà plus là. (rires)

cafébabel : Justement, à propos de l'environnement et les droits de la femme, sur quoi travaille Le Printemps européen ?

Jordi Sebastià : Le thème des droits des femmes est une priorité en Europe. Parfois, l'actualité nous met face à la réalité, et la réalité montre qu'il y a une inégalité de droit qui renvoie au problème principal de la violence envers les femmes. En Europe, 1 femme sur 3 a déjà été victime de violence, et pour 1 femme sur 4, il s'agit de violence à caractère sexuel. Cela ne peut plus durer. Nous souhaiterions faire approuver une directive européenne sur le sujet, même si aujourd'hui le blocage réside dans l'incapacité des États membres à se mettre d'accord sur la signification de « violence envers les femmes ». 

Quant au travail sur l'environnement, nous avions déjà préparé une séries de normes mais la Commission les a désormais paralysées. Un de nos objectifs principaux est, par exemple, le développement d'une agriculture durable. 

cafébabel : Le sujet des réfugiés est également une problématique majeure, actuellement à l'étude au niveau européen. Selon vous, comment cette crise est-elle gérée ?

Jordi Sebastià : L'Europe réagit très mal et nous dévoile son visage le moins solidaire. Je voudrais cependant apporter une précision : les institutions européennes ne travaillent pas si mal, ce sont en fait les États qui n'appliquent pas les normes approuvées au sein de l'UE. Nous venons d'assister à la dissolution de l'espace Schengen avec la fermeture des frontières,  sous des formes parfois honteuses. Cette crise nous montre qu'il y a encore beaucoup d'Europe à construire.

cafébabel : Parlons maintenant de la situation politique en Espagne. Comment vivez-vous depuis Bruxelles le processus de formation du gouvernement?

Jordi Sebastià : En Espagne, le problème réside dans le fait qu'il y a deux questions fondamentales qui ne sont pas à l'ordre du jour. La première est la corruption qui règne au sein du Parti Populaire - ce n'est pas moi qui le dis, mais les tribunaux - et il faut y mettre fin pour que le parti se restructure, parce que sa situation actuelle est incompatible avec la gestion d'un pays. La deuxième, c'est celle du mouvement independantiste en Catalogne : il ne faudrait pas prendre à la légère le fait que des millions de personnes ne veulent plus faire partie de l'Espagne. 

Quant aux possibles formations de gouvernement, je ne comprends pas pourquoi le PSOE (le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, ndlr) veut parvenir à un accord avec Ciudadanos, d'autant plus qu'ils n'obtiendront pas de majorité. Selon moi, si l'on parvenait à rassembler les partis de gauche, l'Espagne pourrait entamer d'importantes réformes sociales, faire évoluer son modèle de production (qui est actuellement intenable) et s'orienter vers un modèle étatique fédéraliste. 

cafébabel : Actuellement, vous êtes très impliqué en politique. Qu'en est-il de vos autres activités de journaliste et de professeur ?

Jordi Sebastià : J'ai dû abandonner mon travail de professeur, et je le regrette, car j'ai toujours adoré travailler avec les jeunes, cela me mettait face à des situations et des problèmes que je ne connaissais pas. Et quant au journalisme... je crois que la profession se trouve dans une situation calamiteuse et qu'elle doit être repensée. Il est inadmissible que votre génération se trouve dans une situation pire que celle qui était la nôtre. Cependant, je crois en l'avenir du journalisme professionnel, y compris celui de papier. Après tout, sans journalisme, il n'y a pas de démocratie.

cafébabel : Qu'est-ce qui vous manque le plus de votre vie en Espagne, à Valence? 

Jordi Sebastià : Maintenant que je vis à Bruxelles, j'essaie de découvrir la ville - ce qui ne semble pas être la cas de tous les députés - et je m'adapte petit à petit. Mais effectivement, Valence me manque, même si comme toujours, il y a de bons et de mauvais côtés. La mer, naviguer avec mon bateau à voile, pouvoir me déplacer en vélo, la paella des dimanches, tout cela me manque... Valence est une ville très agréable.