John Butler Trio : « à la base, je voulais faire l'armée »

Article publié le 16 septembre 2015
Article publié le 16 septembre 2015

L'an prochain, John Butler fêtera ses 20 ans de carrière, débutée dans les rues de Perth en Australie jusqu'aux salles blindées du monde entier. cafébabel a rencontré le rockeur-roots pour parler de zombies, des Forces spéciales et de Rage Against the Machine.

John Butler a l'air plutôt frais pour quelqu'un qui vient de faire la route depuis Londres en voiture, dans sa tenue tout en jean. L'artiste australien, qui a sorti son sixième album Flesh & Blood, termine une longue tournée, avec parmi ses dernières dates un concert en fin d'après-midi au festival Rock en Seine à Paris

cafébabel : Qu'est ce que cela fait de revenir en France ?

John Butler : Je devrais savoir parler français maintenant, après dix ans tout de même, c'est un peu pathétique ... Vous avez été le premier pays hors de l'Australie à m'accueillir comme si j'étais un fils perdu qui revenait à la maison. C'était fabuleux. Quand Zebra est sorti et qu'on a commencé à jouer les chansons sur scène, la réaction du public était très profonde. Même si vous ne compreniez pas entièrement ma langue, vous avez très bien saisi l'énergie de ma musique.

cafébabel : As-tu déjà pensé à faire un compromis en écrivant une chanson en français ?

John Butler : J'y ai pensé ... mais c'est un concept artistique un peu compliqué, pour moi l'art - quand il est bon - doit être primaire et naturel, et chanter en français ne me vient pas naturellement. Ce serait presque une idée commerciale et cela devrait être une très bonne chanson. Autrement, j'aurais l'impression de faire le lèche-cul et je ne suis pas sûre que ce soit ce que veut le public ...

Si j'étais très attiré par un artiste français alors à ce moment peut-être que je le ferais. Je ne vais pas dire non - qui sait ? Je ne fais pas ça très souvent. Mon art est plutôt introspectif, c'est mon propre petit monde - je fais la musique que je veux faire parce que je ne l'entends nulle part ailleurs et je veux entendre ce qui est dans ma tête et dans mon coeur. La plupart du temps, je ne pense pas aux autres. J'essaie de me comprendre moi-même comme on le ferait avec quelqu'un qui est fou.

cafébabel : Qu'est ce la musique représente pour toi ?

John Butler : C'est un vecteur. Un moyen de ressentir les choses que l'on ne peut ressentir autrement qu'à travers la musique. Cela permet de s'exprimer de manière totalement unique. C'est un moyen de faire ressortir des souvenirs et de dire tout son putain de dédain, de dégoût ou son ras-le-bol ... et en même temps, tout son amour, sa joie et ses raisons d'être heureux.

Il y a des fois où tout arrive à la fois et où on a envie de crier « aaaaargh » et on arrive encore à créér quelque chose de positif. C'est comme le skateboard, c'est très violent par moments [il fait claquer ses bottes sur le sol] mais c'est beau et j'aime l'idée que ce soit à la fois beau et violent, ou triste et heureux ... c'est vraiment magique.

cafébabel : Quand tu as commencé à jouer dans la rue, pourquoi tu ne chantais pas ?

John Butler : Je chantais beaucoup à la maison. J'ai commencé comme compositeur mais je pensais simplement que la rue n'était pas le meilleur endroit pour chanter mes chansons. Je pensais que j'attirerais plus l'attention avec ma guitare. Tous les autres faisaient des reprises et je ne voulais pas faire ça. J'écrivais ma propre musique et c'était pour moi le moyen le plus individualiste de me faire remarquer.

cafébabel : Quand as-tu réalisé que la musique était ce que tu voulais faire à plein temps ?

John Butler : Quand j'ai eu 21 ans, donc plutôt tard. Je n'ai jamais rêvé de faire ça. Je n'ai même jamais voulu faire ça. Je voulais faire tout un tas d'autres choses - quand j'avais 13 ans, je voulais rejoindre l'armée, ou les Forces spéciales. Puis j'ai voulu être un skateur professionnel, puis un artiste professionnel - je dessine et je peins - alors je voulais être un professeur d'arts plastiques parce que je n'étais pas sûr d'être assez célèbre pour vivre de mon art. J'allais aller à l'université pour devenir enseignant et puis j'ai découvert l'accord ouvert à la guitare et je suis devenu accro. J'avais toujours eu une guitare - elle avait toujours été comme une bonne amie mais pas le genre d'amis avec qui je pourrais faire affaire.

cafébabel : À quel point cela était-il important pour toi d'allier ton indépendance créative et l'indépendance commerciale ?

John Butler : J'ai mon propre label alors je ne sais pas vraiment ce que font les autres. Mais je sais que beaucoup plus de gens choisissent d'être indépendants maintenant. Je ne pense pas qu'il y ait de règles, mais pour nous cela a été vital car aucun grand label ne voulait avoir quoi que ce soit à faire avec nous jusqu'à ce que l'on se mette à vendre beaucoup. Ce n'est qu'après qu'ils sont venus vers nous.

Pour moi, ils ne pensent qu'à l'argent, ils ne croyaient pas au groupe. En ayant mon propre label, j'ai trouvé des gens qui croyaient en moi et je travaille avec eux. Mais j'ai aussi travaillé avec de grands labels aux États-Unis et en France et ils sont géniaux.

cafébabel : Quelle est l'atmosphère que tu souhaitais obtenir avec Flesh & Blood ?

John Butler : Je pense que c'est un peu plus introspectif, je parle de choses liées au coeur, je ne parle pas beaucoup du monde extérieur. J'essaie de raconter des histoire à propos de ce que c'est que d'être humain, donc c'est plus intime.

cafébabel : Cette fois-ci tu as un nouveau batteur.

John Butler : Et bien, [sur Flesh & Blood] c'est surtout l'ancien batteur, (Grant Gerathy, ndlr) le nouveau batteur joue sur une seule chanson. Mais la différence entre Grant et Nicky [Bomba] ? Tous les musiciens avec qui j'ai joué son fantastiques mais Grant connaît Byron [Luiters] qui est à la basse/contrebasse, depuis très longtemps. Ils jouent ensemble depuis près de 10 ans, donc il y a une base très solide.

cafébabel : Il y avait des zombies dans le clip d' « Only One », es-tu un fan de The Walking Dead ?

John Butler : The Walking Dead ? Je n'ai jamais regardé. Je n'aime pas vraiment les films d'horreur, je ne suis pas la personne vers qui se tourner pour des films qui font peur - je suis pathétique (il rit). Cela semblait juste être la bonne chose à faire pour plusieurs raisons. Et « Only One » est une chanson si mignonne que j'ai pensé qu'en faisant une vidéo tout aussi mignonne, j'aurais envie de me gifler moi même alors j'ai dit « et puis zut, faisons quelque chose d'un peu dégueu et marrant. Retournons la situation et faisons-en une histoire d'amour entre zombies ». Beaucoup de gens n'ont pas compris, donc je ne sais pas trop si cela a eu le succès escompté mais c'était marrant à faire.

cafébabel : Il y a t'il eu un moment clé ou un artiste en particulier qui t'a vraiment influencé  ?

John Butler : C'est dur de n'en choisir qu'un mais l'un des moments qui a changé ma vie, c'est Rage Against The Machine à Lisbonne il y a environ huit ans. Je les ai toujours aimés quand j'étais ado mais les voir en live c'est une expérience indéniablement forte qui vous submerge. Pour ce qui est des albums, ce serait Under Construction de Missy Elliot. J'aime aussi beaucoup le premier album - éponyme -  de Tracy Chapman, et puis aussi Three Feet High And Rising de De La Soul, et puis T. Après ça, on en vient aux légendes comme Bob Marley, ou Jimi Hendrix et son Band of Gypsys ‘Live At Fillmore East’ de 1969.

cafébabel : Mais si tu devais n'en retenir qu'un ...

John Butler : Bob Marley and The Wailers, Catch A Fire.

cafébabel : Qu'as tu de prévu maintenant ?

John Butler : J'ai presque fini de composer un nouvel album, donc la prochaine étape sera l'enregistrement l'an prochain et rentrer à la maison - je repars dans deux jours. Cela fera 20 ans l'année prochaine que je suis un artiste de scène et je ne ferai même pas de concert, c'est vraiment marrant.

cafébabel : Qu'est ce que tu as en tête avant le concert ?

John Butler : Peut être que ce sera magique, peut être que ce sera merdique. Ma femme (Danielle Caruana aka Mama Kin, ndlr) est aussi une artiste et elle fait aussi des tournées, on se souhaite juste mutuellement de bons concerts. Chaque concert est un animal sauvage unique en son genre. Il y a des fois où il vous désarçonne et d'autres où vous chevauchez triomphant vers la gloire ! 

John Butler Trio - « Spring To Come »

Écouter : John Butler Trio - 'Flesh And Blood' (2014/Jarrah Records)