Jocelyne Béroard : de Couleur Café aux Antilles

Article publié le 5 juillet 2016
Article publié le 5 juillet 2016

 Jocelyne Béroard est une chanteuse d'origine Martiniquaise et membre du groupe de zouk Kassav' créé en 1979. Elle qui parle aussi facilement de sa passion pour la musique que de sa vision du monde s'est entretenu avec cafébabel après la représentation de son groupe lors du festival Couleur Café dimanche 3 Juillet 2016 à Bruxelles.

Cafébabel : Quels artistes écoutez-vous ? 

Jacqueline Béroard : Aux Antilles on a l'habitude d'écouter toutes sortes de musique. Je n'écoute pas seulement de la musique caribéenne. En ce moment par exemple j'écoute Victor O ou Emeline Michel

Personnellement j’ai touché a de nombreux styles de musique, du jazz, de la bossa nova, du calypso. Le seul type de musique que je n’ai pas eu le temps de faire, c’est de la musique classique, de l’Opéra. En Zouk, en dehors de Kassav' il y a de belles voix, mais au niveau des titres, il n’y a rien que ne me fasse vraiment tomber par terre. Cependant il y a des artistes que j’aime, même si quelquefois je suis déçue par la qualité des compositions.

CB : Que pensez vous du Zouk chanté en français et non pas en créole?

JB : Je défends la langue créole, mais je ne force personne à utiliser la langue créole. Ça ne me dérange pas qu’une chanson soit en français si le texte est beau, si elle est bien composée, si elle raconte quelque chose qui me touche.

Il faut pouvoir sentir qu’il y a une poésie dans le texte et non pas des mots mis à la suite l'un de l’autre juste pour sonner bien. Une tournure de phrase donne une autre dimension à un texte.

CB : Donc que pensez-vous du dancehall?

JB : Si les paroles sont construites et que l’artiste n’aboie pas, j’aime bien le dancehall. J’aime aussi beaucoup le reggae par exemple. Third World et Steel Pulse, ce sont des potes à moi. J’ai vécu six mois en Jamaïque où j’ai fait du reggae avec Lee Perry.

CB : Au-delà de votre discographie, quel héritage souhaitez-vous transmettre ?

JB : Je souhaite redonner aux gens l’amour de ce qu’ils sont, pour qu’ils puissent regarder leur histoire apaisés et pour qu’ils puissent avancer.

Réconcilier le peuple antillais avec son histoire est absolument nécessaire. En Martinique on a des choses qui sont fortes et qui sont riches, je vous les donne. Ce n’est pas parce que mon pays est petit que je n’ai rien à apporter, au contraire. 

J’ai fait ce cheminement. Il me permet d’être debout, d’aller voir n’importe qui, de pouvoir discuter, défendre une opinion et surtout pouvoir être tranquille et heureuse dans ce monde sans complexe face à l’autre.

CB : Le chanteur Kalash commence à avoir de la visibilité en France depuis qu'il a fait des titres avec le rappeur Booba. Est-ce le seul moyen de nos jours pour un artiste antillais de percer en dehors des Antilles?

JB : Le problème aujourd’hui est un vrai problème économique, c’est-à-dire que quand les jeunes avant faisaient des disques, ils réussissaient à en vendre et avoir des royalties dessus. Ils pouvaient en vivre, payer leur loyer, s’acheter des vêtements, une voiture, des trucs comme ça.

Aujourd’hui on vend plus de disques. Il y a très peu de disques qui se vendent. Les gens achètent morceau par morceau en MP3 et ils se les passent et ils les copient. Donc en fait aujourd’hui celui qui a envie de vivre de sa musique essaie de trouver une solution. Et beaucoup reçoivent des propositions alléchantes et se disent que c’est la seule solution qu’ils ont. De toute façon, ce type de musique là va avec ce type de production. Donc ça ne me gène pas qu’ils se rapprochent des rappeurs français.

CB : La Martinique est entrée dans l’OECS (Organisation of Eastern Caribbean States) en février 2015. Pensez-vous que nous aurions besoin d’encore plus de relations avec nos voisins caribéens?

JB : C’est indispensable. On a des liens et une histoire commune; c’est complètement ridicule qu’on ne soit pas un peu plus unis.

Quand il y a eu l’éruption de la Montagne Pelée (1902), des Martiniquais sont partis en Guyane et à Trinidad. Donc on a des gens qui ont des liens de parenté avec des gens qui habitent à la Martinique et qui sont complètement anglophones aujourd’hui. On retrouve les mêmes noms, et ce ne sont pas des noms inventés et donnés par les békés (colons, ndlr) mais des noms qui viennent d’avant (la période de l’esclavage, ndlr).

Même si finalement les États Unis de la Caraïbe ça ne vont pas faire le poids face aux États Unis d’Amérique et à l’Europe, le simple fait de pouvoir s’entendre pour pouvoir échanger musicalement serait absolument génial.

CB : Quelle est la place des régions ultrapériphériques françaises (RUP) dans l'Union Européenne ?

C’est assez compliqué parce que déjà la France doit se faire sa place. Cependant, on est bien des départements français, mais d’outre-mer… Cela dit,  sincèrement je ne me pose pas cette question.

Déjà j’ai arrêté de me demander comment faire pour plaire aux Français ou pour être reconnue par la France. Je crois que si je suis reconnue dans le Monde et que les gens viennent à mes concerts partout dans le monde, ça me suffit largement.

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Cet article a été écrit dans le cadre d'un partenariat média avec le Festival Couleur Café.