Jo Leinen, député européen : « Lisbonne est une étape importante sur le chemin de l’unité de l’Europe »

Article publié le 31 octobre 2007
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Article publié le 31 octobre 2007
Strasbourg, Parlement européen, le 24 octobre 2007 Entretien réalisé par Jean-Baptiste Mathieu Président de la Commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen, Jo Leinen (All, PSE) est revenu pour Babel Strasbourg sur Traité de Lisbonne des 18 et 19 octobre derniers. Traité simplifié ou Mini-traité ?
Le député européen nous éclaire sur les avancées d’un texte adopté au pas de charge dans la capitale portugaise.

En France, la presse parle aussi bien de mini-traité que de traité simplifié. Qu’en est-il en réalité ?

On a plusieurs appellations du traité dans les Etats membres. En France c’est le mini-Traité, au Portugal le Traité réformateur, en Allemagne le Traité fondamental et en Grande Bretagne c’est le Traité constitutionnel. Il y a donc une richesse de vues sur ce texte. En réalité le Traité garde beaucoup de la substance du texte précédent. C’est plus qu’un Mini-Traité : on ne parle pas uniquement des institutions mais aussi des politiques de l’Union européenne.

On présente le Traité de Lisbonne comme une sortie d’impasse pour l’UE, mais la route est encore longue pour les 27 Etats avec les ratifications à venir. Quel scénario peut-on envisager après le 13 décembre, date de la signature officielle ?

L’année 2008 sera difficile. Il faudra tout l’effort des pro-européens pour faire ratifier ce Traité de Lisbonne dans les pays avec des gouvernements faibles, où la majorité parlementaire n’est pas importante. Dans plusieurs pays, des revendications émergent pour que la ratification se fasse par voie référendaire, ce qui peut faire obstacle à une ratification rapide du texte par les différents pays membres. Pour moi ce texte constitue la dernière chance avant de nombreuses années pour l’Union européenne de connaître une avancée importante. Si la ratification du texte échoue, on va entrer dans une phase de stagnation et la stagnation entraîne la crise. Ce n’est à souhaiter ni pour les citoyens européens, ni pour l’avenir de l’Union européenne.

Vous appelez au soutien du texte par les pro-européens. Mais que dire aux déçus qui ont voté oui le 29 mai 2005 en France et qui se retrouvent avec un texte où les symboles de l’Union sont absents ?

Jean Monnet a dit que l’Europe se ferait étape par étape et Lisbonne est une étape importante sur le chemin de l’unité de l’Europe, même si ce texte ne correspond ni à notre rêve, ni à notre vision de l’Europe. Le non en France a été très préjudiciable. J’ai dit pendant la campagne en France que le non n’apporterait non pas un traité « plus » mais un traité « minus ». Chaque traité est un compromis entre maintenant 27 Etats aux intérêts distincts, avec une culture et un peuple différents. Dire qu’il y avait un plan B et qu’on allait recommencer la négociation, c’était plus qu’une illusion, c’était un mensonge.

Le Parlement européen va-t-il pouvoir davantage se faire entendre avec ce texte ?

Le Parlement, la chambre des citoyens au niveau européen, est le principal bénéficiaire de ce texte. On gagne dans tous les domaines : droit budgétaire, augmentation des domaines de co-décision pour les lois européennes et renforcement du contrôle envers le gouvernement européen, c’est-à-dire la Commission européenne. On se dirige vers une démocratie parlementaire au niveau européen, c’est exceptionnel ! Ni l’OMC, ni FMI, ni aucune autre entité transnationale ne bénéficient d’un tel contrôle.

Il y a un Parlement européen dont le pouvoir s’accroît mais encore peu de débat européen. Quelles initiatives pourraient y remédier ?

C’est vrai. Il nous manque un lien entre les citoyens et les institutions européennes à Bruxelles. On a là un déficit qui est préjudiciable à la démocratie européenne. Il nous manque des partis politiques européens et des médias européens. C’est pour cette raison que nous avons déposé une proposition de création des partis européens. Le Parlement a voté lundi soir (NDLR : le lundi 22 octobre) à Strasbourg et c’est maintenant au Conseil, où se réunissent les 27 gouvernements des pays membres, de dire si il valide la création de ces partis européens.

Quelle peut-être la réaction des partis politiques nationaux qui pourraient y voir l’émergence d’un concurrent ? Comment convaincre les leaders nationaux de cohabiter avec ces nouveaux partis européens ?

La classe politique en Europe doit comprendre et accepter que les grands dossiers de notre époque doivent être réglés par une politique commune au niveau européen et international. Dans l’union européenne on a différents niveaux : local, régional, national, mais aussi le niveau européen où chacun doit jouer son rôle. Pour la vie politique nationale les partis politiques nationaux pour la vie politique européenne les partis politiques européens. Il y a dix familles politiques enregistrées il faut un débat transnational européen entre ses courants politique, de l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche.

Les élections de 2009 constituent-elles une première occasion d’avoir enfin un débat européen, avec de véritables programmes qui dépasseraient les frontières nationales?

2009 constitue une excellente opportunité. Que ce soit pour le programme ou le personnel politique, je demande que le PSE ait un ou une candidate pour la présidence de la Commission qui soit présenté au citoyen avant les élections, et non, comme c’est cas jusqu a maintenant, après les élections européennes. Ca va dynamiser les choses parce que les citoyens peuvent voir les alternatives, ils on un choix. C’est un objectif qu’il faut travailler

Que pensez vous de la position du Parti socialiste français par rapport à ce nouveau Traité ?

On a besoin d une décision courageuse car c’est en partie le non de nombreux socialistes en 2005 qui a produit Lisbonne. À mon avis il ne faut pas faire la faute de dire non ou de s’abstenir. L’abstention n’est pas une position politique courageuse et je crois qu’une telle décision plongerait le PS dans une grande confusion pour les années à venir. Moi je fais appel au PS français d’avoir le courage de dire oui et d’expliquer aux militants qu’on va désormais lutter pour une réforme de la réforme. Travaillons avec nos partenaires, et grâce au texte de Lisbonne, le Parlement européen aura désormais l’initiative pour la réforme du Traité européen. Je connais le Parlement européen et je pense qu’entre 2009 et 2014, on va pouvoir entamer le débat pour une meilleure Europe.

Peut-on envisager qu’une partie du débat en vue des élections de 2009 porte sur la réforme du Traité ?

La campagne des élections européennes est une chance. C’est l’occasion de dire quelle est notre vision de l’Europe, de dire que nous souhaitons une Europe démocratique et sociale. La construction européenne, c’est un peu comme une maison : on a quelques étages mais on n’a pas le mobilier. Je crois que les socialistes ont un rôle de tout premier plan à jouer, afin que l’Europe soit au service ces citoyens et qu’elle puisse lutter contre le chômage, le dumping social et fiscal.