Jeunesse italienne : engagée ou enrôlée ?

Article publié le 22 novembre 2009
Publié par la communauté
Article publié le 22 novembre 2009
Francesco, 18 ans, étudiant italien, a adhéré au parti Forza Italia, reflet de ses convictions, ses ambitions, d’une Italie forte et ouverte sur le monde. Récemment élu représentant des étudiants de sa province, ce jeune militant du parti conduit par Berlusconi tente de montrer un visage différent d’une politique italienne si contestée. Quel est ton engagement politique ?
Quelles sont tes motivations ?

J’ai toujours voulu faire des choses dans le but d’aider les autres. Cela s’est manifesté tôt, dès 14 ans, j’ai commencé à faire du volontariat. J’avais envie de partager mes idées, montrer que je n’étais pas passif au sein de ma société. J’ai ensuite trouvé des jeunes qui partageaient les mêmes idées politiques que moi pour monter une association qui se nomme La Jeune Italie (le nom vient d’un roman) de Giuseppe Mazzini. Homme qui a énormément œuvré pour l’unification italienne. En fait, cette association est de droite modérée, le parti politique de l’actuel gouvernement italien (Forza Italia), et regroupe des jeunes entre 18 et 25 ans. Nous formons un groupe ouvert d’esprit qui s’intéresse à ce que pensent les autres. Nous tenons à dire ce que nous pensons, à défendre nos valeurs et notre identité.

L’association à pour but de défendreleurs valeurs et leur identité italienne

En effet, j’aime écouter des opinions de tous bords, surtout les différentes des miennes, parce que je ne prétends en aucun cas détenir la vérité. En politique, il faut savoir rester humble en sachant défendre ses pensées. Pourquoi avoir choisi ce parti ? La droite modérée parmi tous parce qu’elle a fait énormément pour l’Italie. Ce parti est cohérent : il propose des choses qu’il maintient, ce qui est une qualité essentielle. Cela montre le respect qu’il a pour ses électeurs. Selon moi, voter est comme un contrat : si tu votes pour des idées, alors elles doivent être respectées. De plus, je partage les convictions libérales, laïques et non racistes, l’engagement dans l’Union européenne, j’aime m’ouvrir à d’autres cultures, sans oublier la mienne.

En mars 2009, on assiste à la fusion entre deux grands partis italiens : Forza Italia et Alleanza nazionale (Alliance nationale) qui forment le Il Popolo della Libertà (Le Peuple de la liberté). Rien ne t’inquiètes sachant que l’Alliance nationale est un parti néo-fasciste ?

Le fascisme est mort le 25 avril 1945. Bien qu’après 1945, le MSI (Mouvement social italien) se forme à partir de certaines conceptions très proches de valeurs traditionnelles, il est cependant différent. Il a des idées nouvelles, mises en place par Giorgio Almirante : volonté de s’intégrer dans l’Union européenne, pour une démocratie, pour une Italie ouverte mais proche de ses racines. C’est en 1995 que le MSI devient l’Alliance nationale qui se retrouve encore moins dans des idées fascistes. Je ne peux pas te laisser comparer Gianfranco Fini (ancien président-fondateur de l'Alliance nationale) à Jean-Marie Le Pen qui lui est contre une ouverture de son pays sur le reste du monde et rejette toute idée européenne. Néanmoins, j’insiste en disant que l’Alliance nationale n’est pas mon parti.

L’Alliance nationale ne se retrouve pas dans des idées fascistes

La seule chose qui pourrait m’inquiéter dans cette alliance serait le manque de compréhension car ils restent deux partis avec des courants de pensée différente. J’espère qu’il y aura plus tard un seul courant dans un unique parti, et non pas deux en un.

Que penses-tu de la politique d’immigration de Berlusconi ?

Ce n’est pas lui qui a proposé la fermeture des frontières mais le ministre Roberto Maroni (actuel ministre de l’Intérieur). Selon moi, ce pays aide les immigrés, ce n’est pas comme l’Angleterre, l’Espagne ou la Grèce qui prétendent être « les sauveurs ». Je donne l’exemple de Malte : les autorités de ce pays répondent avec les armes aux immigrés en les reconduisant à la frontière, puis les emmènent sur l’île de Lampedusa (île italienne de 20,2 km², point stratégique de l’immigration subsaharienne). Cette île est très petite et accueille beaucoup d’immigrants. L’Italie tente de les aider, mais on ne peut pas tout accepter. Je pense qu’un bon État doit garantir la possibilité pour chacun de travailler, ce qui n’est pas le cas en ce moment. Alors, l’unique moyen de survivre pour eux est de voler, d’entrer dans la mafia, dans le trafic de drogue, etc. On devrait résoudre l’origine du problème, à savoir venir en aide aux pays en besoin urgent comme en Afrique.

Fermeture des frontières pour le bien du peuple italien ?

Je condamne l’argument « Ils nous volent le travail. » car il est complètement faux, les immigrés ont fait, ou font, des métiers durs que ne veulent plus exercer les italiens. Mais actuellement, il n’y a plus suffisamment de travail pour accepter trop de personnes dans notre pays. Donc j’approuve cette mesure. Par ailleurs, Berlusconi a passé un accord avec le dirigeant de la Libye Mouammar Kadhafi pour stopper l’immigration clandestine : mettre en place des patrouilles communes dans les eaux libyennes pour interpeller les immigrants. Il est important de rappeler qu’une majorité d’Africains traversent la Libye pour aller en Italie (porte de l’Europe grâce à l’espace Schengen) en passant par des organisations criminelles. Des passeurs se font payer une fortune pour aider à traverser illégalement les frontières dans des conditions de sécurité intolérables, horribles. Quand certains survivent, ils ne trouvent pas ce qu’ils espéraient en Europe…

Berlusconi contrôle les médias, vois-tu ceci comme une sorte d’embrigadement de la population ? (Altercations avec certains journaux de gauche : La Repubblica, L’Unità. On assiste même à des manifestations à Rome pour la liberté de la presse le 3 octobre, 500 000 signatures et des dizaines de milliers de personnes réunis piazza del Popolo.)

En Italie, vous devez savoir qu’il y a énormément de journaux de gauche, et seulement deux de droite : Il Giornale et Libero. Le premier appartient à la famille de Berlusconi. Selon moi, en ne possédant qu’un journal, il n’est pas en mesure de contrôler la presse. En ce qui concerne la télévision, Berlusconi ne contrôle rien en soi : il n’est pas libre de faire ce qu’il veut, ce serait ridicule. Il a trois chaînes de télévision sur environ quatre-vingt. Il n’embrigade en rien la population. Ces rumeurs là sont lancées par la gauche qui n’a rien à se mettre sous la dent. Tout le problème est là : il n’y a pas de gauche, juste de l’anti-Berlusconi, ce qui est selon moi une mauvaise chose parce que l’opposition doit être forte dans un pays.

La liberté de la presse n’est pas menacée

Les 500 000 signatures ne sont pas quelque chose de représentatif, je sous-entends qu’il est facile de recueillir autant de signatures, notamment par une simple pression. Cela ne représente pas la démocratie mais le populisme. Le vrai pouvoir des citoyens est le vote.

Comment expliques-tu que la côte de Berlusconi se situe toujours aux alentours de 50% (voire plus selon lui), après toutes ces frasques télévisées ? (La corruption de son ancien avocat en échange de faux témoignages, la remise en cause de sa légitimité en fréquentant une mineure ou une prostitué, de l’ironie notamment sur le couple Obama, etc.)

Une gauche italienne qui colle des étiquettes à Berlusconi

Nous ne sommes pas d’accord sur la version des faits. Les journalistes montrent ça en boucle car ils souhaitent abattre une personnalité forte, qui tient ses positions. Que Berlusconi ait fait des choses non souhaitables dans sa vie privée, cela n’intéresse en rien le peuple italien. Encore une fois, ce sont les positions politiques qu’il adopte qui nous pousse à l’apprécier et non sa vie privée. Pour Obama, je le défendrai en disant premièrement que Berlusconi a un caractère de « blagueur », ensuite, il y a une mauvaise interprétation des mots. En Italie, être bronzé est une chose positive car elle sous-entend que la personne est belle et séduisante. Il n’y a en effet aucune connotation raciste dans son propos.

Cependant, est-ce que tu trouves ça légitime de la part d’un président ?

Berlusconi a beaucoup travaillé dans la pub, par conséquent, il aime charmer, séduire, faire rire. C’est quelque chose de naturel et inévitable chez lui. Mais, je vote pour ses idées politiques… pas pour ses blagues.

Comment envisages-tu l’après-Berlusconi ?

Berlusconi, l’irremplaçable ?

C’est difficile de répondre. Il est certain que personne ne pourra prendre sa place car il est trop charismatique, il se distingue vraiment des autres. Mais l’après-Berlusconi peut être bien car je pourrai être séduit par d’autres partis qui ont du cachet. Je ne vote pas pour la personne, du coup, je ne me projette pas vraiment, en tous cas j’espère vraiment qu’il y aura quelqu’un. Mais je ne me fais pas de souci parce que la droite propose des idées raisonnables et surtout réalistes. À l’avenir, j’espère qu’il y aura davantage de respect en politique parce que toutes ces altercations donnent une mauvaise image de l’Italie et ne font pas avancer les choses. J’espère aussi que les jeunes auront plus de possibilité en politique, qu’ils seront davantage écoutés.

Pour finir, quel regard portes-tu sur la France ?

Condamnation du népotisme

Politiquement, les idées de votre droite sont similaires aux nôtres donc je n’ai rien à redire. Or, je n’ai vraiment pas aimé ce que Nicolas Sarkozy a fait avec son fils, le népotisme. Aussi, vous n’avez pas vraiment d’alternative à la droite car la gauche est en train de se détruire. Vous êtes dans une sorte de crise politique, alors que chaque camp devrait se réunir. Mais enfin, c’est assez réducteur.

Sarah Mitelette