Jeunesse israélienne : prochaine station 'Espoir'

Article publié le 27 mars 2006
Article publié le 27 mars 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Une nouvelle génération est en train de naître à Tel-Aviv. Les jeunes Israéliens qui représentent 42 % de la population sont remplis d’espoir et ne souhaitent qu’une chose : tourner la page pour regarder enfin vers l’avenir.

Israël, terre promise, lieu d’accueil des victimes de l’Holocauste et vivier du terrorisme selon l'humeur de ses dirigeants. Mais l’Etat hébreu est bien plus que ses six millions d’habitants englués dans le souvenir et un processus de victimisation sans fin. Les jeunes Israéliens veulent être ceux par qui l'espoir arrive et ils le revendiquent haut et fort, alliant un traditionalisme choisi à un progressisme qui jusque là n’avait pas sa place dans le pays.

Soif de changement

Yaakov, 23 ans, chauffeur de taxi et étudiant en droit à l’université de Tel-Aviv, est l’exemple parfait de cette nouvelle génération d’Israéliens. Mère yéménite et père russe, il se déclare agnostique bien que de culture juive et secoue la tête lorsqu’on lui parle du conservatisme de son pays. « Les jeunes ne sont pas concernés par cela. Ce sont les ultra orthodoxes, comme toujours et les enfants des colons. Ils ne rateraient un Shabbat pour rien au monde. Mais les autres… » Que font-ils donc ces 'autres' ? « Ils se déchaînent dans des soirées toute la nuit, vont à des expositions, se réunissent entre amis et étudient beaucoup », explique Yaakov en riant, serrant dans ses bras Sheera, sa fiancée.

Ce soir, il ira boire une Guinness au Molly Bloom, l’un des pubs irlandais les plus emblématiques de la capitale israélienne. Autour de lui se tiennent plusieurs dizaines de jeunes gens qui semblent venir de Paris, Madrid ou de Pologne. Les divertissements d’avant-garde à tel-Aviv ce sont les bars design et les restaurants européens. Des activités qui vont de pair avec un fort courant culturel révolutionnaire représenté par le Ballet National de Kibbut, les percussionnistes Mayumana, les musiciens comme Noa, Gil Dor ou David Broza ou le Tel Aviv Trio, dernière découverte musicale de la jeunesse locale, entre classique et jazz.

Désintérêt pour la politique

Cependant, cet engouement pour la fête et la culture s’accompagne d’un désintérêt croissant pour les questions politiques. Selon une récente enquête menée par le quotidien Haaretz, une référence médiatique en Israël, 67 % des moins de 30 ans, ne « s’intéressent pas » à la politique. Toujours d’après ce sondage, les trois quarts des 46 % d’abstentionnistes prévus lors des élections du 28 mars, devraient être des jeunes. La majorité suivra la tendance nationale et votera pour Kadima, le parti fondé par Sharon et pour les travaillistes du leader syndical Amir Peretz.

« Les différentes coalitions n’ont rien d’autre à nous offrir que des affrontements et des querelles. En outre, ils ne proposent aucune solution au problème de la précarité de l’emploi, par exemple » se lamente Ira, une amie de Yaakov. Les chiffres le confirment : le chômage touche 18% des jeunes, les emplois sont marqués du sceau de la précarité et pour gagner un peu d'argent, il n'y a qu'un seul secteur florissant : la sécurité. 74 % des étudiants qui travaillent sont ainsi employés comme vigiles car dans tous les centres commerciaux et les bars d’Israël, les clients sont obligés de se soumettre à la fouille et de passer sous le détecteur de métal. Une paranoïa inspirée par la terreur.

Sensibles et engagés

Parallèlement au désenchantement politique, un curieux phénomène se développe : l’intérêt grandissant pour le travail des ONG en faveur de la paix. Des associations comme La Paix maintenant, qui ont joué un rôle primordial lors de la rédaction des accords de Genève et sont à l’origine des principales manifestations menées en faveur d’un État palestinien, ont pu voir le jour grâce au désir inextinguible de paix des universitaires d’Haifa, Jérusalem et Tel-Aviv. L’assassinat du Premier ministre Itzhac Rabin, tué par un extrémiste juif en 1995 a également marqué les esprits.

Près de l’avenue Nordau, à Tel-Aviv, Matan, volontaire pour la Croix-Rouge, tente d’expliquer cette volonté de consensus : « les jeunes ont grandi dans un pays en plein développement que leurs parents et grands-parents avaient eu beaucoup de mal à construire. Ils nous ont appris à considérer nos voisins d’en face, les Palestiniens, comme des être humains avec des droits, qui, malgré les attaques menées de temps à autre contres les Israéliens, méritent leur terre. Nous, nous avons la nôtre et cela nous suffit. Il est temps à présent d’ouvrir le dialogue », conclut celui qui, à 27 ans, a déjà failli par quatre fois rejoindre ceux de ses compatriotes fauchés par les attentats.

Un cœur ouvert à tout

Histoire de faire redescendre la tension après des propos si sérieux, Matan propose d’aller prendre un kebab dans l’une des échoppes qui fleurissent dans les rues de Tel-Aviv. En chemin, il s’arrête devant chaque vitrine et prend un ton frivole : « regardez, j’ai vécu sept mois à Londres et quand je vois les vêtements démodés que peuvent acheter les femmes ici, j’en suis malade », dit-il en regardant une robe de mariée verte pomme recouverte de pierreries.

Un signe de la contradiction propre à ces Israéliens de la nouvelle génération : de plus en plus ouverts et progressistes mais aussi fermement mariés, car l’institution familiale reste sacrée. Le nombre de divorces augmente à peine même si certains mariages se détériorent. « Que voulez-vous, dans notre cœur il y a de la place pour tout, pour la modernité et les traditions, pour croire en Dieu et honorer les dieux du surf de Netanya, pour le folk et pour le rock. Israël est à l’image de son peuple, un mélange des cultures que le reste du monde apprendra à aimer. »