Jeunes italiens à Bruxelles : la lutte ritale 

Article publié le 12 avril 2014
Article publié le 12 avril 2014

Ils cri­tiquent l’Ita­lie, l’Union eu­ro­péenne, et se battent contre l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion des nou­velles gé­né­ra­tions. Membres du groupe Jeunes Ita­liens à Bruxelles, ils ont moins de 30 ans et ne sont pas du genre à subir la po­li­tique. Rencontre pleine de fran­chise. 

Nous sommes mi-jan­vier 2013. Da­niel, 28 ans, et Fran­cesca, 26 ans, prennent leur pause dé­jeu­ner et com­mencent à par­ler de Bruxelles, de leur condi­tion de sta­giaires et de jeunes ex­pa­triés dans la ca­pi­tale belge. Comme à chaque ren­contre entre com­pa­triotes, ils fi­nissent par dis­cu­ter de leur pays, de la si­tua­tion cri­tique que vit l’Ita­lie, et de leur envie d’y re­tour­ner. Une dis­cus­sion comme les autres, mais qui là fut le dé­clen­cheur d'un en­ga­ge­ment po­li­tique. 12 mois plus tard, Da­niel et Fran­cesca lan­çaient le groupe Jeunes ita­liens à Bruxelles qui trou­vera un echo dans le jour­nalLa Re­pu­blicca, sur la chaîne ita­lienne La7 et à la radio na­tio­nale belge. 

« Nous sommes des jeunes comme les autres »

« Ar­rê­tons de par­ler sans cesse des jeunes surqua­li­fiés… nous sommes des jeunes comme les autres », af­firme Da­niel avant même que j’al­lume le dic­ta­phone. Dans l’un des nom­breux bar de la Plux, au pied du Par­le­ment eu­ro­péen, c’est un en­tre­tien un peu bi­zarre qui se dé­roule. 3 membres du groupe sont pré­sents, les autres ar­riveront au compte-gouttes. Après un mo­ment, dif­fi­cile d'ob­te­nir une ré­ponse claire aux ques­tions, tant tout le monde veut don­ner son propre avis.  

Même si son ac­cent le tra­hit, Da­niel, qui est né et a vécu en An­gle­terre, est un vrai si­ci­lien. « Je viens de là-bas ! » dit-il, avant d’avouer : « j’ai dé­cidé de m’en­ga­ger pour la cause ita­lienne parce que l’An­gle­terre n’en a pas au­tant be­soin. Quand je rentre chez moi dans le sud, je vois des villes qui ont vieilli », ra­conte-t-il. Début 2013, ces jeunes se sont de­man­dés pour­quoi en Ita­lie, le pays des lob­bies, il n’y avait même pas un groupe qui agis­sait pour dé­fendre la cause des jeunes ita­liens qui émigrent à l'étran­ger. C’est pour cela qu’au prin­temps 2013, pen­dant que la cam­pagne élec­to­rale bat­tait son plein en Ita­lie entre Grillo, Ber­sani et Ber­lus­coni, ils ont dé­cidé d'agir et se sont réunis dans un bar pour en par­ler. « On l’a fait aussi pour se sen­tir chez nous en Eu­rope», dé­clare Fran­cesca.

Ma­ni­fes­ta­tion contre les po­li­tiques eu­ro­péennes à Bruxelles 

Le groupe ne re­çoit pas de sub­ven­tions de l’Union eu­ro­péenne, ni de par­tis po­li­tiques ou d'ins­ti­tu­tions na­tio­nales. « Nous ne sommes pas un groupe of­fi­ciel », af­firme Da­niel, en sou­li­gnant qu'il veut s’éloi­gner des grandes as­so­cia­tions eu­ro­péennes pour la jeu­nesse. Ils veulent agir dans l’in­té­rêt des nou­velles gé­né­ra­tions, et c’est pour cette rai­son qu’ils ont un seul pro­blème en tête : le chô­mage des jeunes. « Beau­coup de monde croit qu’à ce sujet, il y a une so­lu­tion pa­neu­ro­péenne. Mais il faut cher­cher des so­lu­tions sur me­sure pour chaque État membre », ajoute Da­niel.

Eu­rope, Ita­lie : le dé­ca­lage ?

Et voilà le prin­temps 2013 et le temps des élec­tions en Ita­lie. Les Jeunes ita­liens à Bruxelles lancent alors #Ap­pel­lo­Gio­vane, un do­cu­ment qui prône un chan­ge­ment des po­li­tiques en ma­tière de jeu­nesse. En juin, l’an­cien pré­sident du Conseil ita­lien, En­rico Letta, était en vi­site à Bruxelles pour dis­cu­ter du chô­mage des jeunes. C’est à ce mo­ment là qu’ils dé­cident de « se faire écou­ter », et sont reçus of­fi­ciel­le­ment par le chef du nou­veau gou­ver­ne­ment. Mais quand le géant Eu­rope tente d'en­rayer l’hé­mor­ra­gie du chô­mage à tra­vers le ser­vice Youth Gua­ran­tee, ils sont les pre­miers déçus. Pour­quoi ?

Le pro­gramme Youth Gua­ran­tee, pour en­rayer le chô­mage des jeunes en Eu­rope.

Le pro­gramme pro­pose un em­ploi, un stage ou un com­plé­ment de for­ma­tion aux di­plô­més de moins de 25 ans. « Mais c’est du n’im­porte quoi », af­firme Clau­dio, 24 ans, en re­tard à l'en­tre­tien mais pressé de don­ner son avis. « En Ita­lie, on est di­plômé vers 25 ans. Même en pas­sant les exa­mens dans les dé­lais pré­vus, il suf­fi­rait de six mois pas­sés à écri­re son mé­moire pour être ex­clus du pro­gramme ». De plus, il faut dire que la crise n’a pas tou­ché tout le monde de la même façon. Par exemple, les di­plô­més de 2008 se sont trou­vés face à un mar­ché de l’em­ploi im­pé­né­trable. Au­jour­d'hui, ils ont 30 ans et peu d'ex­pé­rience sur leur CV. Pour cette rai­son, « nous aider jus­qu'à 25 ans n’a pas de sens », dé­clare Ve­ro­nica, 26 ans. Et bien que ces pa­roles mé­ritent d'être en­ten­dues, aucun chan­ge­ment n’a été ap­porté au texte.

QUE FAIRE ?

Qui est res­pon­sable du chô­mage des jeunes ? Le doute de­meure. « C’est la po­li­tique na­tio­nale », ré­pond Clau­dio. Il y a une rai­son plus pro­fonde pour la­quelle ces jeunes consacrent leur temps libre à la po­li­tique. « En Ita­lie, il y a une ins­tru­men­ta­li­sa­tion to­tale de l’image des jeunes : ils ne sont uti­li­sés que pour la cam­pagne élec­to­rale. Nous nous met­tons donc en pre­mière ligne pour dé­mon­trer que notre gé­né­ra­tion peut pro­vo­quer le chan­ge­ment », af­firme Fran­cesca.

La dis­cus­sion se pour­suit sur l’aus­té­rité, le gas­pillage des fonds eu­ro­péens et les ré­formes du sys­tème uni­ver­si­taire ita­lien. Ils ont tel­le­ment d’idées qu’ils pour­raient fon­der un parti po­li­tique. J’ai comme l’im­pres­sion de par­ler avec les jeunes maz­zi­niens trans­al­pins 150 ans plus tard. Et même si j’ai seule­ment passé 2 heures en leur com­pa­gnie, avec eux tout de­vient pos­sible : pas seule­ment une nou­velle « Gio­vine Ita­lia », mais aussi une Union eu­ro­péenne construite pour les ci­toyens.