Jeunes Grecs PAS à la dérive

Article publié le 21 novembre 2011
Article publié le 21 novembre 2011
Par Maryse Williquet Tout a commencé le 6 décembre 2008, lorsqu’Alexis a été tué par des policiers, dans le quartier d’Exarchia, au cœur d’Athènes. Ce fut en quelque sorte l’élément déclencheur d’une réelle mobilisation sociale des jeunes Grecs.
Au delà de ce tragique évènement, c’est aussi la baisse de la valeur des diplômes et du pouvoir d’achat que cette « génération 700 euros » dénonçait dans la rue. Aujourd’hui, trois ans plus tard, alors que la Grèce est pointée du doigt par l’Europe, désignée comme responsable de la terrible crise dont elle est frappée, que sont devenus ces jeunes contestataires et quelle est leur situation actuelle?

Julia Manuel, jeune Grècque, étudie à Bruxelles.

Comme pas mal de ses compatriotes, elle compte,

dans un premier temps, rester en Belgique.

Les mesures d’austérité imposées ces derniers mois ont détérioré les conditions de vie des Grecs jusqu’à un point difficilement imaginable. Le smic jeune s’élève maintenant à 595 euros, au lieu de 700. « Le taux de chômage atteint 16%, une hausse de 50% par rapport à 2010. Et, pour les jeunes, c’est le double (environ 30%) », peut-on lire dans Le Figaro1. Enfin, la surdiplomation des jeunes Grecs demeure un problème majeur. La plupart des étudiants font de longues études à l’étranger : des masters en France ou en Angleterre, des PH-D aux Etats-Unis ; ils parlent tous entre deux et cinq langues et sont finalement trop formés par rapport à ce que le marché de l’emploi peut leur offrir. Ils sont donc obligés d’accumuler les petits boulots mal payés.

Travailler 19 heures sur 24…

« J’ai des amis dans un bar à Athènes où je travaille comme jobiste en été. Ils ont une trentaine d’années. Ils travaillent au bar de 18 heures à 4 heures du matin, puis, à 8 heures, ils travaillent dans un magasin jusqu’à 17 heures. Ce sont donc des gens qui travaillent 19 heures sur 24 et qui n’arrivent pas à payer leur loyer ! La situation est vraiment catastrophique », explique Julia Manuel, 22 ans et grecque d’origine. Elle vit actuellement à Bruxelles où elle réalise un Executive Master en communication et affaires européennes. Comme bon nombre de jeunes Grecs, elle compte, dans un premier temps, rester en Belgique pour travailler dans les affaires européennes.

Une solution pour les Grecs fraichement diplômés : l’émigration vers des pays moins atteints par la crise, capables de les « utiliser » et de les payer à leur juste valeur. Mais tous ne s’envolent pas vers de meilleurs horizons. Certains décident de rester et de s’en sortir en innovant. Des associations de jeunes Grecs se mettent en place et créent de nouvelles façons de travailler et de vivre ensemble. « Certains décident de revenir en Grèce après leurs études pour planter de la lavande et en faire des huiles essentielles. D’autres veulent promouvoir les richesses de la Grèce pour attirer des touristes européens… », donne comme exemples Julia Manuel. L’entreprenariat social et/ou agricole emporte également un succès considérable.

Jeunes Grecs PAS abattus

En aucun cas, il ne faut donc penser que les jeunes Grecs sont abattus. Bien sûr, ils subissent la crise au quotidien, mais ils n’en demeurent pas pour autant des victimes inactives. « De nombreux étudiants diffèrent leur année scolaire parce qu’ils descendent dans la rue et luttent pour d’autre choses que leurs cours. Ils ont des revendications et ne sont pas dans une attitude passive du genre ″C’est la merde, on ne peut rien y faire″. Les Grecs ne sont pas comme cela, ils descendent dans la rue, ils font grève », explique Julia Manuel.

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas uniquement des jeunes. On retrouve parmi les manifestants des gens de tout âge et toute situation sociale : c’est toute la population grecque qui manifeste aujourd’hui.

La mobilisation grecque, une question d’Histoire

La Grèce ne possède pas la même culture de mobilisation que celle du Nord de l’Europe. De par leur histoire, les Grecs sont davantage politisés que les autres peuples européens. Faut-il rappeler qu’il y a à peine trente ans, ils subissaient encore la dictature des colonels ? Dès le coup d’Etat de 1967, le régime dictatorial s’évertua à éliminer toute forme de contestation. Mais la censure n’a pas empêché l’organisation de nombreuses manifestations contre le régime. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, de nombreux jeunes peuvent dire « Mon père a été torturé pendant la dictature ». Des faits qui accroissent naturellement la politisation de la population grecque et ont inscrit la mobilisation et la revendication dans la culture nationale.

Cependant, si les Grecs n’hésitent pas à descendre dans la rue, la question essentielle est de savoir s’ils peuvent réellement changer les choses. Selon certains, la crise est davantage européenne, voire mondiale, qu’uniquement grecque. Et ceux-ci ne veulent pas se voir abandonner de la sorte par le reste de l’Europe, ou pire, se voir humilier davantage encore. Car le sentiment général de nombreux jeunes Grecs, c’est bien celui-là : la honte. Humiliés par leur classe politique corrompue, au clientélisme affirmé et qui ne semble pas comprendre que la patience de son peuple atteint ses limites. Humiliés également par l’attitude de l’Europe qui n’a cessé de jeter la pierre à la Grèce sans reconnaitre les responsabilités collectives.

La solution : la jeune génération

Pourtant, l’Europe semble être à un moment charnière de son développement, où courage et alternative politique vont s’avérer nécessaires. Et il semble que les jeunes ont là un rôle à jouer. Comme le confirme Julia Manuel : « La réponse se trouve dans notre génération. D’ailleurs il y a beaucoup d’étudiants grecs qui sont conscients de cela, qu’il faut trouver une alternative au système capitaliste, qu’il faut raser et reconstruire quelque chose de sain, quelque chose de juste. »