Jeunes grecs, comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

Article publié le 1 juillet 2015
Article publié le 1 juillet 2015

Dans un climat d'angoisse, nous avons posé aux jeunes grecs - eux qui font face à la panique dans les rues et aux banques qui ferment tour à tour leurs portes - une question simple : comment ça va ?

Virginia, 32 ans, Paris

Aujourd'hui je me sens frustrée, déçue, perplexe et bien sûr, triste. Personne ne sait ce qui va se passer demain, encore moins la semaine prochaine. C'est un sentiment très étrange. En fait, après toutes ces années de crises economiques, politiques et sociales. C'est la première fois que j'ai vraiment peur de sortir de l'Union européenne, pas uniquement de la zone Euro, mais de l'UE ! C'est grave !

Giannis, Athènes

Je sens que la situation se détériore de plus en plus. D'abord parce que non seulement il va y avoir un référendum sur l'acceptation du plan d'aide des institutions, mais Berlin et Bruxelles nous portent vers une autre conclusion : faut-il rester ou quitter la zone euro ? La vie à Athènes à l'air plus dure que la vie dans les aires rurales. Hier, par exemple, j'appelais un ami qui vit sur l'île de Corfou. Il me disait qu'il n'avait pas besoin de faire la queue devant les distributeurs d'argent.

 

Konstantinos, 32 ans, Bruxelles (originaire d'Athènes)

Depuis le week end dernier et l'annonce du referendum, on se sent tous très mal psychologiquement. On ne s'inquiète pas pour nous qui vivons à l'étranger, mais pour tout ceux qui restent derrière - parents, frères et soeurs. La situation me déprime : elle me semble avoir atteint un point de non retour. Je me fais du soucis pour les miens en Grèce. J'y pense toute la journée. Je n'arrive plus à me concentrer au travail. Je pense à ma maison et à ma famille tout le temps. Je leur téléphone toutes les 2-3 heures pour savoir s'il y a des nouveautés.

Christina, 29 ans, Athènes

Je dois dire que c'est une semaine très stressante que nous vivons à Athènes.  La télé montre des images de personnes faisant la queue aux distributeurs d'essence et aux distributeurs automatiques de billets. Les médias et les partis politiques essayent d'effrayer et de stresser le plus possible la population. Presque tout s'est arreté : pas de bus, pas de commerce, etc... Personnellement je n'ai pas peur. Je regarde les infos, je parle avec les gens et j'essaye de rester calme. Je voterai non au référendum. Je préfère une période trés difficile, à l'extérieur de la zone euro à cette guerre sans fin avec l'Europe et le FMI.  

Yiannis, Athènes

Depuis vendredi soir, lorsque Tsipras a annoncé le référendum, je suis très excité que les Grecs aient la possibilité de choisir leur priorités. Le 'non' signifie plus d'indépendence sociale et nationale, au prix de sacrifier la place de la Grèce dans la zone euro car l'Europe est gouvernée par des lois pro-austérité conservatrices. OUI veut dire que nous voudrions rester dans la zone euro à tout prix. Aucune porte de sortie n'est facile. Je vais voter 'non' et continuer à me battre contre la politique d'autérité. L'Histoire est en train de s'écrire et je suis heureux d'en faire partie.

Phoebus, 23 ans, Rafina

Je suis alarmé mais certainement pas dans le chaos. Prudent mais pas effrayé. Personne ne l'est dans ma famille. Le drame télévisuel de la zone euro veut imposer un climat politique favorable au 'oui'. Malheureusement, je ne voterais probablement pas car je serais à Berlin pour participer à une conférence d'architecture. Cela me rappelle qu'aussi loin que je me souvienne, c'est la culture qui nous rend européens. Personne ne se sent européen dans des termes politiques, pas encore. Heureusement que Syriza, à travers le référendum, nous donne le choix de répondre à Bruxelles directement, pas par un autre gouvernement fantoche. Et nous répondrons fermement : l'Euro doit fonctionner comme un mécanisme de solidarité entre les peuples européens, pas un instrument de rivalité entre les industries nationales. Un 'non' ferme devrait être notre réaction aux mesures d'austérité, qui frappent les pauvres au profit des riches.

Nikos, 44 ans, Kalamata

Mes sentiments sont mixtes. En clair je dirais que je suis à 50% en colère, à 40% fier et à 10% déçu. Ne me demandez pas d'où me viennent ces sentiments... sale temps pour l'Europe !

Alexandros, 35 ans, Athènes

Je suis triste à cause de cette situation. D'une part l'Union européenne a été créée rapidement sans confiance entre ses membres, comme un pacte entre étrangers, avec le poids du passé encore frais dans les esprits. D'autre part il est question de comment nous nous rapportons au présent et l'améliorons. Je ne veux pas d'un Grexit pour de nombreuses raisons. Nous devrions nager en eaux troubles, l'insécurité va de pair avec la peur et personne n'en veut. Vendredi, lorsque j'ai appris la nouvelle du référendum, ma première réaction venait du coeur, et j'aurais voté 'non'. Après lundi, les contrôles de sécurité ayant étés renforcés en ville, j'ai compris que quelque chose n'allait pas. Les gens ont voté ce gouvernement pour avoir un meilleur rapport aux institutions, pas pour risquer le Grexit. Donc si jusqu'ici la crise économique en Grèce et ailleurs nous fait prendre conscience que nous sommes sur le même bateau, cet isolement me fait sentir plus instable et déprimé, beaucoup d'anxiété s'annonce non seulement pour le futur mais aussi pour le présent.

Eleni, 30 ans, Paris 

En France, où je vis, on parle beaucoup de la Grèce ces derniers jours : de la possibilité d'un Grexit qui fait chuter les Bourses ou du contrôle de capitaux récemment imposé par le gouvernement grec. Mais, ce faisant, on ne parle pas des Grecs. Les Grecs sont comme tous les autres peuples de l'Europe, ils ne sont pas les meilleurs mais ils ne sont pas non plus les pires. Ils ont eux-aussi besoin de vivre, de rêver, d'esperer, de rire. Ils veulent assumer les responsabilités qui leur reviennent et remédier aux erreurs du passé mais ils se sentent perdus dans leur orientation. Ce dimanche ils sont appelés aux urnes et devront, pour la première fois depuis 1974, se prononcer dans le cadre d'un référendum. Et pendant qu'ils peinent à décider s'ils vont voter oui ou non et essayent de ne pas céder à la panique provoquée par les mass médias, ils sont de plus en plus nombreux à se dire que, dans tous les deux scénarios, aucun espoir ne pourra exister pour l'avenir et aucune victoire ne sera à célébrer.