Jeunes, gitans et européens: "Mes enfants auront une vie meilleure que la mienne"

Article publié le 10 juillet 2009
Article publié le 10 juillet 2009
Alors que les problèmes de la plus importante minorité d'Europe semblent s'éterniser, L'UE tente de donner quelques lueurs d'espoirs, bien que les discours se traduisent rarement en actes. Témoignages de gitans et européens, européens et gitans.

Fin mai, un groupe de familles gitanes d'environ 90 personnes installe son campement dans un parc berlinois, fuyant la misère de leur pays d'origine, la Roumanie. Et la polémique se déclenche rapidement: la police tente de les déloger à plusieurs reprises et diverses associations dénoncent le manque de respect des droits élémentaires de ces citoyens européens de plein droit.

De telles situations se multiplient à travers l'Europe, affectant de nombreux membres de la communauté gitane, qui comprend entre 9 et 12 millions d'individus. Alors que l'Union européenne continue son processus d'élargissement et règle (plus ou moins bien ?) les problèmes identitaires et sociaux existant en son sein, la question gitane reste ouverte. Les informations provenant d'Amnesty International ou des Nations Unies viennent confirmer ce problème, en dénonçant le racisme et l'affaiblissement des droits de l'homme que subit cette ethnie, qui ne trouve pas toujours de réponse claire au niveau politique.

Rencontre à Berlin

Trois semaines avant l'arrivée médiatique des familles gitanes roumaines à Berlin, un autre groupe de gitans de toute l'Europe s'est réuni dans la capitale allemande, recevant toutefois un accueil différent. Cinquante jeunes gitans et travailleurs sociaux d'organisations de jeunes de quatorze pays ont participé à un séminaire organisé par l'association allemande Amaro Drom et Roma Active Albania, avec le soutien de la Commission européenne. Une rencontre qui a permis de partager différentes expériences et d'envisager l'avenir. Six des participants, qui expriment une vision générale sur la jeunesse gitane européenne, ses perspectives, ses peurs et ses espoirs ont accepté de se confier.

Hamze Bytyci- allemand kosovar - Travaille pour Amaro Drom

Photo: Andreu JerezHamze se sent "métropolitain, européen et gitan". Pour lui, l'avenir de la communauté gitane en Europe a "deux facettes". "Actuellement, nous faisons les premiers pas pour améliorer leur situation. C'est comme le début d'une révolution pacifique. Mais d'un autre côté nous savons tout ce qui se passe avec la communauté gitane dans des pays comme l'Italie ou la République tchèque. Nous avons besoin de plus de temps et d'argent".

Admir Biberovic - Bosnie - Diplômé en droit

Photo: Andreu JerezAdmir voit d'un bon oeil l'avenir de sa communauté en Bosnie: "Le gouvernement de mon pays est membre du projet Decade of Roma Inclusion, qui cherche à favoriser l'intégration de la communauté gitane européenne, et y a investi 3 millions d'euros". Admir est optimiste car il estime que si on est convaincu de changer quelque chose, on peut le faire, et ce qui se passe à Berlin lui donne raison.

Ionut Stan - Roumanie - Policier

Photo: Andreu JerezIonut se sent gitan car "il ne peut pas être autre chose", il sait que sa communauté continue d'être discriminée, mais il remarque un changement: "S'il est vrai que dans certaines régions de Roumanie il y a des communautés gitanes très pauvres, il est aussi vrai que des membres de ma communauté sont très bien intégrés, étudient ou travaillent". Ionut a eu la possibilité de travailler à Bruxelles pendant six mois grâce à une bourse d'études, et pour cela il réalise l'importance de l'UE. Ionut est optimiste pour l'avenir: "La vie de mes enfants sera meilleure que la mienne".

Karolina Mirga – Pologne - Etudiante

Photo: Andreu Jerez"Ma nationalité officielle est polonaise, mais je suis gitane de coeur: je suis une gitane polonaise". Karolina s'interroge sur l'avenir, mais reconnait que les changements "ont déjà commencé": "Qui sait dans 50 ans il y aura un président des Etats-Unis gitan" dit-elle en riant.

Kike Jiménez - Espagne - Travailleur social

Photo: Andreu JerezKike, 24 ans, travaille dans l'association Kale dor Kayiko, au Pays basque espagnol. Définir son identité ne s'avère pas facile: "il est un peu difficile de répondre en tenant compte de la situation politique du Pays Basque. Si on ajoute à cela mon identité gitane, ça me paraît une question bien compliquée. Je me sens gitan, basque et espagnol, à parts égales, et en même temps européen". Kike affirme que les gitans du nord de l'Espagne sont un peu en retard sur le thème de l'éducation par rapport aux régions comme la Catalogne, l'Andalousie ou Madrid. "Durant les 50 dernières années la société gitane a beaucoup changé. Je crois que dans 50 ans nous serons partout, là où nous l'envisagerons", conclut-il.

Nesime Salioska - Macédoine - Coordinatrice de l'association Roma Organization for Multicultural Affirmaion

Photo: Andreu JerezNesime est bien plus pessimiste: "Beaucoup de pays qui font partie de l'UE ne font que parler de la situation de la communauté gitane, mais n'agissent pas. L'Allemagne et l'Espagne en sont deux exemples significatifs: ils sont toujours en train de parler de la nécessité d'améliorer la situation des communautés gitanes dans d'autres pays, comme par exemple la Macédoine. Pourtant, ni l'Allemagne ni l'Espagne ne prennent de mesures concrètes pour régler les problèmes des communautés gitanes de leur propre pays", affirme-t-elle.