Jeunes face à la crise : y croire comme un enfant

Article publié le 5 mars 2015
Article publié le 5 mars 2015

Dans le cadre de sa campagne #YouthinMotion, cafébabel donne la parole à des jeunes qui nous font part de leurs difficultés à trouver du travail ou de leurs solutions pour réussir malgré la crise.  

Pour son deuxième article sur les jeunes face à la crise, Cafébabel a rencontré Stéphanie, une puéricultrice passionnée par le domaine de la petite enfance qui arrondit ses fins de mois en faisant de nombreuses heures de babysitting.

cafébabel : Bonjour Stéphanie, peux-tu te présenter brièvement ?

Stéphanie : Je m'appelle Stéphanie et j’ai 25 ans. J’ai fait des études d'institutrice primaire à l'ISPG de Bruxelles mais je n'ai pas pu terminer mon cursus pour des raisons familiales. J’ai suivi en parallèle une formation en puériculture et en psychomotricité et je travaille actuellement comme puéricultrice dans une crèche. 

cafébabel : Pour arrondir tes fins de mois, tu fais donc du baby-sitting… 

Stéphanie : Oui, je garde des enfants que je connais via mon travail, ma famille ou mes amis. Je fais du babysitting depuis l’âge de 16 ans. Je suis moi-même l’aînée d’une grande famille donc j’ai l’habitude de faire cela depuis longtemps.

cafébabel : Pourquoi as-tu choisi cette activité ?

Stéphanie : Parce que j’adore les enfants déjà, mais aussi parce que cela me permet de gagner un peu plus d’argent tout en restant dans le domaine de l’enfance. Mais c’est avant tout un plaisir pour moi. Il m’arrive d’ailleurs d’accepter un babysitting même si je suis très fatiguée ou que j’avais initialement quelque chose de prévu parce que j’adore l’enfant ou la famille et que je sais que je vais passer du bon temps avec eux !

cafébabel : Combien d’heures travailles-tu en général ? Es-tu flexible ?

Stéphanie : Je travaille 19 heures par semaine à la crèche et je fais environ 15 heures de babysitting. C’est un travail plutôt flexible car je peux travailler en journée et adapter ensuite mes horaires selon les parents le soir.

cafébabel : Y-a-t-il beaucoup de concurrence dans ce domaine ? Combien d’argent peux-tu gagner ?

Stéphanie : Je travaille en collaboration avec d’autres collègues puéricultrices, donc il n’y a pas vraiment de concurrence entre nous. On s’entraide et on se remplace parfois mutuellement. La rémunération dépend du diplôme et de l’expérience de la baby-sitter. Le tarif le plus bas auquel j’ai été payé était de 8 euros de l’heure. Lorsque je fais de l’aide aux devoirs et beaucoup d’activités avec les enfants, la rémunération peut monter jusqu’à 13 euros de l’heure. Je n’aime pas imposer mes prix, je commence par demander à la personne combien elle me propose puis je m’adapte en fonction de la famille et du nombre d’enfants. En général, je reste aux alentours de 10 euros de l’heure.

cafébabel : Comment qualifierais-tu le marché du travail pour les instituteurs à Bruxelles ? Est-ce facile de trouver un emploi ?

Stéphanie : Non, pas de tout ! Sur Bruxelles, c’est très, très fermé. Déjà, on me ferme souvent des portes lorsque je cherche un temps plein en tant que puéricultrice car j’ai fait des études pour devenir institutrice primaire et mon diplôme est donc trop élevé par rapport au poste. Parfois, il faut savoir parler parfaitement néerlandais, or je parle français et anglais, donc ça ne fonctionne pas non plus. Si on veut combiner deux mi-temps, on verse énormément d’argent aux impôts, et souvent les horaires d’un mi-temps ne sont pas adaptables avec les horaires de l’autre. Et si je trouvais un temps plein dans une crèche, il faudrait d’abord commencer par un CDD de 6 mois et donc quitter mon CDI à mi-temps, avec le risque qu’on ne me garde pas finalement. Je cherche du travail en tant que puéricultrice dans une autre crèche pour compléter mes horaires depuis 4 ans maintenant, mais à chaque fois, il y a quelque chose qui ne convient pas. C’est aussi pour cette raison que je fais du babysitting, comme ça, je ne dois pas trop compter financièrement sur mes parents.

cafébabel : Est-ce un choix d’habiter avec tes parents, ou est-ce uniquement pour des raisons économiques ?

Stephanie : Je pourrais vivre seule, mais avec les revenus de mon mi-temps, entre 900 et 1000 euros par mois, je devrais continuellement me serrer la ceinture et je ne pourrais pas du tout mettre de l’argent de côté pour acheter par exemple mon propre appartement plus tard. Soit je loue à vie, soit je reste chez mes parents un maximum de temps pour épargner et éventuellement acheter un bien immobilier un jour. Mais pour bénéficier d’un prêt immobilier quand on est jeune, c’est compliqué : il faut fournir des fiches de paie, prouver qu’on a des sécurités, sans compter que les prêts sont plus élevés à cet âge-là. Je trouve qu’on ne fait pas assez pour aider les jeunes à avancer et à gagner en indépendance.

cafébabel : Qu’est-ce que tu attends des politiques pour améliorer la situation des jeunes ? 

Stéphanie : Plus d’aide pour les jeunes. Une meilleure logique des aides en fonction de la situation personnelle. Par exemple, il existe un complément chômage pour les personnes qui travaillent en mi-temps, mais je n’y ai pas droit parce que je vis toujours chez mes parents. Mon papa a un salaire soi-disant trop élevé, mais qui en réalité ne suffit pas à subvenir aux besoins de toute la famille. Une de mes meilleures amies était étudiante quand ses parents ont divorcé. Son père est dentiste et sa mère avocate, mais elle a eu droit à une bourse d’études parce que ses parents sont séparés. Moi, je n’y ai jamais eu droit. Je demande donc un équilibre plus juste. Les politiques devraient également faire quelque chose pour les jeunes qui finissent leurs études et qui ne peuvent pas toucher le chômage avant un an. Il y a le stage d’attente, mais souvent c’est extrêmement difficile de trouver un premier emploi car on demande trop d'expérience. Cela mène à des situations compliquées pour les jeunes diplômés.

Cet article est publié dans le cadre de la campagne #YouthinMotion menée par cafébabel Bruxelles et donne la parole à des jeunes qui nous font part de leurs difficultés à trouver du travail ou de leurs solutions pour réussir malgré la crise.  

Relecture : Clémence Burkel