Jeunes au chômage: des conseils pour «s'aider soi-même» depuis Turin

Article publié le 18 décembre 2009
Article publié le 18 décembre 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Marre du chômage, marre aussi d'enchaîner les stages ou de décrocher des bourses éphémères ? Certains jeunes Italiens décident de miser le tout pour le tout en devenant auto-entrepreneurs. Quelques exemples en direct de la capitale du Piémont.

Avec plus de 20 % des moins de 25 ans au chômage en octobre 2009, les jeunes diplômés s’installent dans la précarité partout dans l’UE, et même ceux qui travaillent ne sont pas au bout de leur peine. Dans un tel climat, difficile d’être optimiste et de prendre sur soi (le capitalisme financier a bon dos)... Mais que faire pour y remédier ? Certains se lancent dans le monde de l'entreprise. Car réaliser un projet personnel n'est pas toujours une aventure en solitaire.

Marco Manero dirige une institution publique qui accompagne les futurs entrepreneurs dans leurs premières démarches. Mettersi In Proprio (MIP), qui signifie « se mettre à son compte », dépend de la province de Turin, de la région du Piémont, de l'UE ainsi que du ministère du travail italien. La nouveauté de ce programme, ce sont ses conseils professionnels et le suivi des entrepreneurs une fois établis, qui « parrainent » à leur tour les nouveaux venus. La crise économique a affecté son activité : l'année dernière, le nombre de chômeurs qui ont débarqué dans le bureau de Marco a doublé. Et parmi eux, le nombre de jeunes a également été multiplié par deux. « L'âge moyen a baissé. De nombreux jeunes ont signé des contrats de travail temporaires, et ce sont les premiers qui doivent quitter l’entreprise quand ça va mal », dit-il.

10 % des projets menés à terme

Immédiatement, Marco Manero remet à leur place tous ceux qui veulent devenir entrepreneurs du jour au lendemain : « seulement 10 % des idées qui nous sont soumises ont fini par déboucher sur une entreprise, estime-t-il. Créer une activité n'est pas forcément une solution quand on a perdu son travail, même si parfois ça marche. Et puis il y a beaucoup de gens qui ont une idée d'activité mais qui ne se sont pas lancés parce qu'ils n'avaient pas le courage de quitter leur travail. »

« Car il faut aussi apporter un apport personnel, poursuit Marco, et ne pas compter seulement sur l'aide des banques. » Ceux qui espéraient créer une boite sans prendre risque, passez votre route. « Beaucoup de gens disent : 'vous êtes les pouvoirs publics, vous devez nous aider'. Ce n'est pas comme cela que ça marche. » Marco fonde sa réflexion sur une certaine logique de marché : « Si une entreprise reçoit beaucoup d'aides au début, il y a plus de chances qu'elle ne survive pas. Le risque est important et vous conduit à investir votre travail et vos économies. Pourquoi une banque ou un investisseur devrait-il investir de l'argent dans votre projet si vous-même ne l'avez pas fait ? »De toute façon, c’est clair, la vie d'entrepreneur peut être compliquée. « Le système de l'Etat social a été pensé pour les travailleurs en CDD ou en CDI, mais pas pour les entrepreneurs. » Et pour les jeunes, si obtenir la confiance des investisseurs et des banques est difficile, leur créativité, et leur capacité à « mélanger des mondes différents » semble définitivement être un atout, selon le conseiller.

Direction Lima au Pérou

Marzio Allocco et son associé, Luis Guillén Calizaya, ont décidé de créer une entreprise de design graphique, Involucra, en 2006. Ils avaient alors respectivement 26 et 29 ans, et c’est MIP qui leur a donné un coup de pouce. L'entreprise s’est lancée avec pour vocation d’être tournée vers l’internationale, avec un siège à Turin et un autre à Lima, puis à New York et à Londres. Son « secret » : appliquer la délocalisation de la production au design graphique. Un bon exemple de « mélange des mondes » ! « A Turin, nous nous chargeons de la vente et de la programmation. La production est réalisée depuis Lima, où l'on peut avoir une bonne qualité et des prix très compétitifs », nous raconte Marzio dans un espagnol assez correct.

« Il ne s'agit pas seulement d’avoir une bonne idée, mais aussi de la quantité de travail que vous êtes prêts à fournir »

Quand je lui demande pourquoi il aime être entrepreneur, le sourire qu'il affiche depuis que j’ai franchi le seuil de la porte s'intensifie un peu plus. « Travailler pour soi-même est satisfaisant, ça vous change la vie de façon positive. » Avez-vous des conseils à donner aux futurs entrepreneurs ? « Il ne s'agit pas seulement d’avoir une bonne idée, mais aussi de la quantité de travail que vous êtes prêts à fournir, de votre capacité à renoncer à certaines choses dans votre vie. Il faut mettre toute son énergie dans un seul projet pendant au moins deux ans. »

Je m’interroge… Les jeunes d’aujourd’hui ont-ils envie de s’infliger une telle rigueur ? « La jeune génération vit une situation inédite dans l'Histoire. Nos parents et grands-parents étaient habitués à améliorer leur niveau de vie. Aujourd’hui, les jeunes vivent une période de passivité et ne sont pas prêts à faire des sacrifices. » Ces mots sortent de la bouche de Cristiano Ghibaudo. Ce diplômé en sciences de l'éducation est aussi spécialisé dans la formation des jeunes.

Conseils de grenouille

Il n'a pas beaucoup de temps devant lui et les pages de son agenda sont gribouillées de partout. Un livre se cache derrière cette activité frénétique. Un livre écrit il y a quelques années qui, grâce à la crise économique, connait une nouvelle jeunesse. Dans Le rane che si credevano pesci (« Les grenouilles qui se prenaient pour des poissons », Sperling&Kupfer, 2008), Ghibaudo explique la méthode de Lara La Rana (Lara la grenouille), qui prétend aider les jeunes à améliorer leur vie professionnelle. « Le principal problème des jeunes est un problème de confiance. Ils ont confiance dans l'avenir seulement s'ils ont signé un contrat à durée indéterminée. C'est ça l'erreur, car nous devons avoir confiance en nos compétences, et pas en un contrat de travail. »

Crise plus manque d'efforts : maigres résultats. Mais pour Cristiano, il y a encore de l'espoir : « Il devient nécessaire de revoir nos paramètres. Il est possible d'être entrepreneur mais dans cette démarche, il ne faut pas chercher à s'enrichir. Il faut au contraire tendre à améliorer nos conditions de vie et notre condition sociale. Il n'y a pas de boulots meilleurs que les autres, il faut seulement savoir quels sont les objectifs de qualité de vie de chacun », poursuit-il avant de conclure : « Les jeunes ne doivent pas dépendre des aides publiques. Ils doivent apprendre à changer de point de vue, et ne pas attendre que quelqu'un vienne les aider. Plutôt s'aider soi-même. »

Crédits photos:  flickr/HARVEY PHOTO - flickr/Steve RhodesY /flickr - Cristiano Ghibaudo