Jeune fille cherche saucisson

Article publié le 17 juin 2010
Article publié le 17 juin 2010
La révolution, c'est au niveau de l'estomac que ça se passe : Julie Trahot aime le saucisson et elle est prête à tout pour en trouver. Bientôt un "apéro rosette-pinard" à Lyon ? La préfecture de Police de Paris a finalement interdit l' "apéro saucisson-pinard" de la Goutte d'Or.
L'invitation, lancée via Facebook par la mystérieuse Sylvie François, mêlait gastronomie et vocabulaire guerrier pour brandir le saucisson comme un étendard face à l' "islamisation" de la France. Confronté à la polémique et aux risques de troubles à l'ordre public, le Bloc Identitaire a préféré éviter l'affrontement avec la police et annuler les ripailles protestataires.

A Lyon, ville des tripes et de la saucisse, les amateurs de cochonnaille ont eux aussi leur page Facebook.

Même affiche au dessin vaguement années 30, même revendication identitaro-culinaire, même choix d'un quartier à forte concentration immigrée, la place de la Guillotière dans le 7ème arrondissement. Sauf qu'ici, Sylvie François s'appelle Julie Trahot (je sais pas vous mais j'ai beau chercher le jeu de mot, rien ne me vient).

Ouvert il y a à peine deux jours, le groupe rassemble aujourd'hui (à 14h) plus de 1.400 membres. Et pour que les choses soient bien claires, certains se donnent la peine de préciser :

La Guillotière est en effet aussi connue des Lyonnais pour ses supermarchés chinois que pour ses restos à kébabs, dont les premiers menacent manifestement moins la gastronomie locale que les seconds.

Ce qui est amusant, c'est que la cuisine lyonnaise doit beaucoup à l'influence étrangère. Catherine de Médicis avait entraîné ses cuistos dans son exil lyonnais et ils ont "révolutionné" la cuisine du cru, comme le rappelle fort à propos cette brève histoire de la boustifaille tricolore. C'est vrai que les Italiens mangent du porc ; sinon, qui sait ce que les canuts auraient inventé comme joutes et banquets pour défier ces malotrus.

Mais revenons à nos projets de libations réactionnaires. Comme souvent, les distraits croisés à l'origine du projet ont oublié de décliner leur identité. Il est donc difficile de savoir qui est qui et quelles sont les implications politiques de tout ça, bien qu'il soit possible de s'en faire une vague idée :

Interviewée sur Radio Scoop ce midi, Julie Trahot, co-créatrice et co-administratrice du groupe, explique qu'elle a décidé de prendre les choses en main car il est "impossible de trouver du cochon à la Guillotière". Elle a donc décidé d'inviter plein de gens à lui en ramener.

Tout s'explique ! Et dire que certains parlent de 3ème guerre mondiale quand il ne s'agissait que d'un banal malentendu.

Dans un grand élan œucuménique, la rédaction lyonnaise de Cafebabel souhaite lui adresser ce message d'amour : Julie, nous comprenons ton désarroi car le cochon c'est effectivement pas mal même s'il faut se garder d'en abuser parce qu'après on a des maladies cardio-vasculaires qui plombent notre système de santé. Va en paix car regarde, tu peux acheter du porc au Casino de la place Gabriel-Péri, juste à côté du métro Guillotière ! Ils ont même du vin !

Donc bah pour ton apéro, Julie, ne t'inquiète pas, tu pourras tout trouver sur place. Devant le McDo entre le tram et le métro c'est pas génial comme emplacement, mais pourquoi pas.

Par contre, si tu pouvais dire à Olivier Lafrance et François Deussant d'arrêter de faire des blagues toute pourries pendant qu'on mange, ce serait sympa. A très vite !