Jens Parker: Jeune, Vert, PIQUANT

Article publié le 20 septembre 2013
Article publié le 20 septembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Bien que les éléctions au Bundestag aient lieu dans quelques jours, pas de trace de véritable campagne électorale. C'est pourquoi Cafébabel Berlin est allé à la rencontre de représentants des organisations de jeunesse des partis politiques: quel est le visage de la jeunesse politique? Pour quoi s'engage-t-elle? 4ème partie de notre série "Jeune & politique": Jens Parker de Jeunesse Verte.

Jeune. Verte. Et piquante: c'est ainsi que se voit la Jeunesse Verte. Jens Parker en a rejoint les rangs en 2007, principalement au nom de la politique de lutte contre la discrimination et de la politique européenne. En 2012, il fut élu porte-parole au Bundestag. Je le rencontre dans un café de Kreuzberg, où nous discutons du programme éléctoral des Verts, de l'Europe et  de ce piquant dont les jeunes verts se revendiquent.

Cafébabel Berlin: Jens, quel est votre rapport à l'Europe?

Jens Parker: Je m'identifie clairement en tant qu'européen. Pourquoi devrais-je me sentir plus proche des gens de Münster que de ceux de Bruxelles?

Cb: L'Europe est donc suffisamment ancrée politiquement en Allemagne?

JP: Non, pas du tout. Le gouvernement fédéral actuel en particulier ne travaille pas à faire progresser l'Europe. La tendance est plutôt aux accords entre Etats. Et malheureusement ce faisant, on tend vers une Europe plus nationale.

Cb: Mais que peut-on faire contre cela? Peut-on encore sauver l'Europe?

JP: Le Parlement Européen doit avoir une vraie voix consultative - et une capacité d'initiative! En ce moment on se trouve plutôt à un stade léthargique. Cela m'énerve carrément. Mais l'Europe n'est pas seulement un problème politique. L'Europe, c'est nous tous. Nous prenons tous part aux décisions. C'est dommage que seuls les experts aient la parole.  Il y a pourtant des alternatives à cette tendance. La politique devrait donner l'impulsion et bâtir les structures qui permettront une plus grande participation aux décisions.

Cb: Quel a été pour vous le moment européen le plus marquant?

JP: Pour moi, la distribution des premiers euros a revêtu une grande signification: j'avais un morceau d'Europe dans les mains. Je me rappelle encore être allé à la banque retirer le sachet de pièces et avoir pensé : "Waouh, une monnaie unique."

Cb: Y'a-t-il une raison particulière au fait qu'au sein de Jeunesse Verte, tu te sois impliqué dans la politique économique et financière?

JP: Je crois qu'un autre secteur financier est possible. On doit bien expliquer aux gens que l'argent qui est sur leur compte va servir à plein de choses. C'est vraiment bizarre: aux manifestations anti-charbon et anti-nucléaire, on retrouve des gens qui ont un compte à la Commerzbank (qui investit dans l'énergie nucléaire, NDLR). Lors de ces manifestations, les gens se retrouvent face à leur propre argent.

Cb: Sans boulot, pas d'argent. Le chômage des jeunes est en ce moment le plus gros problème en Europe. Qu'est-ce que les Verts veulent faire différemment?

JP: Il y a essentiellement trois étapes. D'abord, il doit y avoir une garantie pour les jeunes. La politique actuelle n'est qu'une goutte d'eau dans la mer. Il n'y a qu'à refaire les calculs: 2 milliards d'euros sur 7 ans, répartis entre les régions concernées. A Jeunesse Verte, on va même plus loin que l'Alliance 90/Les Verts: nous voulons une assurance chômage. Mais à ce sujet, il manque encore une mise au point concrête. Ensuite, nous exigeons un prélèvement sur la fortune. Enfin, un programme d'investissement est absolument nécessaire.

Cb: Certains diraient que des investissements ont déjà lieu.

JP: La Jeunesse Verte voudrait diriger le débat vers un certain type d'investissements: énergies renouvelables et réseaux électriques plus performants sont deux bons points de départ. Ce n'est pas parce qu'on crée aussi des emplois avec de nouvelles autoroutes que ces dernières sont légitimes. Tous les investissements et tous les emplois ne constituent pas un progrès. 

Cb: Qu'en est-il alors du Commissaire Européen à l'économie et à la monnaie demandé dans le programme électoral des verts? N'y-a-t-il pas déjà suffisamment d'emplois dans ce domaine?

JP: Les entreprises déménagent volontiers dans d'autres pays d'Europe pour des raisons fiscales. Cela prouve que les questions liées à ce domaine pressent. C'est pourquoi nous exigeons une nouvelle administration axée sur l'aspect économique et monétaire. Nous devons également rendre la Commission européenne fondamentalement plus démocratique. Si on ose plus d'Europe à ce niveau, on aura en outre la possibilité de réaliser des économies. Par exemple, s'il existait  une politique étrangère européenne, on n'aurait plus besoin que d'un seul ministère des affaires étrangères, et plus de multiples ambassades locales.

Cb: Tu milites également pour la diversité et contre la discrimination, en particulier pour la communauté gay et lesbienne. Comment conçois-tu le rôle de l'Allemagne dans ce domaine?

JP: Cette année, je suis allé au Christopher Street Day à Francfort. J'ai trouvé absurde que Kristina Schröder (Ministre de la Famille, CDU) y soit célébrée comme progressiste. A ce sujet, on peut même oser un jeu de mots avec les initiales du parti en disant que la CDU est "chroniquement discriminatoire". En effet, l'Allemagne a fréiné les directives européennes anti-discrimination, alors que ces mêmes directives existent déjà en Allemagne. Tout cela est assez problématique. Je suis également très inquiet des évolutions en Europe de l'Est. 

Cb: Les Verts exigent également une "politique qui va au-delà du quotidien" - Concrêtement, de quoi s'agit-il?

JP: Cela signifie que nous avons besoin d'une politique qui a le courage d'exiger des choses qui ne sont pas populaires, mais qui sont nécessaires. Nous devons toujours exiger et promouvoir des choses qui sont importantes et justes.