Je te sanctionne, tu me sanctionnes

Article publié le 27 avril 2009
Article publié le 27 avril 2009
Dans un système démocratique, quand un parti est dans l'opposition, il y a un slogan facile: "". Ce n'est pas très poussé, mais ça marche souvent. On appelle ça d'ailleurs le vote sanction. Dernière nouveauté dans le registre: le votre "double-sanction".

votez pour moi, car je ferais bien mieux que cette bande d'incompétents au pouvoir

Dès le début, le PS et le Modem ont annoncé la couleur, avant même d'avoir présenté leur programme: "amis électeurs, votez pour nous, pour sanctionner Sarkozy et sa politique". Il fallait s'y attendre, surtout en période de crise. Malgré cela, l'UMP est toujours en tête des sondages, crédité de 28% des voix.

Toutefois, le parti présidentiel se doute bien que la situation économique n'aidant pas, de tels appels vont bien finir par lui faire perdre des voix. Du coup, question: quelle parade? Un programme? Euuuh non, pas tout de suite, il faudra encore attendre un peu. Alors quoi d'autre? Des listes bouclées ? Non plus, le jeu des chaises musicales du clientélisme n'est pas encore terminé. Alors quoi ?!! Mais le vote sanction pardi! Un peu customizé pour l'occasion.

Michel Barnier, tête de liste de la région Ile-de-France, a lancé cet appel: "Pendant les six mois où nous avons présidé l'Europe (1juillet - 31 décembre 2008), avez-vous entendu le Parti socialiste dire quelque chose d'intelligent et de fort sur l'Europe"? En poursuivant par: "voilà ce qu'il faut sanctionner". Autrement dit: si nous ne sommes pas parfaits, ceux qui attendent à la porte sont encore pires...Nous appellerons ça le vote "double sanction" ! Un nouvel outil démocratique de fou, qui risque de faire fureur en Europe. C'est beau la profondeur du débat.

Irresponsabilité de Rachida et l'appel de Michel

L'UMP n'a pas peur non plus de la contradiction. Dans une interview de au Figaro, voici leur réponse à la même question, au sujet du PS et Modem:

Rachida Dati et Michel Barnier

R. D

. De ce point de vue, appeler au vote sanction, comme le font Benoît Hamon et Harlem Désir, qui sont de surcroît députés européens sortants, est tout simplement irresponsable !

M. B. Le PS n'a pas fait une ­seule déclaration sur l'Europe pendant les six mois de la présidence française de l'Union. Venant d'un parti de gouvernement, qui aspire à l'alternance, ce silence total est incroyable. J'appelle à un vote sanction contre le PS !

Irresponsable mais on appelle quand même à le faire ? Nous allons commencer à avoir du mal à suivre.

Que répondre à cela? Que répondre à cette surenchère du niveau zéro de la politique? Que dire hormis le fait que c'est encore l'UE qui va en faire les frais. Et que c'est quelque peu décevant de la part de Michel Barnier, qui se veut un grand européiste. Michel, toi et moi, c'est comme Capri, c'est fini !

La boîte fourretout

Et puis d'ailleurs, quelles seraient les choses "intelligentes" et "fortes" que l'UMP aurait fait durant les six mois de Présidence française? Quelles auraient été leurs propositions? En cherchant bien, on trouve quelques tendances générales, mais rien de bien révolutionnaire, frôlant même assez souvent avec des relents de gaullisme mal placé.

Il y a bien eu cette bonne vieille crise financière. Beaucoup de réunions, de meetings, profitant de la faiblesse des USA, en pleine campagne électorale. Au final qu'en fut-il de la réponse coordonnée des 27? Rhuuum pas évidente à trouver. De l'avis de tous, le plan de relance européen n'est en fait qu'une liste des plans nationaux, histoire de faire plaisir à tout à chacun. Et souvenez-vous de la jolie déclaration du Président concernant le fait qu'il ne voulait pas soutenir des entreprises pour qu'elles aillent ensuite délocaliser en Tchéquie. Bel esprit communautaire, pas peur des stéréotypes et du populisme. Le plus drôle reste quand même lorsque son plan à lui s'est retrouvé dans le collimateur de la Commission qui l'accusait de protectionnisme déguisé. Vraiment très innovant et original.

Le Parlement, non merci

Parlons aussi de ce que Sarkozy voit comme son grand succès de fin de présidence: le paquet climat européen qui sauvera la planète. Ce qui a été assez oublié des médias, mais qui pourtant aurait mérité d'être mis en avant, c'est la façon dont Nicolas Sarkozy (aidé de ses copains européens) a zappé le Parlement européen, montrant ainsi un attachement sans faille à la démocratie européenne. Les négociations qui se déroulaient au niveau du Conseil des ministres de l'UE (vote à la majorité qualité) ont été transférées vers le Conseil européen (chefs d'États, vote à l'unanimité). L'idée était ensuite de renvoyer ce texte au Conseil, pour le faire valider sans plus de négociations.

Sauf qu'il y a un petit souci: le Conseil européen n'a aucun mandat lui permettant de gratter des textes de lois. Normalement, ces textes sont préparés par le Coreper (instance de négociations post Conseil de l'UE) puis valider par le Conseil de l'UE. Demandez à n'importe quel juriste il vous dira la même chose.

En rapatriant ce texte du Conseil européen, le message était pour Parlement (qui aurait du valider le texte en raison de la co-décision): ça ne sert à rien de l'amender coco, les chefs d'Etat ont déjà tranché. Tout ça pour quoi ? Pour que Nicolas Sarkozy ait son accord avant la fin de son mandat, évitant que la gloire revienne à la Présidence tchèque. Et surtout éviter que le Parlement ne fasse un texte trop dur, trop écolo, car en période de crise, l'éco c'est mieux que l'écolo. C'est ça ce que Monsieur Barnier appelle être innovant ? Mettre le Parlement européen sur la touche?

Supranational vs. Intergouvernemental

Cette façon de procéder est symptomatique d'une autre chose: la volonté claire de Nicolas Sarkozy (mais aussi d'autres chefs d'Etat) d'avoir une Europe intergouvernementale. Autrement dit: pas de supranational, les chefs d'Etat nationaux restant les vrais dirigeants de cette union (d'où l'intérêt de garder Barosso à la Commission, vu son dégré de soumission).

Notre Président a même été jusqu'à remettre en cause le monopole de l'initiative législative, détenue par la Commission, ce dernier considérant qu'elle ne devrait être que la gardienne des traités. Une Europe intergouvernementale? Ca ressemble un peu à une Europe des Nations discutant être elles à la mode Congrès de Vienne, proposant des collaborations selon leur humeur et leur opinion publique. Sur le cour terme, ça peut marcher, mais le long terme c'est toujours plus difficile. Pour info, Vienne c'était en 1815.