Je suis mort de rire, Rafael

Article publié le 1 avril 2008
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Article publié le 1 avril 2008
 El Verdugo El Verdugo – Scénario de Rafael Azcona

Rafael Azcona, le meilleur scénariste du cinéma espagnol, le meilleur de tous les temps, a décidé cette semaine de se mettre en grève… pour toujours. Il est décédé au bout de 95 scénarios, probablement d’un fou rire final, le même que ceux qui ont été provoqués chez nous par ses dialogues subtils. Il nous a laissés tel qu’il avait l’habitude de le faire: avec discrétion et grandeur.

Il nous a aussi laissé les histoires les plus marquantes du cinéma espagnol, et du cinéma européen. Il serait futile de rappeler qu’il a travaillé avec les meilleurs directeurs espagnols tels que ou , comme avec les pires d’entre eux, tels que y . Il serait aussi d’un ennui profond de parler de ses films en dehors des frontières espagnoles, particulièrement avec l’italien , pour qui il a écrit des séquences géniales pleines d’humour noir. Luis García BerlangaFernando TruebaCarlos Saura“Tetas” Luna Marco Ferreri

On dit qu’il reflétait très bien l’Espagne traditionnelle, que son humour était tellement réaliste qu’il devenait surréaliste, tout comme ce pays de fous. Mais ce qu’on ne dit pas c’est qu’à force d’écrire sur l’Espagne, celle-ci a fini par prendre l’image que lui donnaient ses scénarios.  Ce n’est pas amusant

Mais parler de tout ceci n’est pas amusant; ce n’est pas ce que Rafael aurait souhaité. Il a toujours été assis au dernier rang de la classe, pour ne pas attirer l’attention. C’était cet élève qui racontait des blagues uniquement aux camarades qui étaient assis à ses côtés pour passer inaperçu. Il était assis au dernier rang à l’église, à laquelle il a asséné de bons coups (et avec raison) tout au long de son œuvre, mais avec une ironie particulière pendant les années du franquisme. C’est surprenant de remarquer comment ses critiques ecclésiastiques arrivaient à échapper à la censure franquiste. Et par-dessus le marché il nous a laissé un dimanche de résurrection. Quel enfoiré ! Ironique jusque dans son dernier soupir. Imbattable. A la fin de sa carrière, il a obtenu la reconnaissance, qu’il n’a pas affichée et qu’il a accepté sans préambule. Il a remporté 5 Goyas et son histoire de liaisons amoureuses dans lui a donné un Oscar en 1993. Sans s’en rendre compte, il a fait du métier de scénariste une profession prestigieuse, dans une époque mécanisée et soumise aux exigences du marché. ”Belle Epoque

C’est un artiste qui nous a laissé, un humoriste. Le dernier artiste indépendant qui s’est moqué de la vie jusqu’au dernier jour, jusqu’au dernier pleur, jusqu’à la dernière séquence de son film.

Traduction : Aurore Delattre