Japon : loin des sumos et des geishas

Article publié le 16 août 2007
Article publié le 16 août 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Deuxième volet de notre série 'Divercités', une exploration estivale de lieux insolites et poétiques. Direction le pays du Soleil Levant.

Il y a deux ans l'Huckleberry Finn qui sommeillait en moi s'est réveillé. J'ai fait mon sac et je suis parti à l'aventure. J'ai abandonné une Europe introvertie, étant tombé en désamour de la vanité désenchantée du vieux continent. Les séparations sont difficiles mais je vous laisse imaginer les problèmes que l'on rencontre lorsque l'on on décide de rompre avec son continent. Afin d'éviter un désastre géologique, j'ai décidé que ça ne pouvait pas durer, qu'il fallait que je bouge et j'ai mis les voiles.

J'ai suivi tout ce qui me définit : partir, grandir, passer à autre chose. Je suis de cette génération qui se sent chez elle au-delà des frontières, mon coeur bat au rythme des voyages, trouve du confort dans l'incompréhension. J'ai quitté l'Europe dans le but de trouver quelques chose de différent plutôt qu'une autre culture en particulier, différence et mouvement étaient au menu.

J'ai décidé d'aller à L'Est. Je suis allé le plus loin possible, et je me suis arrêté à l'endroit juste avant que le Far East ne devienne le Far West. Je me suis arrêté au Japon.

Le Japon, pays du cliché en développement : les sushis, les sumos et les geishas, trois minuscules parties de la mosaïque aux multiples facettes de la culture japonaise mais qui d'un point de vue de l'Occident forme une belle trinité hérétique qui fait de l'ombre à la culture riche et unique dont ont les croit typiques. J'ai évité la simplification extrême du piège à touristes et je me suis rendu dans l'inaka, à la campagne.

Après six heures à bords d'un bullet train et à environ cinquante ans du dernier néon et autre signe de vie citadine du centre ville de Tokyo il y a une montagne; un volcan endormi qui apparaît au milieu de la planéité de la campagne de la plaine Tsugaru qui l'entoure. Au coucher du soleil ses trois pics montagneux ressemblent plus à une larme, à une obscurité encore plus profonde que la nuit qui l'entoure, qu'à un paysage géologique.

Pourtant, il y a un endroit où l'obscurité n'est pas totale. Au pieds de la montagne, à deux cents mètres, se trouve un endroit éclairé à la lanterne magique, Iwakijinja, un sanctuaire Shinto. Shinto, la religion des japonais, a ses racines où le mythe, la superstition et les croyances religieuses se racontaient des histoires. A la limite de l'animisme, cette croyance veut que le kam (ou esprits) vit avec les résidents, déjà très nombreux, des îles myriades du Japon.

La nature est essentielle au Shinto, il y a des kami dans les rochers, dans les arbres, les montagnes. En tant que tel l'Iwakijinja s'agite dans le paysage : des habitations rouges en bois dispersées au milieu des arbres, d'énormes marches de pierre usées par des siècles de cascade de dévouements vers les petites rivières et les points d'eau, des statues couvertes de mousse cherchent un abris sous les arbres où sont attachées des prières. Alors que Notre Dame est l'exemple ultime du triomphe de l'homme sur la nature, sa majesté entièrement construite par les mains des hommes, Iwakijinja est l'exemple type de la fusion avec la nature, d'une façon tout à fait particulière. Elle inspire la révérence d'une cathédrale, sans son silence accusateur.

L'entrée dans le sanctuaire est indiquée par des torii, de simples entrées décorées avec quatre morceaux de bois burinés peints en rouge. Une fois que vous avez marché sous un torii, vous êtes entrés dans le territoire du kami. Quand j'ai traversé le torii pour entrée dans Iwakijinga, j'ai senti un changement palpable. Je n'étais plus dans le Japon moderne, automatisé, américanisé, surmené. J'étais entré dans un endroit où le Japon se souvient de ce qu'il est vraiment : une nation insulaire, riche de traditions mythiques, à part, toujours passionée par ces propres mystères...

C'est à ce moment-là que les nuits d'été exhaltantes voient l'Iwakijinja le plus passionant. Alors que la lumière de la fin du jour disparait, les chemins habituellement silentieux du sanctaire se réveillent avec le mélange et les bruits des pas des danseurs, des chants triomphants, des rythmes des percussions et de la lumière des bougie. Début août est la saison des festivals et quand la nuit tombe il y a comme un soupçon de magie dans l'air doux.

Les lampions donnent un teint de cire chaud sur la foule qui est venue célébrer la fondation du sanctuaire et le kami qui lui est dédié. Les premiers rangs agités sont pleins de kebabs, de calamars fris, de bières fraîches et de petites indiscrétions permettent de transformer l'atmosphère d'une procession en celle d'un festival. Il y a des bruits distants de percussions.

J'achète des yakisoba (nouilles frites) à une vieille dame. Soixante-dix années d'insularité et presque autant de ramassage de riz lui ont arqué les jambes et tordu le dos. Mais son sens de l'humour n'a pas pris une ride, même si je ne comprends rien on a l'air de partagé une blague hilarante.

Nous nous taisons d'un seul coups. Un grand bruit de percussion se propage dans l'air, résonnant avec la foule. Les danceurs sont arrivés. Je me retourne. Sous l'entrée du sanctuaire il y a une masse dansante. Des jeunes et des vieux, une génération floue dansant avec une génération ascendante dans une étreinte de valse, dansant dans des chaussures très usagées sur la musique de leur âme commune.

En observant le spectacle autour de moi, je sais que le festival d'Ewakijinja est la différence que je recherchais. C'est une différence qui vous englobe et vous attire, qui bouge et qui est totalement féérique. Mon Huckleberry Finn se tait et est satisait comme quelqu'un qui arrive au bout d'une longue aventure. Après deux ans de mouvement je me sens prêt à passer à autre chose, à rentrer à la maison.