Jan Fischer retrace le bilan de la présidence tchèque de l'Union européenne

Article publié le 16 juillet 2009
Article publié le 16 juillet 2009
Strasbourg, le 16 juillet 2009 Par Marie Krpata Au Parlement européen de Strasbourg, le président sortant du Conseil de l’Union européenne, Jan Fischer, a fait le 15 juillet le bilan de six mois de présidence.
Marquée principalement par la crise économique mondiale, elle a aussi permis de mettre en exergue une nouvelle priorité de plus en plus acceptée par les représentants des 27 Etats : l’écologie.

Jan Fischer a d’abord affirmé que l’économie, l’énergie et l’environnement qui ont été les priorités de la République tchèque lors du premier semestre 2009, le sont toujours aujourd’hui et qu’il faudra pour les mettre en œuvre se « serrer les coudes ».

Il est revenu sur le début du mandat évoquant un « baptême difficile » concernant l’approvisionnement du gaz russe qui avait touché en premier lieu l’Ukraine, mais aussi, de manière collatérale, l’Europe toute entière. Pour Jan Fischer, l’Europe ne peut se contenter d’une « mesurette » en la matière car alors « tous les six mois, nous nous verrons obligés d’affronter le même problème ». Il faudrait envisager des « mesures définitives » pour diversifier les sources d’approvisionnement et un questionnement sur les énergies utilisées. Successivement, Jan Fischer, José Manuel Durao Barroso et les députés européens se sont exprimés sur la présidence tchèque de l’UE, bien souvent critiquée au courant du mandat. Voici les points positifs et les points négatifs qui ont émergé des différents discours.

Les décisions ayant reçu l’adhésion de l’hémicycle

Une position commune de l’Union européenne concernant le conflit de Gaza

L’entrée en matière de la République tchèque à la présidence de l’Union européenne fut difficile : le conflit de Gaza avait requis de sa part une attention particulière. Mais Jan Fischer s’est montré satisfait de la position commune adoptée par l’Union européenne à cet égard. Il affirme avec conviction « L’Union européenne doit savoir parler d’une seule voix. »

L’environnement

Il a abordé sans appréhension la question du Sommet de Copenhague en décembre 2009 qui aura pour but de trouver une convention internationale qui remplacerait les accords de Kyoto caducs en 2012. En effet, l’Europe a consacré beaucoup d’effort à la diminution de gaz à effet de serre et s’érige en modèle par rapport au reste du monde en la matière.

« Efficience et transparence »

La députée tchèque du Parti Populaire européen, Zuzana Roithová, a montré sa fierté pour la présidence tchèque de l’Union européenne qui a fait preuve « d’efficience et de transparence » - deux termes qui sont habituellement très peu utilisés pour décrire le fonctionnement institutionnel de l’Union européenne.

Du pacte de Varsovie à l’Union européenne

José Manuel Durao Barroso a félicité son collègue Jan Fischer et son prédécesseur Mirek Topolanek pour la présidence du premier semestre 2009. En effet, il a souligné que le fait que l’Union européenne ait été représentée pendant six mois par un Etat qui est un tout jeune membre, montre en quoi l’Europe a progressé. Un ancien Etat membre du Pacte de Varsovie à la tête d’une construction qui promeut la liberté et la solidarité est sans conteste un point positif concernant la Présidence tchèque de l’Union européenne, a-t-il ajouté.

Un bilan contrasté

Un plan de relance européen

La députée européenne des Verts, Rebecca Harms a une vision plus nuancée de la présidence tchèque de l’Union européenne : « il ne faudrait pas s’enorgueillir » à ce propos. Elle est notamment très dubitative quant au plan de relance européen qu’elle considère comme étant seulement un « alibi » pour une position européenne concertée.

Le conflit de Gaza

Le député autrichien, Andreas Mölzer (Non-Inscrits) se montre également très critique lorsqu’il évoque la politique étrangère de l’Union européenne lors du premier semestre 2009. D’après lui, si l’attribution de la Présidence de l’Union européenne à un pays comme la République tchèque était positif, le déroulement de cette présidence a été chaotique. Il critique la prise de décision « molle » quant à la crise et le conflit du Moyen-Orient qui a été « banalisé comme une action défensive ».

Une présidence eurosceptique

A un tout autre niveau, Fischer admet que la présidence tchèque a été teintée des bouleversements politiques internes à la République tchèque qui ont conduit à un changement de gouvernement. En conséquence, Mirek Topolanek lui a-t-il cédé sa place à la tête de la Présidence de l’Union européenne. Les députés européens présents dans l’hémicycle n’ont pas hésité à mentionner l’euroscepticisme du président de la République tchèque Vaclav Klaus, qui n’a toujours pas signé le traité de Lisbonne alors que ce texte a été validé par le Sénat tchèque. Fischer y voit tout de même le côté positif : « Dans le domaine institutionnel, on a su réussir là où on ne pensait pas réussir. »

La députée portugaise Edite Estrela, du Groupe Social Démocratie a félicité la présidence tchèque qui a « dignement pris la relève de la présidence précédente » tout en soulignant qu’elle n’a pas été exempte de problèmes ayant porté préjudice « à notre image à tous ». Elle évoque ainsi le fait que Vaclav Klaus n’ait pas encore signé le traité de Lisbonne et qu’il ait refusé de faire flotter le drapeau européen sur le château de Prague. Elle a conclu ainsi son intervention : « Une présidence eurosceptique n’est pas utile. »

Bernd Posselt, député allemand du Parti Populaire européen, a renchéri sur la critique à l’égard du président de la République tchèque Vaclav Klaus : « le seul problème (de cette présidence) est Klaus qui a consciemment et intentionnellement torpillé la présidence ».

Un autre point qui a détérioré l'image de la présidence tchèque : La crise politique de l'Union européenne suite au référendum irlandais qui avait eu lieu sous la présidence française et à laquelle il fallait trouver une solution. La date du nouveau référendum irlandais finalement fixée au 2 octobre 2009, Nigel Farage du Groupe Europe liberté démocraties, membre de l'eurosceptique UK Independance Party, a reproché à ceux qui soutiennent ce nouvel appel aux urnes qu'ils ignorent la « possibilité (aux) peuples de s’exprimer par référendum ». L’eurodéputé britannique a soutenu par conséquent le président tchèque eurosceptique Vaclav Klaus, qui avait prononcé au début de l’année « un magnifique discours » à Strasbourg « alors que les leaders européens, 200 personnes, sont sortis ».

Ce moment de discussion avant le passage de relais aura permis de souligner les points forts et les difficultés de la présidence tchèque de l’Union européenne. Un bilan dont la Présidence suédoise pourra s’inspirer pour mener à bien son mandat d'ici au 31 décembre prochain.

''Photo : flickr dans la galerie d'alexisorloff Coureurs de relai, 1956, par Gerhard Marcks''