J’ai testé pour vous: faire les vendanges en Champagne

Article publié le 7 octobre 2009
Article publié le 7 octobre 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Si vous n’avez pas peur d’enfiler des bottes en caoutchouc et sous le soleil ou par temps de pluie, ramasser les grappes de raisins en courbant l’échine… l’expérience des vendanges est pour vous. En tant qu’allemand, j’ai eu l’occasion de découvrir la culture française, le terroir et la langue.

Depuis cinq minutes, nous sommes assis serrés comme des sardines, cuisses contre cuisses, dans une petite camionnette rouge. Les fesses sur des bancs en bois dans la cale de cargaison, nous dérapons sur le voisin de devant lorsque le conducteur freine. Le soleil guette à l’horizon sur les collines de la Champagne ; c’est un matin froid. Mais nous avons chauds sous le manteau de pluie, tellement chaud, que nos mains fument. Je suis fatigué et ferme mes yeux lourds. Je l’avoue, je n’avais pas imaginé que faire les vendanges était si difficile. Après deux longues journées de travail, mon dos me fait mal et je me sens las. Mais pourtant tout se déroule comme prévu : mes vacances commencent tout juste.

A Troyes, à la sortie du train

Mon voyage en direction de Neuville-sur-Seine commence dans un appartement berlinois quand j’entends pour la première fois parler des vendanges. A Berlin, un hiver impitoyable s’installait et les vignes en Champagne étaient sûrement paralysées dans un vent glacial. C’est ma colocataire française, qui raconte, enjouée par la récolte de l’année précédente. Elle semble enthousiaste et veut absolument réitérer cette expérience. Elle dit aussi que le propriétaire du domaine viticole paye correctement. Les vendangeurs doivent obligatoirement s’occuper soit du logement soit de la nourriture. Le jour suivant, je formulais ma demande auprès du domaine viticole et tous mes amis apprenaient que j’irais en France l’été suivant, faire les vendanges.

« Couper les grappes de raisin d’une vigne... après tout, c’est le travail de la terre, comme déterrer des asperges ou cueillir des fraises »

Six mois plus tard, je reçois un e-mail qui m’informe du début de la récolte. Je prends immédiatement mon billet de train et commence à emprunter des vêtements pratiques à des amis : pantalon de pluie, botte en caoutchouc et casquette à visière. L’équipe des vendangeurs était attendue un mardi à la gare de Troyes. Dans le train, je commence à prêter attention aux visages que je croise… A quoi ressemblent des travailleurs ruraux ? Trois filles coiffées d’un chapeau de soleil espagnol attendent à l’entrée de la gare avec leur valise à roulettes, la plus mignonne me lance un curieux regard. En face, au coin, un type est assis sur son sac à dos, la tête appuyée sur une housse de guitare. Je devine qu’ils en sont. Lorsque le minibus s’approche, le guitariste, les trois belles filles et moi, nous montons. On nous emmène chez Hubert, le vigneron. Je me dis qu’en chacun de nous, se cache un vendangeur.

Cigarettes et bière fraîche

Couper les grappes de raisin d’une vigne et les balancer dans un seau, voilà, après tout, c’est le travail de la terre, comme déterrer des asperges ou cueillir des fraises. Il ne faut pas un gros cerveau pour faire cela, mais pourtant, quelle richesse ! Je trouve fascinant d’exécuter ce travail plein de traditions dans les vallées des légendaires régions viticoles de la Champagne aux côtés de Français joyeux qui chantonnent. J’apprends la langue, les mœurs et le savoir-faire. Car en tant qu’unique travailleur étranger de l’équipe, la confrontation avec la langue du pays est inévitable. Si je veux apprendre à différencier un cépage d’un autre, je dois absolument écouter avec attention la leçon sur la viticulture, afin de tout comprendre. 

Lorsqu’une personne se coupe aux doigts, celle-ci, paniquée, hurle en français pour avoir les pansements. Des jurons, j’en ai entendus… que ce soit à cause des maux de dos ou parce que le soleil d’été tardant à se coucher nous assoiffait. Le chèque que j’ai reçu à la fin était aussi typiquement français. Huit heures de travail quotidiens pendant dix jours m’ont valu un salaire d’environ 800 euros.

Vers la fin du séjour, mon corps me fait souffrir : quelle que soit la position, debout, assise ou allongée, mon dos est rigide. Finalement, ramasser les raisins semble le moins pire. Une ancienne chanson traditionnelle viticole résonne dans les champs et tout le monde joint sa voix à ce chant sentimental : « Dans notre vignoble terrible se lève ton cœur de chanson ! » En fin d’après-midi, les visages et les muscles dorsaux se relâchent. Il est temps de prendre une douche chaude, d’enlever le jean qui pue la moisissure. Les soirées sont sacrées : des discussions animées et des chansons, cigarettes roulées et bières fraîches…