J’ai décroché mon bac de la bière à Tampere en Finlande

Article publié le 26 novembre 2009
Article publié le 26 novembre 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Picoler pour son grade, étudier virtuellement et franchir le cercle polaire... Attiré par la réputation des universités en Finlande et curieux d’y croiser le Père Noël, un Allemand raconte son Erasmus à Tampere. Récit d’un semestre dans le grand Nord.

« L’argent que nous gagnons l’été, nous l’investissons l’hiver dans la bière qui nous sauvent pendant cinq mois du froid glacial », raconte Petri, un étudiant finlandais de la ville de Turku, située au Sud-ouest du pays. Ce que les étudiants Erasmus viennent chercher en Finlande en hiver, reste pour lui énigmatique. Sous la lumière de sa lampe qui l’éclaire en pleine journée, il rêve d’horizons plus cléments tels ceux de son catalogue de voyages.

Je vis depuis trois mois à Tampere. Cette ville compte quatre universités, 40 000 étudiants, ceci fait d’elle le bastion de l’éducation et de la culture en Finlande. Il est vrai qu’au premier coup d’œil jeté sur les conditions de vie en Finlande l’hiver, on est à deux doigts de boire une bière avec Petri et de sombrer dans la même léthargie. En hiver, les journées sont grises, le soleil n’apparaît que pendant six heures seulement. Dans la rue, malgré mes grands sourires, rares sont les Finlandais qui réagissent à mes tentatives de communiquer. Ce n’est que le soir, lorsqu’ils se réchauffent généreusement avec de la Lapin Kulta (la bière locale) ou bien avec un Fisu (un bonbon à la menthe noyé dans de la Vodka), qu’ils commencent à communiquer un peu plus.

Un système éducatif modèle

Chaque matin, au réveil, j’espère voir de la neige fraîchement tombée. Les premières neiges tombent début novembre. Et ensuite, elle va et vient de novembre à avril. Tampere n’est pas une grande ville. En un coup de vélo ou de bus, je suis à la fac où m’attendent les meilleures salles de cours et des professeurs venus du monde entier. Ils donnent leurs cours dans un anglais impeccable. Dans un de mes cours, sont également présents des étudiants de Jyväskylä (Finlande) et de Tallinn (Estonie) de façon virtuelle. Ils suivent le cours par vidéoprojecteur, ils posent des questions et on en voit certains s’endormir et se réveiller devant nos yeux, sur la vidéo projetée au mur.

S’il n’existe pas un cours correspondant à un sujet qui m’intéresse, je peux quand même le valider en autodidacte en me documentant dans des livres. Chris, mon colocataire, m’a fait cette remarque très pertinente : « Ici, je peux finir mes études sans jamais avoir foulé le sol d’une salle de cours. » De plus, si l’éventail de propositions de mon université ne me suffit pas, j’ai accès au programme SITR qui met à ma disposition 250 cours que proposent d’autres universités.

Il y a également d’autres petites choses qui rendent les études agréables, ici, à Tampere. Les professeurs répondent quasiment le même jour aux emails des étudiants et beaucoup d’entre eux sont joignables sur leur téléphone portable. A l’entrée du restaurant universitaire, il n’y a pas d’étoile Michelin et pourtant les menus sont copieux. Incomparable avec aucune université allemande. Pour seulement 2,55 euros, on obtient une salade en entrée, un plat principal, du pain et de l’eau. Et les finlandais boivent toujours un verre de lait. Je m’y suis également mis.

Sauna et peaux nus

Pour occuper mon temps libre, ce n’est pas le choix qui manque. En tant qu’étudiant Erasmus, il y a toujours une occasion de faire la fête. Dans les résidences estudiantines de la ville, il y a tous les jours de l’action. Les clubs et les bars s’organisent selon leur clientèle et les étudiants sont de fervents clients. Les patrons des clubs et bars ont bien compris qu’il est plus rentable pour eux de baisser les prix, car cela augmente le nombre de consommateurs et… de consommations. En effet, les étudiants venus de l’étranger ainsi que les autochtones n’hésitent pas à lever le coude conjointement. Ils dansent d’abord dans les bars et continuent de danser sur le trottoir, en route vers leur lit. L’alcool est cher et seulement vendu dans les boutiques de ventes d’alcool contrôlées par l’état. La taxe sur l’alcool augmente l’hiver mais cela n’empêche pas pour autant les étudiants finlandais de pratiquer leur hobby et ces derniers laissent souvent une bouteille de vin cuver chez eux pour leur consommation personnelle.

©Martin Spalek

Outre les fêtes quotidiennes, les organisations estudiantines ont un grand nombre de traditions. Les étudiants collectionnent avec zèle des écussons reçus comme récompense pour des actions particulières (présence à une fête, accomplissement d’une tâche précise) et les cousent sur un sweat-shirt. Ainsi, les étudiants peuvent prouver leur résistance à l’alcool et qu’ils sont des fêtards chevronnés. Chez Appro par exemple, si l’on parvient à boire neuf bières en quatre heures, on obtient le bac de la bière. Des tuteurs formés en conséquence, se chargent de tenir les étudiants Erasmus au goût du jour. Souvent, mon tuteur m’emmène faire la fête au sauna, mes compagnons de fête sont tout nus ou bien il m’invite à une soirée cinéma pour me faire découvrir un des grands classiques du cinéma finlandais.

L’Europe du Nord à portée de main

La Finlande est riche en curiosités. Que ce soit au cœur d’un automne haut en couleur ou bien au cours d’un hiver froid, aucun étudiant Erasmus ne résistera à l’appel du grand Nord. Il se mettra vite sur la route pour franchir le cercle polaire, soit en cavalier solitaire à la chasse au renne, en tant que membre d’un groupe organisé, sur les genoux du Père Noël à Rovaniemi ou bien en motoneige sillonnant les forêts toute blanches. Personne ne retourne de Finlande sans vanter les mérites d’un feu de camp et d’un vin chaud dégusté au cœur de l’hiver glacial dans la forêt.

Beaucoup d’étudiants Erasmus en Finlande, n’hésitent pas à visiter les environs. Des groupes d’étudiants profitent de vols à un euro pour visiter la ville de Riga. Des photos d’Espagnols, de Coréens et d’Américains, vodka russe en main dans une limousine de fabrication allemande à Saint-Pétersbourg, circulent à l’université. Tampere et ses alentours proposent un grand éventail de distractions. Il y a presque toujours des festivals de cinéma. De nombreux musées, de nombreuses forêts et des lacs invitent les étudiants Erasmus à faire des activités diurnes.

Entre deux cours, j’aime bien enfiler des habits de sport chauds pour faire un jogging dans la forêt derrière mon université et puis je vais me relaxer dans le sauna de l’université ouvert toute la journée. Ce qui sert l’été de parcours pour faire du jogging ou de lac pour se baigner est recyclé l’hiver en piste de ski de fond et en patinoire. Mon ami Petri a beau maugréer sur l’hiver finlandais, je profite de chaque seconde des courtes journées de novembre que je passe à Tampere.