J-3: Le sommet de l'OTAN vu par la presse "du monde arabe" et "russophone"

Article publié le 31 mars 2009
Article publié le 31 mars 2009
Sommet OTAN Strasbourg-Kehl-Baden Baden A J-3, la tension monte inéluctablement à Strasbourg. Alors que le village des anti-OTAN prend forme à la Ganzau, on apprend que la Garde nationale enverra un contingent de cavaliers et de chevaux pour renforcer le dispositif de sécurité.
Deux hélicoptères américains survolent Strasbourg pendant que la rhétorique du ministère de l'Intérieur devient "hyperstigmatisant" pour désigner le contre-sommet (casseurs, débordements, menaces...).

Laissons aujourd'hui la parole à la presse russophone et celle du "monde arabe" avant de retrouver demain des nouvelles de nos voisins frontaliers. Voici des revues de presse élaborées par Hamid Derrouich, Corinne P. et Yulia Kochneva.

Presse du monde arabe

Par Hamid Derrouich

La tenue du sommet de l’Otan les 3 et 4 avril 2009 à Strasbourg trouve certes quelque écho dans la presse arabe, bien qu’il soit évident que cette dernière ne reprend pas dans ses colonnes l’intégralité des questions soulevées dans l’hexagone tant par la classe politique, les spécialistes des questions de Défense, que par les acteurs associatifs. Deux thématiques peuvent ainsi résumer l’intérêt de la "presse arabe" pour les travaux du sommet de l’Otan: le retour de la France dans le Commandement intégré et la question de l'Afghanistan.

Le retour de la France dans le Commandement intégré

Le quotidien Al Qods Al Arabi (Londres) dans son édition du 30 mars y voit l’ancrage de ce qu’il qualifie « de politique néo-conservatrice de l’Elysée ». « La droite républicaine dirigée par Sarkozy, lit-on, rompt avec l’héritage gaulliste et s’aligne sur les positions des néo-conservateurs américains. » Pour le quotidien libanais Al Mostaqbal (N° 3246), le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan vise, outre les intérêts immédiats de la France, à conforter les positions européennes au sein de l’Alliance : « Dans un communiqué commun avec la Chancelière Allemande Angela Merkel, le Président français appelle à la réorientation des objectifs de l’Alliance et à un rôle plus confirmé de l’Europe en son sein ». Le quotidien Al Arab (Londres), quant à lui, revient, dans sa version Internet du 30/03/09, sur les différentes positions de la classe politique française au sujet du retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan. Dans ce sillage, le quotidien marocain Aujourd’hui le Maroc (19/03/09) fait suite aux déclarations de Laurent Fabius : « Et encore une fois, c’est Laurent Fabius qui a su monter le réquisitoire le plus complet pour démontrer les logiques de ce choix politique et militaire. Laurent Fabius dit dans le texte que ce retour qualifié «d’erreur», priverait la France de nombreux atouts politiques et diplomatiques : «La France est solidaire avec ses alliés mais a une position singulière ; elle fait le pont entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. C’est pour cela que nous pouvons parler aux pays arabes et à tous les pays du monde».

La situation en Afghanistan

C’est le sujet, par excellence, qui occupe le plus de place dans les colonnes des rédactions arabes. En réalité, c’est une thématique qui révèle à la fois les questions que soulèvent les journalistes arabophones en tant que professionnels et leurs interrogations en tant que “citoyens’’ d’une aire géographique et socioculturelle méfiante à l’égard des Etats-Unis et de leurs instruments militaires.

Pour le Middle-east Online du 31 mars 09, le 60ème anniversaire a un avant-goût amer. En dehors du symbolique retour de la France dans le commandement militaire de l’Alliance, c’est surtout l’ombre d’un Afghanistan meurtri et en chaos qui plane sur l’agenda du sommet : « Depuis 2003, l’Alliance dirige en Afghanistan la plus grande opération de son histoire. La rébellion, qui se sert du Pakistan comme base arrière, est déterminée plus que jamais à mettre à l’épreuve, non seulement les capacités militaires des Alliés, mais surtout la crédibilité même de l’Otan ». Et c’est sûrement ce risque d’une Otan décrédibilisée qui explique les pressions américaines sur leurs alliés européens et les déclarations alarmantes de quelques hauts responsables du Pentagone, continue le Magazine. « La stratégie d’Obama consiste à augmenter le nombre de soldats de l’Otan dans ce pays afin de pouvoir y sortir un jour. Sans quoi, le rapprochement accéléré entre les Talibans et les groupuscules d’Al Qaïda et l’affaiblissement du Pakistan augurent des lendemains plus qu’incertains, dangereux. »

Le “très officiel’’ quotidien tunisien Al Ddusotur, dans son édition du 31 mars 09, évoque, en rapportant les propos du secrétaire général de l’Alliance Jaap de Hoop Scheffer « la nécessité de “dés-américaniser’’ la guerre en Afghanistan…Ce n’est pas la guerre d’Obama, c’est la guerre de toute l’Alliance ! ». Pour le quotidien marocain Aujourd’hui le Maroc (25-03-2009), la nouvelle stratégie d’Obama en Afghanistan s’inscrit dans une « logique de retrait » et non de déploiement.

Presse russophone

Par Corinne P. et Yulia Kochneva

Pour la presse russe, l'entrée de la France dans les structures militaires de l'OTAN répond aux intérêts de la Russie. "La France est notre partenaire prioritaire en Europe, et le fait que désormais Paris pèsera beaucoup dans la prise de décisions au sein de l'OTAN, joue en faveur de Moscou", a déclaré Tatiana Parhalina, directrice du Centre de la Sécurité Européenne au journal russe « Kommersant ». De l'avis de l'expert, le fait que le président français Nicolas Sarkozy ait été parmi les premiers a soutenir l'idée du président russe Dmitri Medvedev de créer une nouvelle structure de sécurité européenne indique que l’adhésion de la France aux structures militaires de l'alliance contribuera à l'intensification de la coopération entre la Russie et l'OTAN. Par ailleurs, la plupart des commentateurs russes sont certains que la France, tout comme l’Allemagne, tiennent à maintenir de bonnes relations économiques avec la Russie, et dans cette optique, de faire en sorte de retarder l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan. Ce changement serait "conforme aux intérêts de Moscou, qui espère renforcer sa position dans l’Alliance et empêcher l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie". "Dmitri Rogosin, représentant de la russie au sein de l'OTAN, estime quant à lui que la position prise par l'OTAN lors du conflit avec la Géorgie est inaceptable", rappelle l'agence de presse russe Itar-tass. "La Russie attend donc de voir la déclaration finale du sommet et réagira à ce document".

Au delà de la question "française" de l'OTAN, la presse russophone s'interroge à l'unisson sur l'avenir de l'OTAN et sur le but ultime recherché par les décideurs de l'organisation internationale. L'agence prim-tass pose la question: "l'otan va t-elle devenir le gendarme du monde ou rester une alliance de sécurité?". La même agence rapporte que Dmitri Rogozin aurait déclaré "que les Etats unis souhaitent transformer l'OTAN en une sorte de "ligue des démocraties" et de conclure: "le sommet de Strasbourg va décider si l'OTAN jètera un défit à l'ONU et à tout le système du droit international ou bien si elle se 'calmera" pour finalement comprendre qu'elle n'est pas élastique".

Le journal d'affaires biêlorusse BDG n'épargne pas non plus le fonctionnement interne de l'OTAN et se moque du fait que chaque élection et chaque nomination à un poste important ne peut pas/plus se faire sans scandale: "dans le monde actuel chaque élection/nomination est perçue comme anormale, contraire aux principes de la démocratie et de la glasnost si elle ne s'accompagne pas de scandales."

(Photo: flickr/ctruongngoc)