Italie : une économie faible dans la zone euro

Article publié le 28 février 2006
Article publié le 28 février 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Entretien avec le Docteur Marco Incerti, chercheur et directeur de la communication du Centre for European Policy Studies (CEPS) de Bruxelles.

Marco Incerti est un jeune expert en matière de réformes institutionnelles et connaît bien les problématiques liées à la péninsule italienne. Il collabore régulièrement avec le Centre d’étude des politiques européennes (CEPS), un think tank qui, depuis 1983 s’intéresse à la politique et à l’économie des 25.

Si l’on adopte une perspective européenne, quels sont les problèmes que connaît l’économie italienne ?

Ces problèmes sont de diverses natures et concernent la structure industrielle, l’évolution démographique, la rigidité du marché du travail, les entorses au principe de libre concurrence dans certains secteurs clés -je pense notamment au récent scandale Bankitalia- et l’attitude antagoniste des syndicats et des représentants du gouvernement. L’Italie souffre d’un affaiblissement de la compétitivité de son industrie, une baisse due principalement à sa composition : les petites et moyennes entreprises restent majoritaires dans des domaines soumis à une impitoyable concurrence. Un exemple ? Le secteur textile italien est directement confronté à la concurrence du marché chinois. Ce dont l’Italie a vraiment besoin, comme l’ensemble de l’économie européenne d’ailleurs, est l’investissement de fonds considérables dans la recherche et le développement (R&D), unique moyen de relancer la compétitivité du pays. Malheureusement, ces ressources financières attribuées à l’innovation ne permettra des résultats que sur le long terme et il est clair que les prochaines années ne seront pas faciles pour l’Italie. Concernant la croissance démographique, le problème est autrement plus grave, surtout vu son incidence sur le PIB. Avec une population qui vieillit de plus en plus (le pourcentage de la population âgée de plus de 60 ans est actuellement de 24,5%) et un taux de natalité en constante diminution (9,6 pour 1000 habitants), le système de retraite actuel va très vite se révéler inefficace. Des réformes sont nécessaires.

Quel a été l’impact du gouvernement de Silvio Berlusconi ?

Il n’a pas résolu les problèmes. Son gouvernement n’a pas respecté ses engagements électoraux et n’a pas poursuivi les réformes structurelles qui auraient été utiles pour relancer l’économie italienne. À titre d’illustration, sur le plan démographique, le gouvernement Berlusconi a repoussé à l’horizon 2008 la mise en place d’une réforme du système de retraite, principalement pour éviter de subir les conséquences politiques peu agréables d’une telle mesure. Dans le domaine européen, le gouvernement de centre droit n’a cessé de discréditer les réformes de l’Union européenne, transformant Bruxelles en bouc émissaire du malaise économique italien. Le résultat de cette attitude ? Les manifestations bruyantes contre la ligne de TGV Lyon-Turin qui a vu la radicalisation et la fermeture au dialogue de vastes franges de la population à l’égard d’un grand projet structurel européen.

Mais Prodi pourrait-il mieux faire que son prédécesseur?

Sur un plan économique oui, mais partiellement. Prodi pourrait apporter une culture de gouvernance différente et quelques uns de ses collaborateurs ont des idées intéressantes sur les remèdes nécessaires à l’Italie. Toutefois, il faut voir si le centre gauche peut aller au-delà de ses divisions internes afin de promulguer des réformes vitales certes, mais perçues comme excessivement dures, y compris par les partis qui les soutiennent. Un des principaux avantages de l’opposition serait la conciliation entre syndicats et représentants du gouvernement qui, dans un monde de gauche, seraient probablement plus enclin à une entente constructive. Pour résumer, Prodi a les cartes en mains pour mieux faire passer auprès des socialistes « les larmes et le sang » à verser en contrepartie de la relance économique.

A-t-il été bon de permettre l’entrée de l’Italie dans la zone euro ?

Absolument ! Il est vrai que l’Italie n’a jamais été vue comme la première de la classe des Etats fondateurs de la monnaie unique. Beaucoup pensent encore que les critères du Pacte de stabilité furent surtout fixés de manière à exclure les économies comme celle de l’Italie. Je me réfère notamment à l’ampleur de la dette publique qui en novembre 2005, s’élevait à 1 537 219 milliards d’euro. Toutefois, l’Italie a apporté à l’euro une grande part de marché et a contribué à en stabiliser la valeur et la crédibilité. D’autre part, l’euro a beaucoup aidé l’Italie qui a dû passer par une série de réformes dramatiques dans les années 90 afin de rendre cette dette publique un peu plus supportable. L’un des vrais problèmes de l’euro est que l’Italie s’est trompée dans son engagement en adoptant une attitude trop molle vis-à-vis du dépassement des critères financiers imposés par Maastricht par la France et de l’Allemagne en novembre 2003. L’objectif était clair : obtenir en échange la même indulgence dont elle a besoin aujourd’hui.