Italie : un référendum camouflet

Article publié le 27 juin 2006
Article publié le 27 juin 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les Italiens se sont rendus aux urnes pour la troisième fois en quelques mois : 61,3% d'entre eux ont rejeté la réforme constitutionnelle accroissant le pouvoir des régions. Quel renouveau démocratique pour un pays asphyxié par l'ère Berlusconi ?

Les 25 et 26 juin, les Italiens se sont prononcés contre la révision de la Constitution léguée par Silvio Berlusconi en novembre dernier et censée accroître les prérogatives des régions. Nul besoin de mentionner que le principe du référendum suscite généralement un large débat public sur la nature de la démocratie dans les pays où il est pratiqué. Or en Italie, l’argument principal de Romano Prodi, chef de la coalition de gauche vainqueur lors des élections présidentielles d’avril dernier, se résumait à affirmer que le gouvernement Berlusconi avait miné la démocratie dans le pays. Pourquoi alors Prodi a-til complètement échoué à entraîner les Italiens dans une discussion sur un texte censé incarner le cœur de cette recherche d’identité  politique ?

Fermer nos oreilles

Deux thèses sont avancées pour justifier de cette incurie : l’une privilégie la saturation touchant les 50 millions de citoyens de la Péninsule, soumis à deux échéances électorale, l’une nationale l’autre locale, en moins de deux mois. L’autre tend à justifier l'absence de discussions par le fait que la réforme modifie 50 articles trop pointus pour inciter au débat. Possible certes, mais cela n’explique pas tout. Les thèmes abordés lors du débat constitutionnel étaient pourtant si importants qu’ils auraient dus faire l'objet d’une campagne pédagogique. Alors que le centre-gauche a largement soutenu l’idée du 'Non au changement de la Constitution', arguant que cette réforme « divisait le pays en deux, entre riches et pauvres, empêche nos institutions de fonctionner et éliminait le rôle du président ». Toutefois la coalition de gauche a été incapable de formuler une alternative positive à la proposition de réforme. Résultat : son attitude a été jugée indécise et a profité à la Ligue du Nord.

Le parti séparatiste italien a ainsi monopolisé l’attention des Italiens sur ses propres suggestions. Umberto Bossi, dirigeant de la formation populiste, n’a cessé de clamer que si la réforme constitutionnelle –accordant de larges prérogatives aux régions dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la police, premier pas vers le fédéralisme voulu par la Ligue du Nord- ne passait pas, il devraient alors recourir à des moyens « moins démocratiques » pour mettre en place son objectif d’autonomie du Nord à l’égard du Sud.

L’attrait de la nouveauté

Il a même été question de créer un Parti démocratique afin d’unifier au moins quelques unes des 9 formations libres –des centristes catholiques aux communistes non réformés- comprises dans la coalition de l’Unione. Mais des modifications idéologiques devront intervenir si le nouveau gouvernement souhaite lutter efficacement contre la crise actuelle de l’économie. Plus fondamentalement, l’émergence d’un nouveau parti, loin du berlusconisme, impliquera de trouver un discours qui rassemble les 50% d’Italiens qui ont voté pour la droite lors des précédentes élections.

La nouvelle formation devra être capable d’imposer un nouveau modèle d’engagement politique en face duquel les sorties de Berlusconi devront avoir l’air déplacées –comme traiter les électeurs de la gauche de « couillons » ou les opposants à son projet de réforme d’ « incapables »-. Avec ses identités régionales fortes, l’Italie a une structure qui ressemble étrangement à celle de l’UE. Le centre-gauche italien est aussi le parti le plus favorable au projet communautaire. Deux motifs pour lesquels toute tentative de redynamiser le pays est de la plus haute importance.