Italie (et ailleurs) : l’exercice de Letta

Article publié le 25 avril 2013
Article publié le 25 avril 2013
Enrico Letta est né en 1966, il est le vice-secrétaire du Parti Démocrate, marié, père de trois enfants, supporter de Milan AC... mais surtout président du Conseil depuis 24h. Rapide portrait de l’illustre semi-inconnu dressé par les agences de presse internationales. Ou par les premières lignes de Wikipedia, c’est selon.

« Le plus jeune premier ministre d’Europe », c’est ainsi que les médias internationaux le saluent avec - il faut le dire - un élan d’espoir beaucoup plus franc que notre presse nationale. Les journaux européens voient en Enrico Letta un Premier ministre au tempérament calme, discret, surtout par rapport à ses prédécesseurs, beaucoup plus bavards. Mais c’est aussi un homme politique qui porte derrière lui le lourd héritage du Parti Démocrate dont il est le vice-secrétaire. Enrico Letta détient aussi un lien de parenté avec Gianni Letta, fidèle bras-droit de Silvio Berlusconi, qui pourrait éventuellement devenir le sous-secrétaire à la présidence.

« Technocrate falot »

Malgré les réserves, Twitter acclame toutefois le « giovanotto » (le petit jeune) nommé par Napolitano pour sauver le destin de l’Italie. Handelsblatt, une revue économiste allemande ne manque pas de pointer son manque de charisme mais cautionne les propos du quotidien autrichienDer Standard quand celui-ci souligne que Letta fait montre d’une grande connaissance des subtilités de la gauche italienne. Une qualité indispensable pour faire face au Parlement

Europhile et pondéré, Letta est un « homme prudent » selon Le Figaro. Corroborant le sentiment de la plupart des journaux français (joie de la dépêche d’agence), Le Mondedécrit un individu effacé mais ambitieux. Quant à l’Huffington Post, le site rappelle les priorités de l’heureux élu : le chômage, l’urgente nécessité d’une nouvelle loi électorale. Bref, dans l’ensemble, les médias de l’Hexagone lui confère une certaine dignité contrairement aux twittos qui martèlent volontiers le fait que Letta est un « technocrate falot ». Le quotidien luxembourgeois L’Essentieldéclare peut-être un peu vite que Letta « s’inspire de Walesa et de Mandela » et serait un catholique modéré, conservateur, prudent lorsqu’il prend position sur des sujets controversés tel que l’avortement.

#Letta Be

D’impitoyables tweets provenant d’Espagne posent la question de savoir combien de temps tiendra le gouvernement et si l’Italie parviendra à résister ne serait-ce que trois mois avant de procéder à de nouvelles élections. Tandis que le hashtag #LettaBe devient tendance, Enrico Letta envisage d’accepter l’aide de Monti en vue de former le fameux nouveau gouvernement. Ce qui semble confirmer les prophéties polonaises : si la Gazeta Wyborczareconnaît que l’image est différente par rapport au cabinet d’experts de Monti, elle n’y voit aucun changement de cap.

Et en Italie ? L’arrivée du nouveau président du conseil au Parlement, seul au volant de sa Fiat Ulisse, et sa volonté de former un « gouvernement au service du pays » semblent avoir apaisé les doutes de nombreux italiens. Même si sur Twitter quelqu’un a retrouvé une phrase de 2005 dans laquelle Letta confiait être un fan de Berlusconi. Emmerdant. Quoi qu’il en soit, le vice-secrétaire du PD a pris ses fonctions. Dernier communiqué reçu ? « Le gouvernement ne naîtra pas à tout prix. » On commence à se demander s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle.

Photo : page facebook officielle de Enrico Letta; Vidéo © antefattoblog/YouTube