Israël post Sharon

Article publié le 9 janvier 2006
Article publié le 9 janvier 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La brusque sortie de scène politique du « lion » Ariel Sharon ouvre une nouvelle ère remplie d’interrogations en Israël. Premier round : le 28 mars prochain, date des élections législatives dans le pays.

L’ingrédient indispensable à tous les chapitres de l’Histoire d’Israël est sans aucun doute le sel de l’imprévu. Le grand-père, « Arik », comme on appelait affectueusement Ariel Sharon – toujours plongé dans un coma artificiel après une attaque cérébrale - a eu la même fin politique que ses prédécesseurs. Le poste de Premier ministre en Israël semble invariablement synonyme de malédiction : Itzhak Rabin finit assassiné, Levi Eskhol, malade. Les autres, perdant aux élections ou écartés de leurs propres partis politiques. La sortie de scène de Sharon, imprévisible, s’est produite à un moment crucial pour le parti centriste Kadima (en hébreu « en avant ») qu’il avait lui-même créé. Le défi ? Prouver à quelques semaines des élections, que malgré le poids politique de son fondateur, Kadima n’est pas le parti d’une personnalité, mais un projet crédible, stable et disposant d’un appui suffisant pour non seulement, être majoritaire à la Knesset mais aussi pour appliquer la Feuille de route pour la Paix au Proche-Orient avec une autorité et une diligence identiques au travail accompli par Sharon.

Israël devant la communauté internationale

La communauté internationale attend impatiemment le successeur d’« Arik ». Ariel Sharon, traditionnellement liée à l’extrême droite et qui avait accusé à de nombreuses reprises l’Union européenne d’« antisémitisme », avait expérimenté ces dernières années un virage idéologique : en plus d’accepter un certain nombre de concessions à l’égard de la communauté arabe, il mit en route l’un des projets les plus importants du long et tortueux processus de paix avec la Palestine : le retrait israélien de Gaza. En août dernier, diverses colonies juives situées dans la bande de Gaza – en permanence sous les feux de l’actualité car soumise à un chaos incontrôlable – furent démantelées et les territoires occupés, restitués à l’Autorité palestinienne. Une décision qui valut à Sharon son exclusion du Likoud, un parti qu’il avait lui-même fondé après avoir abandonné l’armée en 1973. Mais lui accorda la reconnaissance de la communauté internationale. Lors d’une allocution à l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre dernier, le Premier ministre israélien avait reconnu pour la première fois le droit des Palestiniens à disposer d’une administration territoriale propre.

La victoire de Benyamin Netanyahu, chef du Likoud, ou celle du leader du Parti travailliste, Amir Peretz, aux élections du 28 mars, pourraient toutefois paralyser ces tentatives fructueuses de faire aboutir le processus de paix. De nombreux spécialistes de la région et la presse locale s’accordent à dire que seul l’ancien Premier ministre, Shimon Pérès, pourrait incarner l’une des clés du dénouement. Peres, recrutéin extremis par Sharon pour Kadima et jusqu’à présent insensible aux sirènes des travaillistes, serait, d’après les sondages, la personnalité politique susceptible d’apporter au parti de Sharon le plus grand nombre de voix à la Knesset : 42. Selon les mêmes chiffres, le vice Premier ministre Ehud Olmert, successeur naturel d’« Arik », obtiendrait lui 40 voix. A plus de deux mois de l’échéance des législatives, il serait risqué de prédire une rentabilité électorale pour Kadima, porté par une vague de sympathie provoquée par la fin politique d’Ariel Sharon.

Diplomatie oblige

Quel que soit le nouveau Premier ministre, il a devant lui non seulement le défi de Gaza et de la Cisjordanie mais aussi la perspective d’une aggravation de la crise avec la Syrie. Sans compter la menace nucléaire iranienne. Le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, n’a cessé d'exprimer publiquement son « souhait » qu’Israël soit « rayé » de la carte. L’appui de la communauté internationale sera décisif pour la sécurité de ce nouvel Israël, dépossédée du « lion » Sharon. La diplomatie sera la canne sur laquelle devra s’appuyer le prochain Premier ministre.