Israël, Palestine et Europe - Plaidoyer pour une politique moyen-orientale européenne

Article publié le 19 février 2002
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Article publié le 19 février 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'Union européenne doit s'engager corps et âme dans la résolution du conflit.

Il se passe des choses graves au Moyen-Orient et l'Europe doit avoir son mot à dire.

Arafat bloqué à Ramallah, assigné à résidence dans ses bureaux de Cisjordanie, cerné par des chars israéliens. Arafat interdit de se rendre à la messe de minuit de Bethléem (rituel symbole s'il en est de son ouverture à la réconciliation des religions). Le gouvernement israélien qui déclare qu'Arafat n'est plus un partenaire pour les négociations à venir, considérant " Arafat directement responsable de la vague d'attentats et que par conséquent il est hors jeu politiquement et Israël n'aura plus de contact avec lui ". Sharon qui mène une vaste entreprise de démolition d'Arafat, de tous les accords de paix conclus précédemment entre l'Autorité palestinienne, le monde arabe et Israël. Sharon qui ne veut pas entendre parler de l'éventualité d'un État palestinien, qu'il considère comme une atteinte à la sécurité souveraine d'Israël. Sharon qui reprend les politiques de vassalisation coloniale et d'apartheid dans les Territoires occupés. Bush qui soutient globalement cette démarche, en tout cas ne la condamne pas. Les politiques du pire.

Et pourtant on avait enfin pu espérer la paix. 11 septembre 2001 : les États-Unis recherchent des alliés arabes partout, ils partent en guerre contre le terrorisme islamiste, sans amalgame, veulent diriger une croisade de la communauté internationale contre le terrorisme, avec le monde arabe pour allié contre le fondamentalisme musulman. Contre-choc : Arafat est clairement dans la ligue contre Ben Laden aux côtés des États-Unis, la paix est possible en Palestine. Mais aujourd'hui les Américains estiment avoir vaincu et reviennent à leurs vieux réflexes : America first, soutien d'Israël réaffirmé contre le monde arabe, crainte de ce monde arabe inconnu.

Ce retour en arrière est bien négatif, ne serait-ce parce qu'il porte sur des postulats faux. Tout d'abord, les Américains n'ont pas vaincu, ils ont juste aidé à renverser un régime taliban sclérosé, et ils n'ont pas débusqué la racine officielle de leur mal, Ben Laden restant introuvable. Ensuite ils semblent avoir perdu de vue la persistance du monde extérieur et notamment du monde arabe, et les effets désastreux que leur refus de s'engager dans la résolution de conflits externes peut avoir sur leur propre sol. Enfin ils semblent avoir perdu la visibilité des régimes et des aspirations démocratiques et pacifiques existant au sein du monde arabe.

Le refus du silence : l'engagement politique de l'Union Européenne

Mais ce ne doit pas être notre propos. Le pire dans l'évolution catastrophique des choses depuis quelques semaines, c'est la démission de la communauté internationale en général : " La communauté internationale est incapable d'assumer sa responsabilité face aux Israéliens et les laisse agir en toute impunité. Face à la violation de toutes les règles du droit international, les États-Unis, l'Union européenne et la Russie, toute la communauté internationale reste muette. " (Leila Shahid, représentante de l'Autorité palestinienne en France)

L'Union européenne doit s'engager corps et âme dans la résolution du conflit israélo-palestinien. Elle doit prétendre à pouvoir être un arbitre entre les deux parties, à assurer une médiation pacifique aboutissant à un accord résolvant définitivement les problèmes. Et si elle n'est pas reconnue comme telle par Israël (qui l'accuse d'avance d'être pro-arabe et se permet de mépriser toute initiative politique de sa part), elle doit au moins s'efforcer de donner son opinion systématiquement et exprimer sa voix. Et même si elle ne doit pas être entendue, elle doit systématiquement condamner haut et fort la violence et la dégradation du conflit, sur la base de tous les accords déjà signés entre les deux parties, et au moins sur celle des conclusions minimalistes de la commission Mitchell pour la fin des combats.

L'Union doit abandonner sa réticence politique et son complexe d'infériorité diplomatique, elle a déjà des résolutions de conflits à son actif, et des résolutions réussies. Elle doit se délester de son sentiment de culpabilité à l'égard du peuple juif : les persécutions entre peuples sont universelles. Aujourd'hui ce sont les Palestiniens qui sont les victimes, les Israéliens ne sont victimes que d'une folie sécuritaire, et les Palestiniens ne sont pas responsables des souffrances qu'ont connu les Juifs en Europe il y a maintenant bientôt soixante ans.

L'âme politique de l'Europe ?

L'Union doit s'engager sur des bases simples : la condamnation sans appel de la violence et de la terreur, le respect des droits de l'homme, de l'émanation démocratique souveraine des peuples, du droit inaliénable des peuples à l'indépendance s'il le faut. Elle doit avoir le courage de ses idées, qui sont des idées universelles. Mais elle doit aussi répondre aux aspirations des deux parties à un partenariat avec elle : Israël comme la Palestine a besoin du soutien et de l'aide de l'Europe, c'est un atout déterminant, l'aide économique par exemple peut être un fabuleux moteur de progrès économique, humain et politique. L'Europe doit avoir pour obsession l'exhortation des deux parties au dialogue. Abandonner l'excès de neutralité qui tue la possibilité d'un arbitrage, l'excès de lâcheté internationale qui aboutit aux jeux de dupes qui ont lieu à l'ONU (de nobles résolutions votées par tous sauf par les États-Unis et Israël, qui ne peuvent donc rester que lettres mortes).

Aujourd'hui deux peuples ne se rencontrent plus en Palestine, n'ayant comme unique rapport que deux terreurs aveugles qui s'alimentent l'une l'autre. Les États-Unis ne semblent plus être intéressés par la résolution de la question, de cette zone des lamentations diplomatiques ; ils se sont par là-même fourvoyés.

L'Union doit s'engager dans cette politique extérieure, aucun autre État ne le fera pour elle avec un tel poids potentiel. Elle doit avoir ce courage. Qui sait, peut-être y trouvera-t-elle même l'âme politique qu'elle cherche tant, au moment où elle affiche son âme monétaire...