Isabelle Durant : « Il faut éclater cette bulle européenne »

Article publié le 31 janvier 2012
Article publié le 31 janvier 2012
Par Maxime Samain Vice-présidente du Parlement européen, verte de cœur et conseillère communale à Schaerbeek, Isabelle Durant nous parle de ce qui l’agace au niveau européen, ses envies pour le projet européen et nous livre sa vision du monde feutré et parfois austère que constitue la sphère européenne. Bruxelles.
Elle en a d’ailleurs assez qu’on lui dise qu’elle est « partie à l’Europe » alors qu’elle vient travailler en vélo, habite toujours Schaerbeek sa commune de cœur et voit presque le parlement belge par sa fenêtre. Elle explique ce phénomène particulier : «d’une part, il ya une moins grande présence médiatique due au fait que l’on parle moins de l’Europe dans les médias, donc forcément de ses députés. D’autre part l’Europe est souvent vue comme une punition infligée à l’élu, qu’on envoie en quarantaine.»

De petites lunettes vissées sur le nez, Isabelle Durant m’accueille dans son bureau du Parlement qui domine une partie de Bruxelles. Parce que oui, Isabelle Durant est à Bruxelles. Elle en a d’ailleurs assez qu’on lui dise qu’elle est « partie à l’Europe » alors qu’elle vient travailler en vélo, habite toujours Schaerbeek sa commune de cœur et voit presque le parlement belge par sa fenêtre. Elle explique ce phénomène particulier : « d’une part, il y a une moins grande présence médiatique due au fait que l’on parle moins de l’Europe dans les médias, donc forcément de ses députés. D’autre part l’Europe est souvent vue comme une punition infligée à l’élu, qu’on envoie en quarantaine. »

Si elle est vice-présidente du Parlement européen, elle aime à rappeler qu’elle est avant tout verte. N’en déplaise à certains car elle essaye de mettre en place des initiatives qui peuvent paraître insignifiantes pour le commun des mortels, mais qui, dans la sphère européenne, provoquent quelques remous. Par exemple, elle tente de supprimer cette image du député qui voyage en berline avec chauffeur en instaurant un système de minibus entre l’aéroport et le parlement dans un souci environnemental.

« Gardez les pieds sur terre »

Mais aussi dans une optique toute simple mais si difficile à mettre en œuvre, qui consiste à rapprocher le citoyen lambda des institutions européennes et des députés. Cette vision se caractérise par l’implication d’Isabelle Durant dans la politique belge. Bien sûr plus en première ligne, mais bien au sein de son parti et surtout de sa commune. Chaque mois, vous la verrez assister au conseil communal de Schaerbeek et effectuer son travail de conseillère communale sans rechigner, au contraire, car c’est pour elle vital. En s’impliquant ainsi c’est, selon elle, l’un des moyens de « garder les pieds sur terre » et de garder le contact avec la réalité et la population.

Elle sera d’ailleurs tête de liste dans sa commune de Schaerbeek pour les élections locales en 2012. Une volonté d’Isabelle Durant n’est plus de parler d’Europe ou de niveau national ou communal mais bien de dossiers, de sujets, pour ensuite voir leurs implications européennes, nationales ou régionales selon les compétences, pour ainsi faire comprendre que ce qui se décide à l’Europe a la même implication qu’une décision nationale ou régionale. Comme elle le rappelle en exemple, « Le conseil des ministres est composé de ministres nationaux, et personne ne les interroge pour savoir ce qu’ils ont fait ou dit alors que des décisions d’une importance capitale se prennent lors de ces conseils des ministres, notamment en matière d’agriculture ou de finances ».

Une certaine prétention européenne

C’est souvent dit au sein de la sphère européenne, ressenti en dehors et pour Isabelle Durant c’est une réalité qui persiste : il y a une prétention européenne. « Souvent le député européen regarde avec dédain son collègue national, et ça c’est quelque chose qu’au niveau personnel je combats. Je communique sans cesse avec les parlementaires écolos au niveau national concernant des dossiers qui sont traités au niveau européen, et autre exemple, je partage mes collaborateurs, à mi-temps ici et à mi-temps pour le parti, mais c’est un choix personnel, que peu choisissent de faire ».

Il est vrai que certains députés ou fonctionnaires lorsqu’ils sont promus au niveau européen, notamment en provenance des pays de l’est, voient leur salaire devenir parfois équivalent à celui de leur premier ministre. On assiste alors à des attitudes dignes de seigneurs. En tant que vice-présidente, il lui incombe de prendre en charge les relations avec les autorités belges. Par ce biais, elle essaye de crever la bulle européenne en l’ouvrant au reste de Bruxelles et du monde. Amener les députés européens ailleurs que dans leur chambre d’hôtel pendant les trois semaines par mois où ils travaillent à Bruxelles, animer la place du Luxembourg mais surtout les faire sortir de ce quartier européen, à Saint-Josse ou Molenbeek par exemple. « A chaque fois qu’on l’a fait, les députés étaient ravis ! ».

Apprécier le projet européen

Quand on lui demande ce qu’elle veut laisser comme trace au niveau européen, sa réponse est digne de Jacques Delors : « Je veux faire d’abord comprendre et ensuite aimer, pas au sens béat du terme, mais apprécier le projet européen ». Et c’est dans une suite logique que sa fierté au niveau européen réside dans la mise sur pied, avec Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit notamment, du « groupe Spinelli » Ce groupe trans-parti, qui a pour but de casser la petite musique nationaliste et eurosceptique qui monte à tous les étages, se réunit sous forme de « shadow council » (conseil fantôme) à la veille des sommets européens et prend position sur un certain nombre de thèmes. Avec des personnalités parlementaires, des membres la société civile et des journalistes, c’est une sorte de caisse de résonnance face au rouleau compresseur anti-européen.

Une initiative qui résume bien les volontés et la personnalité d’Isabelle Durant qui au niveau européen, si austère et renfermé sur lui-même, apparaît humaine et volontariste. Des qualités que l’on a parfois beaucoup de mal à déceler au sein de cette bulle qu’elle voudrait bien voir éclater pour enfin se fondre dans la réalité quotidienne.