Isabel Soares : des fruits moches pour les beaux-gosses

Article publié le 11 novembre 2015
Article publié le 11 novembre 2015

Même les belles personnes peuvent manger des fruits laids. C'est avec cette idée qu'Isabel Soares, une jeune ingénieure environnementale portugaise, espère sensibiliser la population au gaspillage alimentaire pour raison esthétique. Son projet, Fruta Feia, s'apprête juste à fêter son deuxième anniversaire, mais a déjà bien mûri dans les esprits.

Isabel Soares, une jeune ingénieure environnementale de 33 ans native de Lisbonne, est à l'origine de Fruta Feia, un projet de lutte contre le gachis alimentaire au Portugal.

« Les belles personnes mangent des fruits moches »

En 2013, alors qu'elle vit à Barcelone, elle tombe sur une série de reportages consacrés au gaspillage alimentaire en Europe. Les chiffres énoncés l'assomment, à raison. Mais la goutte d'eau qui fait déborder le vase, c'est son oncle qui la verse lorsque cet agriculteur portugais lui annonce qu'il a dû jeter 40% des ses « délicieuses poires » car elles ne respectaient pas le calibre imposé par la grande distribution. Elles ne correspondaient pas au « canon de beauté » des poires. Isabel décida donc d'y remédier.

Son idée a pris forme. Et deux ans plus tard, elle fonctionne à plein régime. Fruta Feia est le nom de la coopérative à but non-lucratif qu'Isabel a fondée avec deux amies. Son slogan est attirant : « Les belles personnes mangent des fruits moches ». Son fonctionnement l'est également. Il s'agit d'acheter aux agriculteurs la nourriture qu'ils ne peuvent vendre pour des raisons uniquement esthétiques puis de la vendre à ceux qui apprécient la possibilité de pouvoir acheter des fruits frais et locaux à bon prix, sans devoir sacrifier la qualité.

D'après sa créatrice : « Fruta Feia est une coopérative qui s'attaque à un problème qui n'est pas spécifique au Portugal, mais à tous les pays européens ». La proposition d'Isabel pour le prochain sommet sur le climat (COP21) va donc dans ce sens : « Nous aimerions voir des débats sur la nécessité de changer les critères de qualité en matière d'apparence qu'imposent les législations européenne et nationales, ou les entreprises et les supermarchés ».

Pas pour des pommes

Durant ses deux années d'existence, Fruta Feia a récupéré 168 tonnes de nourriture grâce à la participation de 45 agriculteurs et la fidélité de 800 clients membres de l'association. Un résultat plus que satisfaisant que personne n'espérait et qui incite Fruta Feia à prochainement s'élargir à de nouvelles villes au Portugal et pourquoi pas, petit à petit, à d'autres pays. 

Isabel nous fait part avec fierté des avancées de ses projets. D'après elle, cette coopérative bénéficie à toutes les parties : « Les paysans y gagnent puisqu'ils augmentent leur productivité ainsi et disposent d'un nouveau marché pour vendre les fruits et légumes qui auraient fini à la poubelle autrefois. Les consommateurs ont l'opportunité de manger des fruits frais et locaux pour un prix inférieur et la planète tire profit de l'économie de ses ressources et de la diminution des gaz émis par la nourriture en décomposition ». 

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Cet article fait partie d'un projet intitulé #21faces qui propose de faire le portrait de 21 jeunes écolos innovants à travers l'Europe en amont de la COP21, la grande conférence mondiale sur le climat organisée à Paris.