Irina Werning : grandeur nature

Article publié le 26 novembre 2013
Article publié le 26 novembre 2013

Des enfants devenus grands : tel est le concept du projet « Retour vers le futur » de la photographe argentine Irina Werning. L'artiste juxtapose deux photos de la même personne : l'une prise dans le passé et l'autre dans le présent. En juillet dernier, ce sont les Polonais qu'elle a pris en photo. Et elle s'explique en interview.

Les premières photos, celles prises dans le passé, datent d'il y a plusieurs décennies. Ces photos ont été choisies via un concours, pour lequel les participants devaient envoyer à Irina l'une de leurs photos d'enfance. Les photos prises de nos jours sont des recompositions : elles représentent la même personne dans la même pose, les mêmes vêtements et dans le même endroit. Irina Werning est une grande perfectionniste avec un énorme souci du détail vis-à-vis de la personne représentée, des éléments de sa tenue, de ses poses, du lieu, ou un autre endroit identique à s'y méprendre, de l'expression du visage et surtout de l'ambiance de chaque photo.

En juillet, elle a réalisé la version polonaise de son projet. L'artiste a été invitée à exposer ses oeuvres par Prudentialune compagnie d'assurances britannique. Les Polonais dont les photos ont été sélectionnées lors du concours Czas na przyszłość (Le temps pour le futur, ndt), en sont les protagonistes. Parmi ces photos, nous retrouvons notamment celles de deux familles d'artistes polonais : la famille de Wojciech Waglewski, Fisz et Emade et celle de Maria Winiarska et de sa fille Zofia Zborowska. Nous pouvons admirer les oeuvres de l'artiste dans le café Skwer de Varsovie.  

Le société Prudential présente en ces termes cette coopération avec Irina Werning : « Son projet nous a donné l'envie de connaître l'attitude des Polonais vis-à-vis du temps. Savons-nous nous projeter dans l'avenir ou reportons-nous nos décisions à "dans longtemps" ? Le fait que les Polonais préfèrent rajeunir et refusent de prendre des décisions concernant leur avenir démontre-t-il une peur du futur ? » Vaste programme. 

cafébabel : Quel est l'artiste qui t’a le plus inspirée ?

Irina Werning C’est une question très difficile. Je crois que Henri Cartier-Bresson était la première personne qui m'a m’intéressée à la photographie. C’est grâce à lui que j’ai commencé à prendre des photos.

cafébabel : Tu prends des clichés des mêmes personnes dans les mêmes endroits à des époques différentes. Selon toi, qu'est-ce qui change le plus au fil du temps : les personnes ou plutôt les endroits ?

I. W : Parfois les gens, parfois les lieux, ça dépend. Si c’est une rue historique en arrière-plan, on ne verra pas beaucoup de changements, c’est normal. Mais tu ne peux pas arrêter le temps qui passe.  Les arbres poussent, les choses évoluent.

cafébabel : Est-il parfois impossible de reproduire la même scène, parce que l’endroit n’existe plus, a été détruit ou a trop changé ? 

I. W : Cela peut arriver, mais ça ne m'a jamais fait renoncer à prendre une photo.

cafébabel : Comment fais tu alors ? Essaies-tu de recréer l’endroit pour qu’il retrouve le même aspect ou recherches-tu un lieu qui lui ressemble ?

I. W : Parfois ce n'est pas si important de reprendre la photo exactement au même endroit. Si une photo a été prise dans une salle de bain à laquelle je ne peux plus accéder, j’en cherche une qui lui ressemble. Mais si on a affaire à une photo prise au pied du Mur de Berlin, le processus de recomposition ne sera pas tout à fait le même.

cafébabel : As-tu une photo de toi-même dans le même style : l'une prise dans le passé, l’autre maintenant ?

I. W : Non.

cafébabel : Tu n'en as pas eu l'idée ou tu n'en as juste pas eu envie ?

I. W : Peut-être les deux. Je ne sais pas.

cafébabel : Comment réagissent les gens quand ils découvrent leurs photos ? Cela suscite-t-il une sorte de nostalgie? Est-ce que ça les rend tristes ? Les fait rire ?

I. W : D’habitude ça les amuse : les gens sont contents de pouvoir faire un peu d’autodérision et rire de leur apparence d’autrefois.

cafébabel : Ne disent-il pas : « Ah, j’ai pris un coup de vieux… » ?

I. W : Rarement. Enfin, pas à moi en tout cas.

cafébabel : Est-il déjà arrivé que tu n'aies pas pu prendre une photo pour une raison ou une autre ?

I. W : Non, j'ai toujours réussi à le faire.

Actuellement tu réalises la version polonaise de ce projet. Ces photos ont-elles une spécificité par rapport à celles sur lesquelles tu as travaillées auparavant ?

I. W : Non, je ne peux pas dire qu’elles soient particulièrement distinctes. La seule chose qui saute aux yeux est la quantité de photos en noir et blanc, même celles prises dans les années 90. La situation économique, sociale et politique y est probablement pour quelque chose. Une des caractéristiques des pays où le développement a été plus limité, comme en Argentine, où les gens dans les années 80 portaient toujours les habits de la décennie précédente.

cafébabel : Trouves-tu que les Polonais aient des traits distinctifs  ?

I. W : Non, je ne trouve pas. Les cheveux blonds peut-être ? Non, rien ne me vient à l'esprit.

cafébabel :As-tu déjà d’autres projets en tête ?

I. W : Pour l’instant je ne prévois rien d'autre. A court terme, j'ai l'intention de me consacrer au photojournalisme. Je voudrais raconter des histoires. Avant la fin de l’année, j’aurai finalisé mon projet et fini mon livre. Ensuite, je retournerai très probablement en Argentine et me consacrerai au journalisme.

quelques portraits de polonais pris par Irina Werning

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quelques autres photos du même projet

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