Iran:L'histoire du massacre des prisonniers politiques de 1988

Article publié le 12 janvier 2016
Publié par la communauté
Article publié le 12 janvier 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Pendant l’été de 1988, plus de 30 000 prisonniers politiques furent exécutés dans les prisons iraniennes. La vaste majorité était constituée de partisans et de sympathisants de l’Organisation des Modjahedines du peuple d’Iran mais on put aussi dénombrer d’autres victimes tels que des partisans de groupes de gauche.

Saisissant l’opportunité de débarrasser l’Iran de milliers de prisonniers politiques, dont beaucoup étaient en prison depuis 1981, l’Ayatollah Khomeini émit une fatwa et prononça les mots suivants : « Il est décrété que tous les prisonniers d’Iran qui demeurent fidèles à leur soutien au Monafeqin (terme péjoratif utilisé par les mollahs pour désigner les membres de l’OMPI) se livrent à une guerre contre Dieu et sont condamnés à la peine capitale.» 1

Des Comités de la Mort furent créés. Ils étaient constitués d’un juge religieux, d’un agent des renseignements et d’un procureur de la république et demandaient simplement aux prisonniers s’ils demeuraient fidèles à leur soutien aux Modjahedines. Un ancien employé de la prison d’Evin, Kamal Afkhami Ardekani présenté aux Nations Unies en qualité de témoin, déclara : « Ils alignaient les prisonniers dans une salle de 14 mètres sur cinq située dans le bâtiment de bureaux et leur posaient une seule question, « Quelle est votre appartenance politique? » Ceux qui répondaient les Modjahedines étaient pendus à des grues stationnées sur le parking à l’arrière du bâtiment. » 2

En mars 1989, le journal français Le Monde rapporta : « l’Imam Khomeini a convoqué le Procureur révolutionnaire, Hojjatol-Islam Khoeiniha, pour l’informer que dorénavant tous les Modjahedines, qu’ils se trouvent en prison ou ailleurs, devront être tués en raison de leur guerre menée contre Dieu. Les exécutions étaient précédées de procès arbitraires. Le procès consistait à faire pression de différentes manières sur les prisonniers afin qu’ils se repentissent, qu’ils modifient leurs habitudes et qu’ils se confessent. On fait état de l’exécution de jeunes Modjahedines, y compris ceux qui avaient été incarcérés huit ans auparavant, alors qu’ils étaient âgés de 12 à 14 ans, pour avoir participé à des manifestations publiques. »

Dans une lettre adressée à son fils Ahmad, Khomeini déclara : « Anéantir les ennemis de l’Islam immédiatement ». D’après la déposition d’Ardekani, « Le processus a continué encore et encore, sans interruption ». En deux semaines, plus de 8 000 prisonniers politiques furent exécutés, enterrés en secret dans des tombes collectives à travers l’Iran.

Selon Amnesty International, « Les ordres d’exécutions provenaient des plus hauts sommets de l’état iranien et étaient supposés affronter un danger pressenti provenant des groupes d’opposition armés, en particulier les Modjahedines du Peuple d’Iran et l’organisation Fedayan-e Khalq. Amnesty International pense que ces exécutions constituent un crime contre l’humanité.» 3

Comme le spécifie l’un des rares prisonniers politiques à avoir survécu au massacre de 1988 : « La communauté internationale à ce jour siège toujours en compagnie des instigateurs de ce massacre, qui occupent des postes clé au sein du gouvernement de Téhéran. C’est une honte. » 4

Dans les faits, le Ministre de la Justice du président Rouhani, M. Mostafa Pourmohammadi, est un ancien membre des Comités de la mort de 1988. En sa qualité de représentant du Ministère du Renseignement, il était l’un des membres des comités tripartites qui ont supervisé et permis l’exécution de dizaines de milliers de prisonniers politiques au cours de l’été 1988. Ebrahim Reissi, actuellement chef adjoint du système judiciaire fut aussi étroitement impliqué dans le massacre de 1988.

L’organisation Human Rights Watch, en citant les mémoires de l’Ayatollah Montazeri, écrit : « L’Ayatollah Montazeri a présenté Mustafa Pour-Mohammadi comme le représentant du Ministère de l’Information chargé d’interroger les prisonniers de la prison Evin et le considère comme l’une des figures centrales des exécutions de masse de prisonniers qui se sont déroulées à Téhéran. Il relate une rencontre avec Pour-Mohammadi et les deux autres membres du Comité de la prison Evin. »70  Le rapport continue en disant : « l’Ayatollah Montazeri, en citant des personnages officiels chargés d’effectuer les exécutions, place le nombre de prisonniers exécutés entre 2 800 et 3 800, mais il reconnaît que ses souvenirs ne sont pas précis. »71  Montazeri écrit aussi : « D’après les personnes chargées d’exécuter les ordres de [l’ Ayatollah Khomeini], environ deux mille huit cents ou trois mille huit cents – je ne me souviens pas exactement – hommes et femmes furent exécutés. » 5

L’importance de ce massacre et sa résonance avec l’histoire actuelle de l’Iran résident dans le fait que « ces atrocités ont toujours lieu aujourd’hui », comme le souligne Mohammad Mohaddessin, président du Comité des Affaires Étrangères du Conseil National de la Résistance.

L’historique des exécutions depuis la création de la République islamique d’Iran montre que la peine de mort, les exécutions arbitraires et extrajudiciaires en Iran constituent un moyen institutionnalisé de gouvernance et représentent le mode opératoire du régime iranien. Par conséquent, les discours tenus par les modérés et les partisans de la ligne dure sont complètement futiles et ne servent qu’à cacher la réalité d’un régime perfide qui dirige l’Iran d’une main de fer.