Iran : regards croisés au cœur d’un quotidien

Article publié le 22 mars 2013
Article publié le 22 mars 2013
Par Noémie Schoen Lors de la Quinzaine Iranienne, la maison de l’image a offert lundi 18 mars aux Strasbourgeois, une soirée de cinéma documentaire en projetant une série de trois films dressant le portrait de la société iranienne contemporaine.
Trois réalisateurs Iraniens prennent le poul d’une société aux quatre coins du pays, du sud au nord-est de l’Iran, en passant par Isfahan, ville située à 340km au sud de Téhéran. Des témoignages qui posent un regard sur la place de la femme et montrent avec gaieté et simplicité le quotidien des Iraniens.

C’est par le regard croisé de deux réalisateurs que nous est dressé un portrait de la place de la femme dans cette société. Avec Zinat, une journée particulière (2000), le réalisateur Ebrahim Mokhtari montre le quotidien de la première femme de l’île de Queshm dans le sud de l’Iran qui retira le voile traditionnel et qui se présenta aux premières élections locales de février 1999. La caméra du réalisateur placée au cœur de la maison de Zinat nous révèle les difficultés et les réticences auxquelles celle-ci est confrontée. La visite de l’oncle de Zinat met en lumière une société encore patriarcale, qui malgré une avancée rapide du statut de la femme en comparaison à d’autre sociétés plus fermées, accepte encore difficilement leur place en politique. La longue conversation avec sa nièce témoigne d’un décalage générationnel important où l’oncle use d’arguments emprunts de tradition pour dissuader la jeune femme, ce qui ne manque pas de faire sourire la plus jeune génération : « (…) la femme fait le ménage et obéit à son mari (…) tu dois te contenter (…) ne pas essayer de te surpasser », et enfin « tu ne peux pas porter toute la misère ».

Avec Madame Servante (2011), la jeune réalisatrice Afsaneh Salari a quant à elle jeté un coup de projecteur sur le difficile travail de ces femmes du nord-est de l’Iran qui récoltent le safran un mois par an en hiver. Vendu et exporté à 100 euros le kilo, ces « servantes » du petit village de Khorasan gagnent dix euros par jour.

Une caméra au cœur du quotidien

Avec une caméra plantée discrètement au cœur des décors, les deux réalisateurs se posent en observateurs. Le très peu d’échange entre réalisateurs et habitants Iraniens filmés, permet de laisser parler la réalité du terrain et de montrer avec plus de naturel un certain quotidien. Ce sont les images qui parlent d’elles-mêmes, la priorité consiste à laisser les habitants s’exprimer librement et ouvertement.

Cette technique est aussi employée par Sanaz Azari dans le documentaire Salaam Isfahan (2010). En plaçant une caméra à différents endroits de la ville d’Isfahan, ce n’est pas le réalisateur qui va à la rencontre des habitants, mais ce sont bien ces derniers qui s’en approchent et se laissent filmer et photographier. Tourné avant, pendant et après les élections présidentielles de juin 2009 qui reconduiront Mahmoud Ahmadinejad à la tête du pays, c’est entre simplicité, gaieté, humour mais aussi méfiance, espoir et parfois désespoir que se livrent des passants de tous âges dans la rue, dans un salon de coiffure ou encore dans une salle de musique.

Dresser le portrait d’une société c’est réussir à faire entendre la voix de ses habitants, défi relevé par les trois réalisateurs.

Retrouvez la programmation de la Quinzaine Iranienne à Strasbourg

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Crédits Photo : Tirée du film documentaire Madame Servante 
(Kaniz Khanum) d’Afsaneh Salari, Quinzaine Culturelle Iranienne official website