Iran: le double tranchant de l'€uro-diplomatie

Article publié le 1 décembre 2004
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Article publié le 1 décembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans le bras de fer nucléaire qui oppose l’Iran aux puissance occidentales, l’Europe parait l'avoir emporté. Mais face aux menaces militaires américaines, la « diplomatie financière » de l’Europe ne fait pas le poids à long terme.

Les efforts persistants de négociations des trois Européens semblent avoir porté leurs fruits : la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne ont réussi à obtenir de l’Iran qu’il gèle son programme nucléaire le temps de trouver une solution à plus long terme au conflit qui couve depuis un certain temps déjà. Depuis le lundi 22 novembre, l’organisation internationale de l’énergie atomique à Vienne (AIEA) veille à ce que soit respecté cet accord. Si le directoire de l’AIEA suit le moratoire de l’UE, les Etats-Unis n’exigeront pas que celui-ci passe devant le conseil de sécurité des Nations Unies. Les sanctions de l’ONU visant les Mollahs seraient ainsi évitées -une victoire éclatante des Européens que les Américains et leur belliqueux président G.W. Bush n’avaient pu obtenir malgré toutes leurs menaces de punitions, voire d’intervention militaire. On le voit bien : les armes douces de l’Europe sont plus efficaces. Ce que les Américains n’ont pas réussi en Irak avec des bombes, les Européens semblent l’avoir réussi en Iran avec des mots : ils ont évité l’internationalisation d’un conflit de taille avec un « Etat-voyou ».

Les mots de l’Europe et les armes de l’Amérique

Pourtant, les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît à première vue. Tout d’abord, il faut préciser que l’Europe a « acheté » la promesse de l’Iran grâce à des contrats commerciaux de plusieurs milliards. Le retour dans le rang des Mollahs est à cet égard très habile : d’une part, ils s’assurent de grosses rentrées d’argent du côté de l’Europe, d’une autre ils évitent des sanctions gênantes et le danger d’une intervention militaire américaine. Il ne faut cependant pas déduire de ce comportement qu’ils ont changé d’état d’esprit : selon Téhéran, l’Iran a renoncé à l’enrichissement d’uranium de manière volontaire, libre et ponctuelle.

Il faut voir ensuite si l’Iran prend au sérieux l’application de l’accord en question. Ce pays a déjà trop souvent déçu et trompé l’Occident. L’année dernière encore, le trio européen se réjouissait d’un accord conclu avec les religieux -avant de déchanter peu de temps après au moment de sa rupture. Les négociations autour d’une solution définitive du conflit nucléaire pourraient être plus difficiles que prévues car l’Iran se sent toujours menacé par les bastions américains situés dans les pays voisins et par l’arme nucléaire israélienne. La guerre en Irak ainsi que la lutte autour du programme nucléaire de la Corée du Nord auront réussi à convaincre Téhéran que la bombe atomique est la meilleure protection qui soit.

La lutte avec les Mollahs a rendu terriblement tangible l’approche radicalement différente des Américains et des Européens en matière de règlement des conflits internationaux. Bush s’est ainsi montré plusieurs fois sceptique face aux tentatives de négociations européennes : selon lui, l’Iran doit être sanctionné -et pas récompensé- pour ses activités nucléaires. Après les élections américaines, certains commentateurs ont supposé que les Mollahs radicaux à la tête du pays seraient les prochaines victimes de la stratégie de changement de régime des Etats-Unis. Malgré le succès des négociations, l’Europe a peu de raison de crier victoire : d’autres régimes pourraient eux aussi à l’avenir songer à faire financer généreusement l’arrêt de leur programme nucléaire. La stratégie diplomatique européenne, basée sur la rétribution financière ne représente pas vraiment une alternative durable aux menaces (militaires) américaines.