"Iran has a messianic vision: where will it end?": une pétition parlementaire en faveur de sanctions économiques contre l'Iran

Article publié le 10 octobre 2007
Article publié le 10 octobre 2007
Parlement européen, Strasbourg, le 4 septembre 2007 Par Lena Morel Session plénière du Parlement européen à Strasbourg – du 3 au 6 septembre 2007 Les spéculations vont bon train : Bush attaquera-t-il l’Iran? Quelles mesures adopter? Guerre dite « préventive » ou sanctions? La menace est latente depuis quelques années déjà, le dossier est délicat : une vraie poudrière.
Il met au défi les mécanismes internationaux de pacification et d’ordre mondial. On connaît la position des Etats qui s’expriment et s’investissent sur la scène internationale à ce sujet. Mais Téhéran relève aussi du challenge pour l’Union européenne en ce qui concerne sa politique étrangère commune et les instruments qui sont mis à sa disposition.

Alors quid du Parlement européen ?

Lors de la première session du mois de septembre, un groupe de députés européens (Paulo Casaca PSE/Portugal, Charles Tannock PPE/DE/ Royaume-Uni et George van Orden, PPE/DE/ Royaume-Uni) a présenté son initiative de pétition auprès des membres du Parlement: Need for economic sanctions against Iran (La nécessité de sanctions économiques contre l’Iran). Lors de la conférence de presse, M. Casaca s’est félicité des 130 signataires de 22 Etats membres.

Le Parlement européen se mobilise autour d’une question de politique internationale de premier rang et on ne le voit pas. La question iranienne est traitée comme une politique nationale et binationale. On semble oublier qu’en matière de politique étrangère le Parlement européen en sa qualité d’entité indépendante et transnationale s’élève au rang d’institution internationale avec une prise de position propre et autonome. Si son pouvoir décisionnel reste mince en la matière, est-ce une raison pour ignorer une opinion que l’on pourrait qualifier d’européenne ?

Qu’est-ce-qui a motivé ce groupe de députés européens à lancer une telle pétition au sein du Parlement ?

D’une part, la situation intérieure de l’Iran et l’expansionnisme vers le Liban. M. Casaca constate le harcèlement de la société civile iranienne ainsi que l’augmentation du terrorisme au Moyen-Orient. M. Tannock quant à lui, relève le non-respect des droits de l’Homme (comme les pendaisons arbitraires) dans un régime barbare et répressif : « Iran has a missianic vision : where will it end ? » (L’Iran a une vision messianique : où cela s’arrêtera-t-il ?).

La politique énergétique et la question nucléaire, d’autre part. M. Tannock accuse des erreurs de « gestion économique » de l’Iran : l’augmentation du prix du pétrole a « redonné confiance au gouvernement iranien ». Sans compter bien sûr la détermination de Mahmoud Ahmadinejad à se doter de l’arme nucléaire. Ce qui devrait être du domaine du possible dans les 5 années à venir, aux dires des députés européens, si l’on prend en compte les 3000 centrifugeuses actives que déclare posséder le Président iranien.

Afin de dégager une solution pacifique aux relations entre l’Iran et l’Occident, le groupe de députés exige des sanctions économiques qui selon eux ont toujours été un instrument de répression efficace (comme en Corée du Nord). Cet instrument aurait justement été « sabordé » par l’Union européenne dans sa tentative permanente d’essayer de tirer des avantages économiques de l’Iran. Les sanctions de l’UE n’ont pas été assez rigoureuses : « il faut que les idées soient suivies d’actes » (M. Tannock).

Pourquoi « sabordé » ? Il existe en effet d’ors et déjà des sanctions propres à l’Union européenne qui pour certaines, renforcent les décisions de la résolution 1747 de l’ONU : un embargo sur les ventes d’armes à l’Iran et l’obligation d’interdictions de visas à l’encontre de certains officiels iraniens (Le Monde, 13 septembre 2007). Messieurs Casaca, Tannock et Van Orden demandent à l’UE d’aller plus loin, dans la mesure où « les alternatives n’existent pas ou sont difficiles : les sanctions économiques sont donc les meilleures » (M. Van Orden). Ils regrettent d’ailleurs le manque de volonté et de détermination de certains Etats membres.

En ce sens, les députés font poindre les dangers d’une division d’avec les Etats-Unis et prônent une solidarité sur le dossier iranien avec la première puissance politique mondiale, qui a, quant à elle, adopté une série de sanctions économiques plus sévères.

Bien que le silence se soit fait sur cette initiative, le Parlement européen et ses députés ont le mérite d’envisager une solution et une prise de décision à l’échelle transnationale. Une réelle démarche européenne qu’il faut mettre en lumière, à l’heure où la diplomatie française et Nicolas Sarkozy tentent de convaincre l’Union européenne par des discussions bilatérales avec les chefs d’Etat et de gouvernements des Etats membres de sanctionner l’Iran : des sanctions européennes additionnelles dans la droite lignée de la démarche américaine.