Iran-Europe : ensemble pour la bombe atomique ?

Article publié le 14 février 2005
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Article publié le 14 février 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Entre « le Grand Satan » et « l’Etat voyou », le dialogue n’est pas à l’ordre du jour. Les Européens préfèrent adopter une rhétorique plus simple, et tentent de négocier avec la République Islamique. Qui fera céder les mollahs ?

« Il ne faut pas rompre la discussion avec la République Islamique », affirmait début novembre 2004 Javier Solana, Haut Représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne. Depuis un an, les Européens réunis en troïka (France, Allemagne et Royaume-Uni) s’évertuent à maintenir le dialogue avec les dirigeants iraniens. En ce début d’année 2005, force est de constater que les Européens ont fait beaucoup d’efforts pour peu de résultats à long terme. Après les deux derniers rounds de négociations, en novembre et décembre 2004, l’Iran a bien accepté de suspendre ses activités d’enrichissement d’uranium - mais pas définitivement - et de « faciliter » l’accès de tous les sites que voudraient visiter les observateurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA). Les mollahs, pour l’instant, s’en sortent plutôt bien. L’Iran n’a pas encore été touché par d’importantes sanctions commerciales, malgré de faibles concessions faites à la diplomatie européenne.

Un arsenal iranien sous-estimé

De plus, personne, à part les mollahs eux-mêmes, ne connaît la réalité de l’arsenal iranien. Des dirigeants qui ont réussi à cacher pendant dix-huit ans l’existence d’un programme nucléaire peuvent très bien continuer à déjouer l’attention du reste du monde. Depuis la découverte en 2002 d’un site expérimental d’enrichissement de l’uranium à Natanz et de la construction d’un réacteur à Arak, dans la région d’Ispahan, où se déroulent déjà des activités liées à l’enrichissement d’uranium, l’AEIA dénonce le secret qui entoure une grande partie des activités nucléaires iraniennes. Les inspecteurs de l’agence atomique n’ont dans les faits que peu de moyens de vérifier les dires des Iraniens. La localisation des installations militaires iraniennes est devenue très difficile. Après les bombardements effectués par les forces israéliennes contre le réacteur nucléaire irakien Osirak en 1981, les Iraniens ont procédé à la dispersion de leurs sites de développement d’armes nucléaires à travers le pays. Certaines installations militaires nucléaires ont même été déplacées vers des sites souterrains.

Aucun moyen de pression concret

Selon les renseignements américains, il faudrait encore trois ans à l’Iran pour pouvoir fabriquer une bombe atomique. L’urgence est réelle, et cela explique sans doute l’énervement des Américains devant les négociations à rallonge entre l’Europe et l’Iran. Mais quelle alternative les Américains proposent-ils ? Comme le faisait judicieusement remarquer le chef du nucléaire iranien, Hassan Rohani en décembre dernier, même si l'Iran figure dans « l’axe du mal » invoqué par Bush, « nous ne devons pas oublier que les sanctions les plus fortes contre l’Iran ont toujours été imposées à l’Iran par des démocrates. Durant son mandat, Bush n’a jamais mis en œuvre d’actions concrètes contre l’Iran, malgré une rhétorique très dure ». L’Amérique a-t-elle concrètement les moyens de faire peur aux Iraniens ? Même si l’arrivée de Condoleezza Rice aux Affaires étrangères pourrait rendre la menace d’une attaque militaire contre l’Iran plus vivace, il semble difficile pour les Américains d’envisager une action militaire concrète contre l’Iran, du moins en 2005, en raison des efforts investis en Irak... Reste la menace régulièrement brandie par Colin Powell durant son mandat de Secrétaire d’Etat, qui consistait à porter le dossier du nucléaire iranien devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, pour conclure à d’éventuelles sanctions économiques et commerciales contre l’Iran. Pour l’instant, le jeu des Européens a empêché les Américains de mettre cette menace à exécution, les mollahs sachant très bien se servir des Européens comme rempart contre les intentions américaines.

Mais même si le dossier était porté devant le Conseil de Sécurité, qu’auraient réellement à craindre les Iraniens ? Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hamid Reza Asefi, assure que « nous préférons régler la question dans le cadre de l’AIEA, mais nous ne sommes pas inquiets d’aller devant la Conseil de sécurité des Nations unies, car ce n’est pas la fin du monde ». L’Iran possède un allié de poids au sein du Conseil de Sécurité. La Chine se trouve être sur le point de conclure un immense accord gazier avec la République islamique. Alors même si l’Empire du milieu écoute avec attention les inquiétudes de Washington et d’Israël, il semble peu probable que les Chinois renoncent un accord énergétique inédit en votant contre l’Iran lors d’un éventuel traitement du dossier par le Conseil de Sécurité.

Tant que les mollahs seront au pouvoir, l’Iran tentera de développer une technologie nucléaire à usage civil, officiellement. La presse du régime rappelle régulièrement que « personne n’arrêtera notre programme » car l’Iran se trouve dans son « bon droit ». En l’absence de sanctions concrètes applicables contre le régime, pour écarter le danger d’une utilisation militaire des installations nucléaires il faudra arrêter les mollahs. Au lieu de chercher chacun de leur côté à résoudre la crise nucléaire à leur manière, il est peut-être temps pour l’Union européenne et les Etats-Unis de trouver des solutions pour aider le peuple iranien à décider lui-même, sous un régime démocratique, s’il désire développer l’énergie nucléaire, uniquement civile, dans leur pays.