Interview du groupe bulgare Gravity Co. : « On évite les grosses scènes bulgares traditionnelles »

Article publié le 6 septembre 2011
Article publié le 6 septembre 2011
Ils ont raflé quasiment toutes les récompenses musicales de Bulgarie, ont été consacrés « meilleur groupe de la décennie » par MTV en 2008, et parviennent avec brio à donner un nouveau souffle à la musique progressive dans un ancien pays socialiste. Les quatre rockeurs, basés à Sofia, se démarquent du paysage musical bulgare, et nous promettent un quatrième album pour 2011. Interview.

Gravity Co., basé à Sofia, va sortir cette année un nouvel album incarnant l’univers « indietronic », leur marque de fabrique. Ils mélangent des éléments new wave à des saveurs électro-pop, le tout relevé d’une pointe d’esprit britannique. Le groupe s’est formé en 2001 : c’était au départ un « side-project » pour la bande-son d’un jeu nommé Trans. On remercie le ciel qu'ils aient poursuivi leur collaboration. Gravity Co. est un groupe non signé, mais ce sont des habitués du festival Spirit of Burgas. En juillet 2004, leur single Wings, tiré de leur deuxième album, a été la première vidéo musicale d’un artiste bulgare à être diffusée sur MTV. Alors Gravity Co., c’est qui ? cafebabel.com Budapest a rencontré Yavor Zahariev (chant), Peter Samnaliev (claviers et samples), Ivo Chalakov (guitare) et Stefan Popov (batterie) au festival Sziget, en Hongrie, où ils ont fait bouger la scène européenne.

cafebabel.com: C’est difficile, avec une musique aussi sophistiquée, de réussir sur la scène bulgare ?

Gravity Co. : Nous sommes le groupe que tout le monde adore détester. Les auditeurs font l’éloge de notre son riche et plein, et on gagne toutes les récompenses. On nous classe tout le temps parmi les groupes de musique actuelle: nos chansons sont toutes en anglais et on évite les grosses scènes bulgares traditionnelles.

cafebabel.com: Comment définiriez-vous votre style ?

Gravity Co.: On aime les rythmiques puissantes, les synthés entêtants, les lignes de basse lourdes et les guitares distordues. Par-dessus, on essaie de poser des lignes vocales chaudes et mélodiques. C’est dur de décrire notre son dans les limites d’un style. Nous, on dit qu’on est un groupe « indietronic ».

cafebabel.com: C’est une sous-culture qui marche bien dans votre pays, ou bien ça reste confidentiel, avec un public de taille plus modeste ?

Gravity Co.: On est toujours à l'affût de nouveaux artistes intéressants, même si on est souvent soulagés de s'apercevoir que la concurrence n'a pas beaucoup changé. La scène indie a atteint son sommet au tournant du siècle, et depuis elle est en chute libre. Pourtant, on espère encore un retour, on a vraiment envie de voir jouer plus de groupes en Bulgarie.

cafebabel.com: Comment s’est passé votre concert au festival Sziget ? Vous êtes contents de votre séjour à Budapest ?

Gravity Co.: Budapest, c’est sensationnel ! L’ambiance ne ressemble à celle d’aucune autre capitale européenne. Un vrai coup de cœur ! Sziget nous a soufflés. La programmation, le spectacle, le public, de tout premier ordre ! Notre concert a été très expressif. On a joué sur une scène plus petite, en milieu d'après-midi, et on a dû jouer pour moins de spectateurs que ce qu’on espérait, mais je pense qu’on a réussi à faire passer le message : « Nous, c’est Gravity Co., et on est géniaux. Gardez un œil sur nous ! » Par contre, pour ce qui est de votre langue, il faut vraiment faire quelque chose. Elle est incompréhensible.

cafebabel.com: Avez-vous l’impression qu’en Bulgarie l’influence américaine domine plus que l’influence de l’Europe occidentale ?

« Je pense qu’on a réussi à faire passer le message : « Nous, c’est Gravity Co., et on est géniaux. Gardez un œil sur nous ! » »

Gravity Co.: La voie de l’occidentalisation est la même, où que l’on se trouve. C’est sûr, l’influence américaine est la plus visible, mais grâce à la technologie, il y a beaucoup plus de tendances à suivre désormais. Aujourd’hui, les informations circulent mieux qu’à l’époque socialiste, les gens peuvent donc choisir eux-mêmes leurs valeurs. Sur ce point, la Bulgarie n'est pas très différente de la Hongrie. Ces pays ont tous deux eu du mal à se remettre de leurs régimes d’oppression, et maintenant tous deux appartiennent à l'Union européenne (respectivement depuis 2007et2004, ndlr).

cafebabel.com: Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Gravity Co.:Terry Gilliam, Steven Soderbergh, Guy Ritchie, Hunter Thompson, Joseph Heller, Jack Kerouac… Nous sommes tous fans de cinéma et de littérature. Notre bibliothèque d’influences musicales s’enrichit chaque jour, mais vous trouverez toujours les Beatles ou les Nine Inch Nails dans nos discothèques.

cafebabel.com: Tous les détails minutieux de votre musique, vous les créez consciemment, en utilisant votre esprit rationnel ? Ou bien ça a plutôt à voir avec le cerveau droit, quelque chose que vous avez simplement besoin de libérer ? C’est tellement pointilleux et bien conçu que l’on a du mal à deviner.

Gravity Co.:Ivo, notre compositeur principal, dit toujours que la musique est une science exacte. On fait partie des groupes qui laissent peu de choses au hasard. On est assurément dans une approche analytique. En fait, c’est ahurissant le temps qu’on passe à parler des détails.

cafebabel.com: J’ai vu récemment certains de vos clips vidéo, assez artistiques…

Gravity Co.: On vit une grande histoire d’amour avec l’art et les artistes. On s’attache frénétiquement à un artiste, et souvent on va un peu trop loin. Ne vous étonnez pas de voir Peter porter des bretelles, uniquement parce que son réalisateur de documentaires fétiche du moment porte les mêmes.

Photos: Une et texte(cc) Gravity co / Myspace; video anji777 / youtube