Interview avec l'acteur Horacio Camendule

Article publié le 17 février 2009
Article publié le 17 février 2009
Gigante                                                                              Gigante a été récompensé par l'Ours d'argent Uruguay, 2008, 84 min Réalisateur: Adrián Biniez Acteurs: Horacio Camandulle, Leonor Svarcas, Néstor Guzzini Section: Compétition de Sergio Marx
Jara travaille de nuit dans un supermarché. Sa tache est de rester seul derrière son écran et de surveiller les femmes de ménages qui s'occupent de redonner un peu d'éclat aux allées du magasin. Jara est également videur, le week-end, dans une boîte de métal. Le métal et les parties de jeux-vidéos avec son neveu sont les seuls passe-temps qui égayent sa routine. Bien que possédant un physique imposant, Jara est calme, timide, taciturne, peut-être un peu mélancolique. Tout change au cours d'une nuit semblable aux milliers d'autres qu'il a passé dans sa cabine de surveillance, où commence sa fascination pour une des femmes de ménages. Elle devient son obsession.

La compagnie de production uruguayenne Ctrl Z Films démontre une nouvelle fois sa perspicacité. Après le soutient apporté à 25 Watts (2001), film remarqué lors de nombreux festivals et illustrant la vie d'une bande de post-adolescents oisifs, elle permet à Adrián Biniez de tourner son premier film, un film drôle, poétique, humain, dont la qualité tient en grande partie à la performance de Horacio Camendule dans le premier rôle. Il était présent lors de la première mondiale du film à la Berlinale.

Comment a commencé le travail avec le réalisateur ?

Je suis un acteur de théâtre à la base. Il s'agit de mon premier film. Tout a commencé avec un casting, je ne connaissais pas le réalisateur. J'étais le premier à passer la casting. Adrián avait déjà une idée assez claire de ce qu'il voulait, car il y a un vrai Jara, un de ses amis.

Alors c'est une histoire vraie ?

Il y a une part de réalité. Adrian s'est inspiré de l'histoire d'amis.

Quels sont les intentions du personnage envers la jeune femme ? A certains moments il est difficile de savoir s'il veut l'embrasser ou la tuer.

Oui, ce jeu est intéressant. J'ai dû y penser lorsque je développais le personnage. Est-ce qu'il s'agissait d'amour, de fascination ? En fait je ne sais toujours pas ce qui lui est arrivé. Jara est plutôt solitaire, il vit seul, a 35 ans. Pour étoffer le personnage, je me suis imaginé qu'il avait eu une copine il y a longtemps, mais que ça c'était mal terminé, qu'il en était resté blessé, et les années s'étaient écoulées. Et lorsqu'il vit Leonor, tout cela remonta à la surface, c'est pour cela qu'il observe sans agir. C'est pourquoi l'expression corporelle est minimale mais l'expression sentimentale est maximale. Il regarde son écran et pourtant ne semble rien observer.

Le travail de Jara semble jouer un rôle important.

Oui, il est une sorte de big brother, le surveillant du panoptique de Foucault, être omniscient qui contrôle tout par le regard. Mais Jara ne se rend pas compte de cela. Il passe son temps à s'ennuyer et à faire des mots-fléchés. Il doit veiller à ce que personne ne vole dans le magasin, mais il s'en moque en réalité, il laisse les femmes de ménage voler du riz ou du yaourt. C'est un travail de routine, qui  rappelle peut être les de Charlie Chaplin. Mais Jara, lui, ne s'efforce pas autant, tout cela lui importe peu.

Temps Modernes

Est-ce qu'il s'agit d'une histoire d'amour moderne ? Dans le film Leonor rencontre un homme par internet.

C'est une histoire d'amour, moderne je ne sais pas. Comment fait-on pour rencontrer quelqu'un avec qui l'on peut se sentir bien ? Nous sommes surcommuniqué, mais cela ne veut pas dire que nous communiquons plus entre nous.

Et Berlin?

Berlin m'a plu, j'y ai beaucoup marché, cela m'a fait penser à mon rôle dans le film, Jara marche également beaucoup.

photos: Berlinale

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