Internet, une arme d’attraction de masse ?

Article publié le 13 juillet 2004
Publié par la communauté
Article publié le 13 juillet 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Trois idées de développement des nouvelles technologies dans la lutte globale pour la liberté.

Au cours du dernier Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a défini la liberté d’expression comme « la pierre angulaire de la société de l’information ». Mais les déclarations de principe grandiloquentes, doivent être suivies de faits, de propositions concrètes.

Sur les traces de Soros

D’abord, les Etats les plus riches pourraient et devraient prendre la responsabilité de contribuer à la diffusion d’Internet. A cet égard, l’exemple de George Soros en Russie peut être vu comme un modèle à suivre. Depuis la création d’une filiale russe de l’Open Society Institute (Institut pour la Société Ouverte - ISO) en 1988, le philanthrope milliardaire s’est engagé dans la création de ladite « société civile » en consacrant plus d’un milliard de dollars aux secteurs de l’éducation, de la recherche et surtout dans le développement d’Internet. Parmi les projets accomplis, il y a la création d’un réseau télématique entre des dizaines et des dizaines d’universités, de centres de recherches et de bibliothèques russes, presque comme pour essayer de reproduire ce climat de liberté, compétitivité et recherche qui caractérisa la naissance du réseau Internet aux Etats-Unis. La Fondation de Soros n’a pas oublié de prévoir à cet effet des cours intensifs de formation à la gestion de toutes les structures télématiques. Des expériences similaires, ont été menées à terme en Ouzbékistan, au Kazakhstan et au Kirghizstan, toujours par l’ISO. Finalement, quand on pense au budget de « seulement » dix millions de dollars initialement alloué au projet du Réseau, on se rend compte de ce que pourraient bien faire les Etats avec un minimum dans leurs lignes budgetaires.

Une autre initiative à prendre consisterait à faire d’Internet un outil de commerce essentiel dans tous les régimes dictatoriaux souhaitant tirer profit des avantages économiques de la globalisation. En favorisant dans les pays démocratiques le développement des réseaux télématiques dans le commerce, des partenaires commerciaux importants comme la Chine devraient s’aligner sur ce développement sous peine d’avoir à subir de lourdes et pénibles conséquences économiques. C’est seulement ainsi qu’on pourra tirer les bénéfices politiques de l’ouverture économique de ces pays.

Loi sur la liberté de l’Internet dans le monde

Mais cela ne suffit pas. La meilleure proposition vient du Congrès américain, devant lequel Cox et Lantos ont présenté un projet de loi dont nous, Européens, pourrions nous inspirer. Les deux membres du Congrès, partant de l’idée que « gagner la guerre contre le terrorisme requiert quelque chose de plus que la simple force militaire », sont convaincus que les nouvelles technologies peuvent se révéler une arme stratégique dans l’optique de l’effondrement des dictatures. Le projet de loi, baptisé « Global Internet Freedom Act », vise entre autres « les gouvernements de Birmanie, Cuba, Laos, Corée du Nord, Chine, Arabie saoudite, Syrie et du Vietnam », qui cherchent à « entraver la liberté des citoyens d’accéder à Internet ».

Mais les deux représentants ne s’arrêtent pas là. Selon eux, une « solide politique de liberté sur Internet » doit être mise en place tout de suite, peut-être en exerçant des pressions politico-diplomatiques sur les régimes les plus autoritaires, et aussi à travers des dispositions des Nations unies. Pour Cox et Lantos, il faut constituer une agence au sein du Bureau International de Diffusion (IBB) qui aurait pour mission spécifique d’ « accélérer le développement et l’utilisation de la technologie pour garantir la liberté sur Internet partout dans le monde ». Un but à atteindre non seulement avec des fonds nationaux déjà adressés aux transmissions internationales, mais surtout avec l’implication du « secteur privé dans le développement et l’implantation de telles technologies, de sorte que plusieurs des technologies actuelles, commercialisées pour sécuriser les transactions financières […] pourraient être utilisées pour promouvoir la démocratie et la liberté ».

Attention à Big Brother

Annoncer une lutte non-violente pour déstabiliser les régimes autoritaires, c’est faire le choix d’un chemin semé d’embûches, mais sûrement lucide dans la perspective de promouvoir la démocratie. Un chemin qui nous montrerait que les Etats-Unis, l’Europe et beaucoup d’autres veulent assumer leur plus important devoir, celui de soutenir les médias indépendants de ces régimes. La proposition de loi présentée au Congrès américain par les députés Cox et Lantos va dans la bonne direction. En l’adaptant à la réalité de la politique transnationale et en la soumettant à l’examen d’organismes internationaux parmi lesquels l’ONU, l’UE ou la future Organisation mondiale des démocraties proposée par le Parti radical transnational, on pourrait faire échouer le « danger 1984 », qui menace toujours les pays gouvernés par des régimes autoritaires. Un danger qui mine les fondements de toute possibilité de développement et d’évolution vers des conditions sociales et politiques plus libres.

Quant à la faisabilité du projet, les partisans du projet de loi sont optimistes. Pour le sénateur américain Wyden, « il existe des technologies qui peuvent anéantir les pare-feu et les filtres actionnés par les gouvernements autoritaires. Les serveurs proxy, intermédiaires, les ‘miroirs’ et le codage peuvent être des applications utiles à cette proposition ». Mais le gouvernement américain a fait peu pour promouvoir cet aspect des technologies. « Ce pays alloue des ressources considérables pour lutter contre le black-out de la radio Voice of America à l’étranger. Mais jusqu’à aujourd’hui, il n’a affecté qu’un million de dollars aux technologies luttant contre la censure et le black-out sur le Réseau ».

Le principe de la libre circulation des idées, qui, dans le passé, a toujours été tellement fécond en résultats positifs pour tous, reste le principe qu’il faut affirmer et promouvoir avec force et conviction. La communauté internationale devra surveiller, contrôler et s’opposer aux envies liberticides de quelques Etats, pour conserver et développer cet « esprit libertaire » que Manuel Castells a identifié comme la condition sine qua non de la naissance du Réseau Internet. Défendre les chromosomes libertaires du patrimoine génétique du Réseau, et empêcher de monstrueuses mutations, signifiera conserver intactes les possibilités de liberté et de démocratie offertes par Internet à tous les peuples.