Impressions de Palestine : l’arrivée

Article publié le 27 février 2015
Article publié le 27 février 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Renaud Arents, travailleur social de 30 ans, a vécu et travaillé en Espagne ces 6 dernières années, il est aujourd’hui bénévole à Naplouse, en Palestine, avec le programme Erasmus+ de la Commission Européenne. Dans un nouveau blog hebdomadaire, Renaud écrit ses pensées personnelles et ses expériences de bénévole en Palestine

Tel-Aviv, Israël

J’ai toujours pensé que la première phrase d’un article était cruciale. Elle doit intriguer, suggérer, provoquer un débat ou présenter un problème. Je n’ai pas encore décidé de ce que sera la première phrase de cette aventure, mais je suis sûr que je la trouverai bientôt.

Je dois avouer que j’ai dépensé plus d’argent à Tel-Aviv que prévu. Cette ville peut être très chère si nous ne faisons pas attention. Surtout si l’on considère comme impossible de comprendre l’hébreu écrit, nous ne sommes pas informés correctement de certains prix. Le langage est l’une des nombreuses choses qui m’ont le plus frappé ici.

Je me souviens de mon premier voyage aux États-Unis et de mon étonnement en voyant leurs voitures, leurs tailles et leurs formes. Ou de mon arrivée en Pologne et de la sensation du vent glacial qui pénètre sous ma peau jusqu’à mes os, ou du Mexique où j’ai remarqué la gentillesse des gens. Ici, à Tel-Aviv, ce sont les panneaux d’affichage qui retiennent mon attention. Sans eux, je pourrai facilement imaginer que je suis dans une ville européenne ou sur la côte méditerranéenne.                                                                                                                                 

Dès que nous marchons sur la promenade, que nous nous asseyons sur un banc, et apprécions ce samedi ensoleillé (Sabbat) et que nous regardons et écoutons les gens, nous découvrons que cette ville est un mélange de nationalités et de langages, français, anglais, espagnol, arabe, hébreu, russe, éthiopien…

Oui, certaines personnes de tous les pays sont les bienvenues ici et cela est merveilleux…pour certaines.

Nous devons rapidement comprendre que c’est une société interculturelle, mais en regardant de plus près, nous découvrons d’énormes différences socio-économiques parmi les différents groupes ethniques. Un exemple ? Je ne peux m’empêcher de remarquer que les emplois indésirables sont la plupart du temps occupés par les personnes de la communauté éthiopienne. En général, d’après ce que j’ai vu, Tel-Aviv ressemble à n’importe quelle ville « occidentale » américanisée. C’est-à-dire : « travaille, profite de la liberté que l’on te donne, ne réfléchis pas trop mais juste assez pour ne pas oublier de consommer ».

Alors que je continue ma promenade et que je trouve le chemin pour le vieux port historique de Yafo, je me demande : « Est-ce-que quelqu’un ici a une idée de ce qui se passe réellement aux frontières de cette bulle ? » mais la question en elle-même est absurde. Cette vie est un paradis artificiel, une bulle d’ignorance – très confortable tant que nous ignorons la vérité…

Sur le chemin du retour à l’hôtel, je rencontre une femme en rollers allongée au milieu de la promenade. Elle s’est sans doute fait mal. Elle a déjà reçu de l’aide, aussi je continue mon chemin. Je peux entendre les sirènes approcher, il me semble. Je n’ai pas vu un seul policier ni un soldat depuis mon arrivée dans la ville (excepté celui qui m’a retenu une heure à l’aéroport). Est-ce cela un pays sous menace constante ?

La traversée : Israël, Palestine

La gare routière centrale de Tel-Aviv est immense. Elle comprend sept étages. Mon sac à dos me rappelle que j’ai pris trop de vêtements et il n’est pas pratique non plus de porter ma guitare. Mais je sais que j’en aurai besoin et ça me donne l’air d’être cool. Plus cool que les mitrailleuses des soldats de vingt ans – garçons et filles – en formation, qu’ils transportent tout le temps. J’en ai vu 200 pendant les dix minutes dont j’ai eu besoin pour finalement trouver le bus pour la vieille ville de Jérusalem.

Je m’assois au premier rang. Je veux voir le plus possible. Mais il n’y a pas grand-chose à voir. Ce grand  pays vert, fertile et magnifique a l’air d’être un immense chantier en construction. On dirait un de ces jeux vidéo où l’on doit créer sa propre civilisation mais on n’y arrive pas et l’on commence à construire compulsivement, follement et avec incohérence n’importe quoi et n’importe où. On appelle cela les God-games. Cette terre semble hors de contrôle, il y a trop d’immeubles, trop de voitures, trop de routes et trop de monde. Le bus approche de la périphérie de Jérusalem et nous sommes bloqués dans les embouteillages. Pour nous sortir de l’ennui, le chauffeur du bus décide d’allumer la radio. Je ne comprends pas mais je suppose que ce sont les news. Je comprends « Obama », « Israël », « terroriste », «djihadistes » et « Palestinien ». Juste avant le jingle j’entends : Whitney Houston. Bizarre. Je trouve mon chemin pour la station de bus arabe, près de la Porte de Damas.

Une fois dans ce bus, je jette un œil à mes compagnons de voyage et je réalise que je  suis sur le point de quitter la bulle. Cinq minutes plus tard, le chauffeur de bus crie « yallah » et nous sommes sur la route de Ramallah. Je sais que j’aurai l’occasion de visiter Jérusalem plus tard. Soudain, en quittant Jérusalem, le voyage prend une autre tournure.

Je le vois enfin. Il est là. Massif, haut, long, absurde, affreux, inhumain, inutile. C’est « le mur ». Cela prend du temps pour passer les immenses portes en fer mais heureusement elles sont ouvertes aujourd’hui. Et nous y entrons. Je suis là-bas. Je suis en Palestine. D’une façon ou d’une autre, j’ai l’impression d’avoir toujours été là. Et je pense : « Je suis en Palestine ». Ramallah est le centre des institutions palestiniennes. Nous y trouvons aussi la plupart des sièges des organisations internationales.

Je prends mon dernier bus et je m’enfonce davantage dans le territoire palestinien. Le nombre d’écoles des Nations Unies augmente avec les kilomètres. Des panneaux le long de la route indiquent que cette route a été construite par le « programme d’aide des États-Unis. Je me demande pourquoi.

Le bus arrive en ville. Voilà Naplouse. Nous dépassons le « Camp de réfugiés de Balata » et nous dirigeons vers le centre-ville. L’on me dit qu’il y a en fait une autoroute qui conduit de Tel-Aviv à Naplouse – ma destination finale- en seulement une demi-heure. Cette autoroute peut être seulement utilisée par les Israéliens ou par ceux qui ont des passeports étrangers et qui le souhaitent. Moi j’ai mis 4 heures pour arriver là…