Immigration : 'Transe', un voyage en enfer

Article publié le 1 janvier 2007
Article publié le 1 janvier 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Histoire d’une autre Europe, celle de l’immigration, le film ‘Transe’ de la réalisatrice portugaise Teresa Villaverde, 40 ans, sort sur les écrans français le 27 décembre.

Les gens voyagent depuis la nuit des temps ; rarement en yacht luxueux ou en avion mais simplement à pied ou dans des embarcations précaires, avec l’espoir pour tout bagage et un but : trouver une vie meilleure. Même si dangers et obstacles rendent la route difficile, ces candidats au voyage sont chaque année des milliers à partir dans toutes les directions. Des hommes et des femmes en quête d’une opportunité, qui risquent de tout perdre en chemin. ’Transe’, le film très dur de la réalisatrice portugaise Teresa Villaverde –déjà auteur du long métrage ‘Les Mutants’ en 1998-, dresse un portrait douloureux du continent européen, qui devient terre de misère et d'exploitation pour nombre de ceux qui tentent de le traverser.

Présenté à Cannes et au Festival international du film de Catalogne en 2006, ‘Transe’ retrace la terrible histoire de Sonia (interprétée par Ana Moreira), une jeune femme qui abandonne Saint-Pétersbourg pour s’embarquer dans un voyage sans retour. Si l’on en sait peu sur elle, le spectateur l'accompagne tout au long de son périple qui s'achèvera au Portugal. De multiples événements transformeront son parcours en véritable calvaire. Un portrait mordant d’une Europe méconnaissable et pourtant bien réelle.

Un exposé douloureux

Pour le spectateur aussi, le voyage sera difficile. Evitant le sentimentalisme et les messages simplistes, Teresa Villaverde fait un pari risqué : proposer un film sans récit conventionnel, sans arguments ni dénonciation sociale. Le résultat, aussi désespérant qu'étrange, parfois déroutant, et au rythme lent, en déconcertera plus d’un. Car ‘Transe’ est un exposé cinématographique, une œuvre libre, digne de cinéastes comme l’américain Gus Van Sant (‘Elephant’) ou du grec Theo Angelopoulos (‘Paysage dans le brouillard’). Et qui mérite d’être vu sans préjugés.

Dans la première partie du film, métaphorique et abstraite, le spectateur fait la connaissance de Sonia: on la voit quitter la Russie, trouver son premier travail et tomber dans la prostitution. Le passage de l’espoir à l’horreur sera brutal. Teresa Villaverde profite des moments calmes pour filmer avec sa caméra inquiète des décors naturels. Soudain, c’est le mensonge, l’enlèvement, l’esclavage sexuel ; un nouveau film commence.

Dans la seconde partie, aux scènes parfois pénibles, on assiste à la déchéance de Sonia. La caméra insiste sur son visage marqué. Son immigration est un chemin de croix qui finira par annihiler sa personne. Sonia se battra d’abord pour sa vie, puis pour sa dignité, avant de capituler en perdant tout contact avec le monde extérieur. La réalisatrice utilise des ellipses et choisit de poser sa caméra dans des espaces clos : Sonia passe d'une chambre sombre à une maison close onirique, du lit d’un repaire sordide à la demeure d’un milliardaire au fils simple d’esprit.

Elle arrivera enfin au Portugal après avoir traversé la moitié de l’Europe, mais peu importe. La terre promise n'existe pas et l'héroïne ne sait plus qui ni où elle est. Elle a tout perdu.

Le parcours d’un immigrant est semé d’ombres et de questions sans réponses. Un cheminement flou que reflète précisément ‘Transe’.

‘Transe’, une co-production européenne entre Clap Filmes

(Portugal), Gémini Films

(France), Revolver (Italie) et Hermitage Bridge Studio

(Russie).

Réalisé par: Teresa Villaverde

Avec: Anna Moreira,Dinara Droukarova,Robinson Stévenin,

Sortie: 27 décembre 2006

Durée: 2h06