Immigration : « réaction de panique chez les Hongrois »

Article publié le 6 août 2015
Article publié le 6 août 2015

Depuis le début de l'année, plus de 57 000 personnes sont entrées clandestinement en Hongrie selon le Bureau de l'Immigration. Le nombre est d'autant plus ahurissant si l'on retient qu'en 2014, celui-ci n'excédait pas 43 000 personnes. Désormais, le premier ministre hongrois a adopté une mesure controversée afin d'empêcher les migrants d'entrer sur le territoire : construire un mur.

La Hongrie est devenue l'une des principales portes d'entrée en Europe pour les migrants via la fameuse « route des Balkans ». Le pays a accueilli, depuis le début de l'année, plus de migrants que l'Italie ou la Grèce. La majorité de ces migrants sont des citoyens originaires du Kosovo, de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak, qui entrent sur le territoire hongrois pour tenter de gagner d'autres pays européens comme l'Autriche ou l'Allemagne.

La Hongrie est l'un des sujets brûlants de l'Union européenne qui, en essayant de résoudre la crise migratoire à laquelle fait face le continent européen, a mis en place un système de quotas de répartition des réfugiés pour les pays membres. Toutefois, la Hongrie considère que l'UE ne déploie pas assez d'efforts afin de soulager la pression migratoire sur son territoire et, en s'appuyant sur la « participation volontaire » aux quotas, refuse d'accepter toute demande d'asile. De ce fait, la Hongrie est le seul pays, avec l'Autriche, à affirmer que son engagement envers ce plan d'aide sera « nul ». 

Quoi qu'il en soit, la Hongrie a un autre plan pour résoudre le problème de l'immigration dans son pays : construire un mur de 175 kilomètres de long et de 4 mètres de haut le long de la frontière avec la Serbie pour empêcher l'entrée illégale des migrants. Les travaux ont déjà commencé en juillet dernier avec du matériel préparé par les détenus des prisons hongroises. Il est prévu que les travaux se terminent à la fin du mois de novembre.

« Une décision horrible »

Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, affirme qu'il compte sur le soutien de la population et que cette mesure est nécessaire au vu du manque d'iniciatives de la part de l'UE. Sans nul doute, la proposition de Orbán reçoit un certain nombre de soutiens. Le meeting qui s'est tenu en faveur de cette décision peu de jours après l'annonce de celle-ci le démontre bien. Un autre exemple probant est celui des soldats du Christ, qui ont érigé une « barrière symbolique » de croix blanches et monteront la garde à la frontière avec la Serbie sous le slogan « Pour une Hongrie du Christ et une Europe qui protège la vie », afin d'essayer de contenir les migrants hors du pays.

Cependant, l'opinion générale des Hongrois semble aller à l'encontre de la décision de leur premier ministre et les détracteurs se sont manifestés afin de démontrer leur refus du mur.

Rebeka (25 ans, Budapest), considère que c'est « une décision horrible » et que les fonds qui vont être alloués pour construire le mur devraient être utilisés « pour aider à ce que les migrants aient de meilleures conditions de vie lorsqu'ils sont dans le pays ». « Le problème n'est pas l'immigration mais la réaction de panique générée chez les Hongrois. Il est certain que nous ne pouvons pas offrir un travail à chaque réfugié qui entre en Hongrie mais le problème devrait se résoudre via la compréhension », assène-t-elle. 

« Je me réjouis que ce sujet soit débattu dans le monde entier et j'espère que l'énergie déployée pour trouver une solution aidera l'Europe à résoudre ce problème international », affirme un architecte hongrois de 35 ans qui a préféré garder l'anonymat. Il explique également que cette idée de construire un mur lui déplaît fortement et rappelle qu'en 1956, lorsqu'il y eut une révolution en Hongrie, « l'Autriche n'a pas construit de mur pour repousser les Hongrois mais elle a aidé les migrants ».

Orbán versus l'Europe

Ce n'est pas la première fois que le premier ministre de la Hongrie est opposé au reste de l'Europe. Ce fut déjà le cas lorsque celui-ci a proposé de reconsidérer la peine de mort dans son pays et, plus récemment, au sujet de la crise migratoire. Il y a peu, Orbán a remis un questionnaire aux citoyens hongrois sur le thème de l'immigration. Une consultation que les membres de l'opposition et plusieurs ONG internationales ont critiquée pour être encline à développer la xénophobie. 

Orbán a également fait la promotion de plusieurs campagnes contre la population immigrée en Hongrie, comme lors d'une des plus récentes au cours de laquelle des panneaux ont été installés dans tout le pays et sur lesquels les réfugiés étaient sommés de « respecter les lois du pays et de ne pas prendre les postes de travail des Hongrois ». À cette occasion, les Hongrois sont descendus dans la rue afin de « demander pardon pour leur premier ministre ». 

À ce stade, Viktor Orbán doit évaluer ses soutiens, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, ainsi que le coût et l'efficacité de ce mur. Comme le dit bien le citoyen hongrois avec lequel nous avons parlé, « il semble que construire des murs ait pour unique but d'éviter d'affronter directement les problèmes et n'aide pas à les résoudre ».